‹ Elemens d'ideologie (volume 3)Chapitre 48 sur 203 · CHAPITRE VI. lOV · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. lOV

ces idées très-composées vont toujours renfermant un plus grand nombre d’individus, ce qui constitue leur extension, mais un moindre nombre de circonstances de chacun d’eux, ce qui constitue leur compréhension; car quand je dis de Jacques qu’il est un être, je n’en dis qu’une seule chose, c’est qu’il est capable de m’affecter, sans désigner du tout comment; je dis qu’il existe, et rien de plus; quand jé dis qu’il est un animal, je dis de plus que je lui connais vie et mouvement , qu’il se nourrit, qu’il se reproduit, en un mot, qu’il existe de toutes les manières qui caractérisent un animal; quand je dis qu’il est homme, je dis de plus que je sais qu’il est fait de telle ou telle manière, qu’il a telle qualité qui m’a frappé ; quand je dis qu’il est Européen, Français, Parisien, j’ajoute toujours quelque chose à l’idée; et enfin quand je dis qu’il est Jacques, je dis implicitement tout ce que je sais de lui, et même tout ce qui lui appartient, quand même je ne le connaîtrais pas encore; car je puis fort bien ignorer qu’il est fort, qu’il est aimable, qu’il est malade : mais quand je le saurai, ce sera seulement de nouvelles idées que je devrai ajouter aux nombreuses

idées qui composent pour moi celle de Jacques. Cela rentre dans ce que j’ai dit plus haut, qu’un nom signifie toujours plus ou moins de choses pour ceux qui le prononcent, à proportion qu’ils connaissent plus ou moins le sujet dont il s’agit ; mais cela ne change rien à la vérité que j’ai établie, que l’idée particulière d’un individu renferme toutes les idées qui lui appartiennent, et que l’idée d’un nom de classe ne renferme que celles qui sont communes à tons les individus de là classe, et par conséquent un nomb re d’idées d’autant moindre , que les individu^ sont plus nombreux et la classe plus étendue.

C’est ainsi que des idées de cerise, de fraise, d’abricot, etc., on fait l’idée de fruit, qui ne renferme plus les idées particulières à chacun de ces êtres, mais seulement la propriété qui leur est commune , d’être produits d’une certaine manière par des végétaux; et si je généralise encore plus le mot fruit, comme on fait dans le sens métaphorique, en disant, par exemple, que la science est le fruit du travail, que les découvertes sont le fruit de la réflexion, ce mot fruit ne renferme plus que l’idée d’être pro-

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