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CHAPITRE VIII

je sens une douleur interne, il m’est impossible de dire si elle est seule ou formée de plusieurs, c’est-à-dire de la lésion de plusieurs points sentans; et si elle change de nature, je ne saurais affirmer si ce n’est pas plusieurs de ces douleurs composantes qui disparaissent, ou d’autres qui s’y joignent.

Fondé sur ces motifs, on peut et on doit donc croire qu’une seconde sensation venant se joindre à la première, ne donnera pas plus de prise qu’elle à l’action du jugement, et que toutes celles qui surviendront se confondant de même ensemble, jamais, par l’effet de sensations simultanées, le jugement ne peut commencer à agir tant que ces sensations sont de simples impressions dénuées de toute connaissance de leurs causes.

A la vérité ces sensations peuvent bien nous donner des souvenirs; mais il est manifeste que ces souvenirs sont aussi de Simples impressions , et que s’ils viennent plusieurs ensemble , ils feront le même effet que les sensations dont ils sont les images , ils se confondront de même : ainsi point d’action encore de la part du jugement.

l46 IDÉOLOGIE.

A cette heure, supposons qu’à une sensation simple actuellement présente, vienne se joindre un souvenir d’une sensation passée, se confondra-t-il avec elle ou non? Si l’on songe qu’il n’y a rien dans la nature de la mémoire qui nous avertisse qu’un souvenir est un souvenir, que nous-mêmes qui le savons bien, il nous arrive pourtant d’avoir des souvenirs sans savoir que ce sont des souvenirs, on n’hésitera pas à prononcer qu’un souvenir fera le même effet qu’une sensation actuelle, qu’il se confondra de même avec la première sensation, et qu’il n’y a encore rien à attendre de cette combinaison pour la naissance de l’action du jugement.

On doit donc conclure que tant qu’on ne connaît pas les circonstances, les causes, les moyens de ses sensations; tant qu’on ignore l’existence des corps et celle de ses propres organes, l’action du jugement ne saurait commencer.

Or, on ne peut desirer qu’en conséquence d’un jugement; on ne peut donc former un désir que quand on a porté au moins un jugement : ainsi tant qu’on n’a pas eu la sensation de mouvement, on ne juge ni ne

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