CHAPITRE IX
la séparer, la diviser. La divisibilité, la possibilité d’être divisé, résulte donc inévitablement de la propriété d’être étendue.
Il n’en résulte pas moins la nécessité d’avoir une certaine forme , ce qu’on appelle être figuré. Aucun corps ne peut être étendu à l’infini, car il n’en existerait pas d’autres. D’ailleurs, nous ne pouvons nous faire une idée réelle de l’infini dans aucun genre ; c’est encore là une idée abstraite qui ne peut avoir aucune existence positive; c’est celle d’un bâton qui n’aurait qu’un bout, ou même qui n’aurait pas de bouts. Tout corps a donc des limites. Nous appelons surface de ce corps l’assemblage des points qui le terminent, c’est-à-dire passé lesquels il ne nous empêche plus de nous mouvoir. La disposition de cette surface constitue ce qu’on appelle la forme ou la figure de ce corps. On emploie ces deux mots indifféremment, et on a tort; on devrait appeler exclusivement forme d’un corps la manière d’être étendu que nous lui reconnaissons par le tact en nous mouvant autour de lui, et réserver le mot figure pour l’impression que cette forme fait sur notre œil. La même forme présente plusieurs figures > suivant qu’elle est vue d’un.
côté ou d’un autre; mais elle fait toujours la même impression sur le tact, ce qui prouve encore que c’est-là sa vraie manière d'être , et que c’est la résistance à notre mouvement qui nous fait connaître la manière d’être réelle des corps.
Puisqu’un corps est étendu ou n’est rien , il faut absolument qu’il soit impénétrable , c’est-à-dire qu’un autre corps ne puisse pas occuper la portion d’espace qu’il remplit, à moins qu’il ne la lui cède ; car s’ils occupaient tous les deux en même temps le même lieu , ils ne seraient plus que comme un , l’un des deux serait anéanti, il n’j aurait pas coexistence.
Aussi lorsque nous voyons deux corps s’unir de manière qu’ils occupent moins d’espace que lorsqu’ils étaient séparés, nous en concluons qu’un des deux ou tous deux sont poreux, c’est-à-dire qu’ils renferment entre leurs parties solides ou réelles, des espaces vides dans lesquels se sont logées les parties solides ou réelles de l’autre corps. C’est aussi ce que nous prouve directement l’augmentation de poids à volume égal, qui résulte toujours de pareille union. Mille expériences prouvent que tous les corps con-