‹ Eléméns d'idéologieChapitre 12 sur 43 · PAR^.GR^PH£ V · texte numérisé non relu

PAR^.GR^PH£ V

11 ne peut iQ^tl^ aociiuprâ, puisqu'eJfe est absolnineuttout p9ur lui, qju'^Ue est Textinctiion de toute possibilité de bojibeur, ^i^ est la perte de la tota^t^de son être, qu^elle ne peut admeitiv aucune c<w^nsa.tio», et qu'elle lui enlè-ve la dispositioa 4e- tput ce qu'il pourrait xocevoir en rcyto^ir.

Ces cotions générales auffiseistpour.leinomeDt: je i^'y ajoaterai qu'une réflexion. Oaditcommiinëiueut que rbomme, en entrant dans l'état de sodété, sacrifie nne pcMrtiogoi de sa liberté pow-s'aseurer le reste. D'après ce quenousTeuons de-dure, celtejeibpEessioB ii'«si pas exacte; elle ne donne une idée juste ni delà cause ni de l'eBet , ni même delà nfiissance des sociétés bu- .maines. D'abord, l'homme ne vit jamais complèteméat isolé j il ae pourrait pas exister àii^, aa moins dans sa pren^iére enfance. Ainsi l'état de société ne commence pas pour lui à un jour fixe et de dessein prémédité: il s'établit insensiiàcment et par degrés. Secondement, l'homme, en s'associa nt toujonrs plus à ses semblables , et en se liant chaque jour davantage avec eux par des conventions ou tacites ou expres«es, ne compte jamais diminuer sa liberté antérieure, affaiblir la puissance totale d'exécuter sa volonté , qu'il avait auparavant. Il a toujours pour but de l'accroître; s'il renonce à quelques manières de l'employer, c'est a^ d'être secouru, ou du moins de n'être pas contrarié dans d'autres usages qu'il veut en faire» et qu'il juge plus importails pour lui. Il consent que sa volonté soit un peu gênée, dans» '. certains ca», par celle de ses semUables; maib c'est «in qu'elle àoit beaucoup plus puissante sur* tous

les autres êtres, et même sur eux dans d'autres occasions, en sorte que la masse totale depuiss€Mnce ou de liberté qu'il possède en soit augmentée. Voilà, je crois, ridée qu'il faut se faire de l'effet et du but de l'établissement graduel de l'état sociaL Toutes les fois qu'il ne produirait pas ce résultat /il ne remplirait pas sa destination ; mais il la remplit toujours plus ou moins, malgré ses universelles et énormes imperfections. Nous développerons ailleurs les conséquences de ces observations: maintenant passons à l'examen de l'idée de devoir.

JSnfin , de la faculté de poulûir naissent Us idées de droits et de devoirs.

Les idées de droits et de devoirs sont, dit-on, corres^ndantes et corrélatives.«Je ne nie point que cela ne soit ainsi dans nos relations sociales; mais cette vérité, si c'en est une, demande beaucoup d'explications. Examinons des cas divers. «

Faisons 4'^l^i^d une supposition absolument idéale. Imaginons un être sentant et voulant, mais incapable de toute action; une simple monade douée de la faculté de vouloir, mais dépourvue de corps et de tout organe sur lesquels ^ volonté puisse tés.gir, et paiMesquels elle puisse produire aucun effet, ' et influer sur aucun être. £1 est manifeste qu'un tel être n'a aucun droit dans le sens que l'on donne souvent à ce mot, c'est-à-dire aucun de ces droits

PiRAORAPHE ri. ^g

qoî renferment l'idée d'an devoir oomespondant dans un autare être sensible , puisqu'il n'est en con^ tact avec aucun être quelconque. Cependant aux yeux de la raison et delà justice universelle, telles que l'esprit humain peut les concevoir (car nous ne pou- Tons jamais parier d'autre chose), cette monade a bien le droit de satisfaire ses désirs, et d'apaiser ses be^ soins ; car c'est là ne blesser aucune loi naturelle , ni artificielle : c'est au contraire suivre les lois de sa nature, et obéir aux conditions de son existence.

£n même temps , cette monade , n'ayant aucun pouvoir d'action, aucun moyen de travailler à la satisfaction de ses besoins, n'a aucun devoir; car elle ne saurait avoir le devoir d'employer d'une manière plutôt que d'une autre ces moyens qu'elle n'a pas, de faire plutôt une action qu'une autre, puisqu'elle ne peut faire aucune action.

Cette supposition nous montre donc deux choses: premièrement, comme nous rav<ms déjà dit, qtie tous les droits naisse^nt des besoins, et tous les devdirs, des moyens; secondement , qu'il peut exister des droits, dans le sens le plus général de ce mot, sans devoirs correspondansde la part d'autres êtres, ni même de la part de l'être possesseur de ces droits : par conséquent ces deux idées ne sont pas aussi essentiellement et aussi nécessairement correspondantes et corrélatives qu'on le croit communément, car elles ne le sont pas à leur origine. Maintenant faisons une autre hypiltlièse.

Supposons un être eentant et voulant, constitué comme nous, c'cst-à-Klire doué d'organes et de fa-,

5o INTRODUCTJOir.

«:iitr('c que sa voknilfl met en action, mais 0(»nf>lëteaicnt séparé de tout autre être sensible, et n'étant en contact <}u'ayec des êtres inanimés, »*i\ y en a, «u du moins qu^avec des êtres qui ne lui manifesl;ent pas le phénoiûéne du sentiment, copme il y en a , A>eaucoup pour nons. Dans cet état> cet éti« n^ point encore de ces droits, pri» dans le sens restreint de ce mot, qui renferment Fidée d'un deroir correspondant dans un autre être sensible , puisqu'il n'est en relation arec aucun être de ce genre. Cependant il a bien le droit général , comme la mo^ nade dont nous parlions tout à l'heure, de se procurer l'acoomptissement de ses désirs , ou, ce qui est la mênie chose, de pourvoir à ses besoins; car c'est .pour lui, comme pour rile, obéir aux lois de aa nature, et se coafornier aux conditions de son existence; et cet être est tel, qu'il ne peut être mu par aucune autre impulsion , ni aToir aucun autre principe d'action. Cet être roulant a donc alors tous les droits imaginables. On peut même dire que ces droits sont vraiment infinis, puisqu'ils ne sont bornés par rien ,* du moins ils n'ont pas d'autres limites que celles de ses désirs eux-mêmes, dont ils émanent et qui en sont la dource unique.

Mais ici il y a quelque chose de plus que dans k première hypothèse. Cet être, doué comme nous d'organes et de facultés que sa volonté met en mou- Tement, n'est pas comme la simple monade dont nous avoiis parlé d'abord ; il a des moyens, donc il a des devoirs : car il a le devoiif de bien employer ces moyens; mais tout deyoir suppose «ne

PARiGRiLPHE Vï. 5f

peine qu'enAxahie son infraction, une loi qui prononce cette peine y un tribunal qui applique cette loi. Aussi y dans le cas dont il s*agft, la punition, pour rétre dont nous^ parions, de mal employer ses moyens, e«t de leur voir produire des effets moins favorables à sa satisfaction, ou même de leur en voir produire qui en soiebt tout-^-lait destructitis. Les Ibis qui prononcent cette peine , ce sont "celles de l'orçanisation de cet être voulant et agissant; ce sont les Qonditions de son existence. Le tribunal qtii applique ces loi?, c'est celui delànëcessifëeilcménaei contre lequel il ne peut se pourvoir. Ainsi Vêtre qui nous occupe a ineontestabieraent le devoir de bien employer ses moyens^ puisqu'il en a; et observez que ce devoir général renferme ceux dé bien apprécier d'abord Jet àé^n on leâ besoins que ses moyens sont destinés à satisfaire , de bien étudier ensuite ces moyens eo%-mémes, letir étendue et leurs limites, et enfin de trifvailler en conséquence à restreindre lea uns et à étenilne les autrrs le plus possiblej car son malheur ne tiendra jamais que dé rînfériorité des moyens relativement aux besoins , puisque, si les besoins étaient toujours satisfaits, il n'y aurait pas même possiblité à la souffrance.

L'être isolé dont il s'agit a donc des droits venant fx>U8 de ses besoins, et des devoirs naissant tous de ses moyens; et dans quelque position que vous le placiez , il n'aura jamais ni des droits, ni des devoirs d'une autre nature ; car tous ceux dont il pourra devenir susceptible naîtront tous de cetix-là et n'en seront que des conséquences. Ou peut même dire

que tout vient de se» besoins; car s*il n'avait pas de besoins, il n'aurait pas &e«0{n de moyens pour les satisfaire; il ne serait pas même possible qu'il eût aucun moyen: ainsi il ne serait pas concevable qu'il eût un devoir quelconque. Si vous voulez vous en convaincre, essayez de punir un être impassible. J'ai donc eu raison de dire que de la faculté de vouloir naisssent le^ idées de droits et de devbirs, et je puis ajouter avec assurance que ces idées de droits et de devoirs ne sont pas si exactement correspondantes et corrélatives entre elles qu'on le dit communément, mais que celle de devoirs est subordonnée à celle de droits , comme celle de moyens l'est à celle de besoins , puisqu'on peut concevoir des droits sans devoirs, comme dans notre première hypothèse, et que dans U seconde il n'y a des devoirs que parce qu'il y a des besoins , et qu'ifs ne consistent que dans le devoir général de satisfaire ces besoins.

Pour mieux nous con^incre de ers deux vérités, faisons une troisième supposition. Plaçons n cet être organisé comme nous, en relation avec d'autres êtres sentans et voulans comme lui, et agissant de même en vertu de leur volonté , mais qui soient tels, qu'ils ne puissent pas s'entendre pleinement avec eux-, ni comprendre parfaitement leurs 'idées et leurs motifs. Ces êtres animés ont leurs ^roits aussi , venant de leurs besoins; mais cela nechange riçn à ceux de l'être dont nous suivons la destinée,* il a les mêmes droits qu'auparavant, paisqu'il a les mêmes besoins.

PAUAOBAPRB VT. 55

B a en outre le même devoir génënd d'employar ses moyens d^ manière à se procurer la satiséictton de ses besoins. Ainsi il a le devoir de se conduire avec ces êtres qni se montrent sentans et voulans , autrement qu'avec ceux, qui lui paraissaient inanisiés ; car comme ils agissent en conséquence de leur volonté , il a le devoir de captiver ou de subjuguer cette volonté, pour les amener à contribuer à ia sa-^ tisfactioii de ses désirs ; et comme il est supposé ne pouvoir pas communiquer complètement avec eux, €(t par conséquent ne pouvoir 'faire avec eux aucune convention, il n'a d'autres moyens pour diriger leur volonté vers l'accomplissement de ses désirs et la satisfaction de ses besoins, (fie la persuasion immédiate ou Ja violence directe : aussi il emploie et doit employer l'une et l'autre suivant les occasions, «sns autre considération que celle de produire les eifets qu'il^désire»

A la vérité, cet être organisé comme nous est te], que la vue de la nature sensible lui inspire le désir de compatir avec elle; qu'il jouit dç ses jouissances et souffre de ses m^x : c'est là un nouveau besoin qu'elle fait naître en lui; et nous verrons par la suite que ce n'est pas un de ceux dont il doit chercher à s'a&anchir, car il lui est utile d'y être floumis. Il doit donc le satisfaire comme les autres, et par suite il a le devoir de s'épargner la peine que fui causent les souffrances des êtres sensibles , autant ^ue ses autres besoins ne l'obligent pas à supporter . cette peine. Ceci est encore une conséquence du devoir général d€ satisBûre tous ses besoins»

5/» iNTnomrcTi^ritv.

Le tfibléaa -que n^s TeDonstie traceir, d'apréè la théorie, se tràu.ve être ]e siinplèiex'po^ de nos relations pratiqués avec les àBÎmaùXi prisés en goiérai, lesquelles relations ée modifient enéiiite dans les eas pariieotiers^ sniva^t le degré d'intelligence que hobs avons de leurs isentimens , et suivant les rapports d'babitude et de bienveillande rëciproqoer qui s'étaUtssèitt entre eux- et hmts, comAie enths nous et nos sinnUables. Je broi» éè tableau la représ^tation très- fidèle de ces felàtî'6lis|car U est «également élwffaé de rexagëration âèntitnentale qui voudrait nous faire un crime de la desifuction quelconque de ces teiimanx, et de la Ikirfoârié àystiématique qui pnkend nAis faire regarder comme légitimes leurs sbuffi^nces les plus inutiles» bu même itous persuader que kr douleur que manifeste Un être scnrâbie n'est pas de la cfouleur, qUand cet être sensible n'est pas fiiit ëxacfemeht coipme nous. ' £n e(fet, ces dieux systèmes sont également tàox. Le premier eàt insoutenable, pui8(|ue dans la praque il est absi^umtent impossible de le sUivre à la rigueur. II est manifeste ^e nous seriohs détruits violemment, ou lentement aflatarés et rongés par les autres êtres animés ^ si nous ne les détruisions jamais; et que, même avec les attentions les plus minutieuses, il nous est ikuposiible d'éviter d'en faire continuellemekit souffrir et mourir un grand nombre, plus ou moins perceptibles à nos sens» Or, nous avons încoiitestablement le droit d'agir et de vivre, puisque nous sommes ùés pour cela et comme cela.

PAnAGUApiiB ri. 55

lie second système n'est pas moms erroné; cai^ ett théorie il ét|blil tëinëraireiiient entre Jes diTer« ctats de la nature sensible une ligne de séparation qu'aucun phénomène ne nous autorise à admettre. li m'y a allument aucun fait qui nous mette en droit d'affirmer, ni même de soupçonner que l'état de souffrance n'est pas, dans les ètr^s animés arec lesquels nous communiquons imparfaitement» exactement la même chose que dans nous ou dans nos semblables (i); et d'après cette Buppobiticm gratuite ce système nous condamne à combatii'e et à détruire, comme une faiblesse, le sentiment, le besoin le plus général et le plus impérieux de la nature humaine, celui de la sympathie et de la commisération; be-* soins que nous verrons bientôt être le résultat le plus heureux de notre organisation, et celui sans lequel notre existence deviendrait irès-misérable, et même impossible. De plus, dans la pratique, ce système est oppsséà l'usage le plus universel de totts les temps et de tous les individus; car il n'y a jamais eu , je crois , d'animal à face humaine qui ait senti «incèremcnt et originairement que le spectacle de la Boufirance nettement exprimée soit une chose indîBerente.L'indifférence, fruit de l'habitude, et le plaisir même de la cruauté pour la cruauté, plaisir affreux qui a pu naître dans quelques êti'cs dénaturés par des causes accidentelles, prouvent même qu'il s'agit

(i) Tontcfoia, pcnt-élrc, avec un degré d'énergie i)Tort)iv lionne à la perfection d« rorganisation.

là (fnne pentQ tniturelle surmonttîe par le temps, •a yainciie avec effort ou avec le plaisir qui naît en nous de tout efibrt suivi de succès. Quant à la cruauté, produit de la vengeance, elle est une preuve de plus de la thèse que je soutiens. Car c'est à cause même du sentiment profond que l'être vaindicatif a de la souffrance , qu'il veut la produire dans celui qui lui est odieux, et toujours il partage plus ou moins , involontairement et forcément , le mal qu'il cause.

Ces deux systèmes opposés , mais tous deux fruits du dérèglement de rimaginalion , sont donc également absurdes en théoi-ie et en pratique. C'est déjà un grand préjugé en faveur de l'opinion moyenne que j'établis, laquelle d'ailleurs se trouve être conforme à l'usage de tous les temps et de tous les lieux, et rendre raison, par les conditions de notre tiature bien observée, de tout ce qtie notre manière d'être avec les animaux a de singulier et de contradictoire au premier coup d'oeil. Mai» ce qiû est plus fort et absolument convaincant, ce me semble, c'est que le même principe que j'ai posé, que nos droits sont toujours sans bornes , ou du moins égaux à nos besoins , et que nos devoirs ne sont jamais que le devoir général de satisfaire nos besoins , va nous expliquée toutes nos relations avec nos semblables , et les établir sur des bases inébranlables , et telles, qu'elles seront les mêmes partout et toujours, àans fous les pays et dans tous les temps où potre nature intime n'aura pas changé.

Faisons achiellement une quatrième hypothèse, '

PAAiGRASHB TI. 67

qoi ett odle dans laquelle ddus sommes tons placéi. Soj^woons rétre animé qui nous occupe , en contact avec d'autres étret semblables à lui.iCes êtres cnt des besoins et par cons^^ient des droits comme lui; mais cela ne change rien aux siens. Il a toujours autant de droits que de besoins , et le devoir ^ général de satisfaire ces besoiuSb S'il ne pouvait pas <»mmuniquer complètement avec ces êtres sembla* 1^8 à lui , et faire arec eux des conventions ^ il se-* rait à leur égard dans Fétat où nous sommes tous^ et où nous avons raison d'être , comme on vient de le voir, avec les autrea animaux.

Dira-t-<m que c'est un état de guerre? On aurait tort ; ce serait une exagération. L'état de guerre est celui dans lequel on cherche incessamment la destruction l'un de l'autre , parce que l'on ne peut s'assurer de sa propre conservation que par l'anéantissement de son ennemi. Nous ne sommes dans une ^le relation qu'avec les animaux que leur instinct entraîne constamment à nous nuire : il n'en est pas de même avec les autres. Ceux même que nous sacrifions à nos besoins, nous ne les attaquons qu'autant que ces besoins plus ou moins pressans nous y ' forcent. Il en est qui vivent avec nous dans un état d'asservissement paisible; d'autres, dans une in*différence parfaite. En tout, nous ne blessons leur ▼olonté que parce qu'elle est contraire à la nôtre ^ et non pas pour le ):àaisir de la blesser. Il y a même, à l'égani de tous, ce besoin général de sympathiser avec la natore sensible, qui nous fait une peine de la Toe de leur souffmnee , et qui nous unit plus oa

58 ÏNTPODUCTIOW.

moms avec eux. Cet état n'est donc pM esS^iielIémcnt état d'hostilité, U devinent tel Irë^emmeiit , mais c'est par accident. Il est essentieUeinenCiV<a< d*élrangete i si l'on pan^ s'exprimer ainsi; il eai celui d'ctres youlans et agissans séparément, chacun pour sa propre satisfaction, sans pouvoir s'expliquer ensemble, ni faire des conventions pdir rér gler les cas où leurs volontés sont opposées.

Telles seraient^ comme nous l'avons dit , les relations de l'homme avec ses semMables > s'il n'avait que des moyens très- imparfaite de coramuttiqiier avec eux. U ne serait pas préoiséraent pour eux an eqnemi, mais un étranger indifiRéi'^nt. Ses rapports avec eux seraient même déjà adoucis par le besoin dç sympathiser, qui est beaucoup plus foiht en lui quand il s'agit d'animaux de son espèce ; et il kut encore ajouter à ce besoin celui de l'amour , qui le renforce exirémement dans beaucoup de cireons» tances; car l'amour n'a point de jouissance pariait^ Mns consentement mutuel, sans sympathie trèsvive; et quand cette sympathie nécessaire à la pleine satisfaction du désir a existé , elle donne fréquem-> ment naissance à des habitudes de bienveillance, d'où nait le sentiment de patemité,*qui produit à sou tour des liaisons plus durables et plus tendres.

Toutefois, dans cet état, les quorelles sont fréquentes , et il n'y a pas proprement de. juste et d'injustp. Les droits de l'un ne font riep aux droits de Tautrek Tous ont chacun autant de droits que d^ bçsoins , et le devoir général de satisfaire ces besoins, sans aucune considération étrangère. Il ne

PARAORAPnR Y!' ^0

amunmoe à y avoir de restriction 4 oôe droits et à ce devjoiry ou plut6t à la manière de remplir ce dr- Toir, qu'au moment où il s^ëtablitdes moyens de s'entendre, et par suite, -dea conventions tacites ou formdks. Là seulement est la naissance de la ju»- ^ justice et de l'injustice , c'est-à-dire de la balance entre les droits de l'un et les droits de l'autre , jqui nécessairement étaient égaux jusqu'à cet instant. Les OrecS) qui avaient appelé Cérès législà' itice , s'étaient mépris : c'est à la grammaire , au langage , qu'ils, auraient dit donner ce titre. Ih avaient placé l'origine des lois et de la justice au moméat où les hommes ont entre eux des relations plus stables et des conventions plus multipliées; laais ils auraient dû remonter jusqu'à la naissance def premières conventions informes ou explicites. Daus tous les genres, le devoir des modernes est de pénétrer plus loin et plus profondément que les anciens. Hobbcs a doue eu plêinemeut raison d'étar Llir le fondement de toute justice sur les conventions; mais il a eu tort de dire auparavant, que l'état antérieur est Rigoureusement et absolumen,t l'état de guerre, et que c'est là notre véritable instinct et le vœu de notre nature. Si cela était , nous n'en serions jamais sortis (i). Un faux prin-

(i) Il faat pottrtnat* conveoir que la nuturo oa l'ordre des choses , telles qu'elles smtt, en crëunt les droits de chaque iudividtt animé , ëguux et opposés à ceux d^un outre, a virtuellemeut et indirectemeol cré«< Tétutde guerre, et que c^eU Tart quiVtt CvU CSiMer» ou Uugiouu Vnfréqueamftnl :iu.%peudu

6o INTRODUCTION.

cipe Ta conduit à une exoeUente oonséquence* H m'a toujours paru singuliéremQDit remarquable qae ce philosophe , qui de tous les hommes qui oat jamais écrit est petit - être le plus re«ommandabie par le rigoureux, encbatuement et l'étroite liaiçon de ses idées , ne soit cependant arrivé à cette belle conception de la nécessité des conventions , source de toute justice^ qu'en partant d'un principe faux, ou du moins inexact (l'état de guerre, état naturel ]; et que du sentiment profond et juste du besoin de la paix entre les hommes , il ait été coi»~ duit à une idée fausse , la nécessité de la servitude. Quand on voit de telles exemples , combien lœ doit -on pas trembler d'émettre une opinion (i)!

Cependant je ne puis m'empécherde croire vraie celle <(ue je viens d'exposer. Il me semble prouve que de notre faculté de vouloir naissent les idées de droits et de deuoirs; que de nos besoins naissent tous nos droits , et de nos moyens tous nos devoirs ^

entre nous parles conventions. Cela rentre encore dans notre principe général » que nous uc créons rieu. SMl n^j avait pss Aék guerres nécessaires et naturelles « il n''y en aurait jaftiais eu de conventionneUes et artificielles. L^état iuvincîbiemetft permanent des rapports de l'hiAnme avec le» animaux des autres espèces est ce qui le dispose le plus à traiter hostilement son semblalile.

« (i) Cette dernière erreur 'de Hobbes n^a cependant âê produite dans son excellente tête que par lu trop énergiqu» impreuion qu^y avaient 1 aite les aanlheurs causes à sa patrie par des cflbrts qui avaient pour objet , duiis rorîgiue, la tésistaace à Toppression.

PARAGnAPHB Vf. 6l

que nous avons toujoiu> autant de droits que de besoins, et le depoir unique de pourvoir à ces besoins; que les besoins et les droits des autres êtres sensibles y soit d'une autre espèce, soit de la nôtre, ne iont rien aux nôtres ; que nos droits ne commencent à être restreints qu'au moment de la nais^ sance des conventions ; que notre devoir gënëral n'est pas change pour cela au fond, mais seulement dans fa manière de le remplir , et que c'est à cet instant seul que commencent le juste et l'injuste proprement dils.

Ce n'est pas encore le moment de développer toutes les conséquences de ces principes ] mais il est temps, de terminer ces longs préliminaires par les réilexions auxquelles ils donnent lieu.

jvn.

Les considérations générales auxquelles nous ve-< nons de nous livrer sont celles qui se présentent les premières à notre esprit quand nons commençons à observer notre volonté. Pour peu qu'on y réfléchisse , on voit d'aboîd qu'elle est un mode de notre sensibilité qui nait d'un jugement exprès OB confus que nous portons sur ce^ que nous sentons; que si notre sensibilité pure, et simple commence à nous donner une idée obscure de notre moi et de la possession de ses affections , ce mode admirable de notre sendibilité que nous appelons

6^ INTnoDUCTTOtf,

vouloir, par les mouyemens qu'il nous lait faire et par les résistances qu'il éprouve , nous fait coniuiftre des êtres diffërens de nous , et cpmplète notre idée ^individualité , de personnalité et Je propriété exclusive de tout ce qui nous affecte (ij. Il n'est pas moins visible que cette faculté de vouloir est la source de tous nos besoins et de toutes nos misères; car l'être indifférent serait impassible ; et il est également manifeste q^uç cette même faculté, par le merveilleux pouvoir qu'elle a de mettre en action nos organes et d'imprimer du mouvement à nos' membres , est aussi la source de tous nos moyens et de toutes nos ressources ^ car toute notre puissance consiste dans l'emploi de nos forces physiques et intellectuelles. Il suit de là que tout éti*e animé, en vertu des lois de sa nature, a le dr<nt de satisfaire tous ses désirs, qui sont ses besoins, et le devoir luiique d'^employer ses moyens le mieux possible pour atteindre ce but : car , doué à» passion, \\ ne peut être condamnée souffrir que k moins qu'il lui est possible, et doué A'action , il doit s'^n servir à cette fin. Il suit de là encore que la liberté y le pouvoir d'exécuter sa volonté, est pour r«tre voulant le premier des biens et les renlerme tous; car il serait toujours heureux s'il avait toujours la puissance de contenter tous ses désirs ,

(i) Cetl« vérité a éld «'évelopp^e t. ler, chapitre de TEiisteuce, çt dans divers endroits des deux uutrcfi volumes des E.emeitf tl'lU' "l.igie.

T>-\RAGRAPHE VII. CONCLUSION. 65

et 14>U8 ses maux consistent toujours dans la contraînée, c'est-à-dire dans l'impuissance de se satisfaire. On voit, de plus, <jue l'emploi de no^ forces, le travail de tout genre, est notre seule richesse primitive, la source de toutes les autres, la cause première de leur valeur, et que le travail luimême a toujours deux valeurs. L'une est naturelle et Décessaire : c'est celle de tout ce qui est indispensable à la satisfaction des besoins de l'être animiS qui exécute ce travail, pendant le temps qu'il l'exëcutc} l'autre est éventuelle et souvent conven-. tionnelle : elle consiste dans la masse d'utilités qui rësiilte de ce même travail. Enfin on voit tout aussi nettennent que la manière de remplir notre devoir unique, celui de bien emploj'er nos moyens, varie en vertu des circonstances dans lesquelles nous nous trouvons, soit lorsque nous ne sommés en contact qu'avec des êtres qui ne nous manifestent aucune sensibilité, soit lorsque nous avons a£faire à des êtres animés, mais avec qui nous ne pouvons nous entendre qu'à demi , soit lorsque nous sommes en rapport avec des êtres sensibles comme nous, avec lesquels nous pouvons correspondre parfaitement et faire des conventions. Là commence le juste et Vinjuste , proprement dits, et la vraie société, dont le but et le motif sont toulours d'augmenter la puissance de chacun en faisant concourir celle des autres avec elle, et en les empêchant de se nuire réciproquement.

Tous ces premiers aperçus sont bons et sains (du moins je le crois), et commencent déjà à répandre

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