CHAPITRE î. 2Ü
loir sont des actes de cette faculté intérieure que nous appelons en général la pensée, et que quand nous desirons ou voulons quelque chose , nous éprouvons une impression interne, que nous appelons un désir ou une volonté : ainsi penser, dans ce cas , c’est sentir un désir.
Vous vous servez encore moins de l’expression, je pense , quand vous ne faites qu’éprouver une impression actuelle et présente , qui n’est ni un souvenir d’une chose passée, ni un rapport existant entre deux idées, ni un désir de posséder ou d’éviter un objet quelconque. Quand un corps chaud vous brûle la main, vous ne dites point, je pense que je me brûle , mais je sens que je me brûle , ou mieux encore, tout simplement je me brûle. Si vous êtes affectés par quelques douleurs internes, celles de la colique, par exemple, vous ne dites point , je pense que je souffre, mais je souffre. Cependant le dérangement mécanique qui s’opère dans votre main ou dans vos entrailles est une chose distincte et differente de la douleur que vous en ressentez; la preuve en est que si ces organes sont paralysés ou gangrenés, ils peuvent éprouver
de bien plus fortes lésions sans que vous, vous en aperceviez : or, cette faculté d’être affecté de plaisir ou de peine à l’occasion de ce qui arrive à nos organes, fait encore par-, tie de ce que nous nommons la pensée ou la faculté de penser. Penser, dans ce cas, c’est donc sentir une sensation , ou tout simplement sentir.
Penser > comme vous voyez , c’est tou jours sentir, et ce n’est rien que sentir. Maintenant me demanderez-vous ce que c’est que sentir? je vous répondrai : C’est ce que vous savez, ce que vous éprouvez. Si vous ne l’éprouviez pas , ce serait bien inutilement que je m’efforcerais de vous l’expliquer : vous ne m’entendriez ni ne me comprendriez. Mais puisque vous avez la conscience de cette manière d’être , vous, n’avez besoin d’aucune explication pour la connaître ; il vous suffit de votre expérience. Sentir est un phénomène de notre existence, c’est notre existence elle-même : car un être qui ne sent rien peut bien exister pour les autres êtres, s’ils le sentent; mais il n’existe pas pour lui-même, puisqu’il ne. s’en aperçoit pas.
Vous pourriez avec plus de raison me de-