‹ Elemens d'ideologie (volume 3)Chapitre 72 sur 203 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

desire , on sent son existence , et voilà tout.

Mais qu’un hasard, quel qu’il soit, me fasse faire un mouvementée le sens ; qu’une douleur quelconque me fasse remuer le bras, j’ai le sentiment que je me meus, j’éprouve la sensation de mouvement ; mon bras rencontre un corps, il est arrêté : je ne sais encore ni ce que c’est que ce corps, ni ce que c’est que mon bras; mais ma manière d’être change : au lieu de la sensation de mouvement, j’éprouve celle de résistance : je ne puis les éprouver ensemble ; et elles sont trop opposées pour que , quand j’éprouve l’une et que je me rappelle l’autre, je puisse confondre cette sensation et ce souvenir. Je les distingue donc; je sens entr’euxun rapport de différence, je porte un jugement; en conséquence de ce jugement, j’en porte d’autres, je forme des. désirs, etc. Ainsi c’est à cette époque que commence le développement de toutes nos facultés, et c’est à la seule sensation de mouvement que je le dois.

On ne saurait nier que ce raisonnement ne soit très-conséquent; mais il part d’un principe qu’on ne peut établir par aucunes

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preuves directes , et qui n’est tfu’un emploi abusif de deux idées généralisées. On dit : Une sensation pure et simple ne nous apprend rien que notre propre existence (i). Sans doute cela est vrai de Faction de sentir en général, et de l’existence en général; c’est-à-dire que quand on ne fait rien que sentir, on ne sent que sa propre existence : c’est certain. Mais une sensation réelle n’est pas Faction de sentir en général; elle est un fait particulier; elle ne nous fait pas sentir notre existence en général , mais une manière d’être déterminée ; elle est opérée par un certain mouvement de nos organes sentans, de nos nerfs. Or, qui est-ce qui pour-

(1) Si je voulais stipuler les intérêts de mon amourpropre , je pourrais dire que ce principe hasardé n’est pas de moi ; qu’il se trouve dans le Traité des Sensations, de Condillac, et que je n’ai fait que le pousser à l’extrême. Mais qu’importe à la science que le germe d’unè erreur soit de niéi ou d’ün homme plus habile que moi? Ce qui est utile , c’est de voir ce qui a pu égarer cet homme habile. D’ailleurs , si je voulais rejeter sur lui une faute dans laquelle son autorité a pu m’entraîner, je devrais commencer par lui restituer tout ce que je lui dois, c’est-à-dire presque tout ce que je sais , et même ce qu’il ne m’a pas appris directement , puisqu’il m’a mis sur le chemin de le trouver.

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