CHAPITRE TI
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duit par un être quelconque, sans aucune désignation de cause ni de manière.
De même, des idées de yerd, de jaune, de rouge, en faisant abstraction de leurs différences, je fuis l’idée de couleur, qui n’exprime plus que la qualité commune à ces sensations d’être senties par l’œil comme les sons par foreille. Des idées de couleur et de son je fais l’idée plus générale de sensation, qui n’est que celle d’être sentie, n’importe par quelle voie.
De même encore, en revenant aux adjectifs cités ci-dessus, ce mot rouge , qui n’exprimait d’abord que la manière d’être rouge de la fraise, ensuite des fraises en général, puis des fraises et des cerises, devient petit à petit l’expression defce que tons les corps rouges ont de commun entr’eux ; la même chose arrive au mot bon. À chaque degré de généralisation il y a des différences négligées, le mot change réellement de signification- cela est si vrai, qu’il est manifeste que la bonté d’un homme, la bonté d’un fruit, la bonté d’un cheval, la bonté en général ne sont pas la même chose. Dans ces quatre cas, les mots bon et bonté sont appliqués à trois idées individuelles diffé-
rentes, et à une idée générale. Les idées changeant, en rigueur les mots devraient changer aussi, comme les mots verd, jaune, rouge et couleur; mais aucune langue n’est assez riche pour cela , parce que les inconvéniens d’une telle abondance surpasseraient ses avantages. Cependant cela était bon à remarquer, pour que vous ne soyez pas dupes des mots , et qu’ils ne vous masquent pas la génération des idées lorsqu’ils ne la peignent pas fidèlement.
Quoi qu’il en soit , voilà que vous connaissez comment se forment toutes celles de nos idées que nous exprimons par des substantifs et des adjectifs. Je pourrais vous expliquer de même la formation de celles qui sont représentées parles autres élémens du discours , tels que les verbes, les prépositions, etc.; mais ces détails seront mieux placés quand nous étudierons la grammaire , c ’est-à-dire la science de l’expression de nos idées. Qu’il vous suffise pour le moment de savoir qu’elles dérivent toutes de celles que nous avons examinées , et qu’elles se forment par les mêmes moyens. Tous voyez donc qu’il ne s’agit jamais que de recevoir des impressions, d’observer des rapports,