CHAPITRE X
couleurs, si nous n’avions pas découvert qu’ils sont proportionnels à la longueur des cordes qui les produisent, à la durée de leurs vibrations. Par là les voilà ramenés à des mesures d’étendue, et ils se calculent rigoureusement.
La même chose se remarque dans toutes les parties de la physique. Toutes les fois que nous pouvons peser ou mesurer, estimer en poids ou en volume un être ou un effet quelconque, nous avons l’expression précise de leur quantité, parce qu’elle est rapportée à l’étendue ; quand nous ne le pouvons pas directement , nous y arrivons encore si, par un artifice quelconque, nous faisons que leur existence se manifeste par quelques mouvemens opérés dans l’étendue. C’est ainsi que nous évaluons l’électricité d’un corps par les degrés de l’électromètre; sa chaleur , par ceux du thermomètre ou du pyromètre; son humidité, par ceux de l’hygromètre. En effet, les parties des mouvemens de ces machines sontbien comparables entr’elles ; il n’y a pas là d’ambiguité ; la seule incertitude qui nous reste est de savoir si ces portions de mouvemens sont bien proportionnelles à la quantité des matières ms-
surées (l’électricité, lé calorique et l’eau), et à leurs autres effets. Prenons un autre exemple qui rendra ceci encore plus clair.
L’activité d’un médicament ne se manifeste que par des mouvemens opérés dans l’individu vivant qui l’a pris ; mais personne n’a de mesure juste pour apprécier la vertu purgative de ce médicament ni son rapport avec celle d’un autre médicament • cependant nous avons une échelle approximative pour y parvenir, c’est la quantité de volume ou de poids de chacun d’eux nécessaire pour produire les mêmes«effèts ; et cette mesure serait complètement satisfaisante, si les effets purgatifs, bienfaisàns, malfaisans, etc., étaient constamment proportionnels aux quantités relatives à l’étendue auxquelles on les compare ; alors il en arriverait comme des valeurs des différentes marchandises, qui, par elles-mêmes, ne sont pas susceptibles de mesure précise, mais qui, étant toutes réduites en poids d’un même métal, sont appréciées avec la plus grande justesse.
Il en est de même dans les objets dont traitent les sciences morales et politiques. Nous n’avons point de mesures précises pour évaluer directement les degrés de l’énergie