‹ Eléméns d'idéologieChapitre 16 sur 43 · DE LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

DE LA SOCIÉTÉ

qu.icrcni les hommes réunis, tandis que sépares ils peuvent à peine soutenir leur misérable existence. Smitli, si je no me trompe, est le premier, qui ait remarqué que Vhomme seul fait des échanges prO" premenl dits. Vojrez l'admirable chapitre second du premier livre de son Traité des Richesses. Je regrette qu'en remarquant ce fait, il n'en ait pas recherché plus curieusement la cause. Ce n'était pas à l'auteur de |a Théorie des Sentimens moraux à regarder comme inutile de scruter les opérations de notre intelligence. Ses succès et ses fautes devaient contribikcr également à lui faire penser le contraire. Malgré cette négligence, son assertion n'en est pas moins vraie. On voit bien certains animaux exécuter des tf-avauz qui concourent à un but commun et qui paraissent concertés jusqu'à un certain pt)int, ou se ])attre pour la possession de ce qu'ils désirent, ou supplier pour l'c^tenir; mais rien n'annonce qu'ils fassent réellement des échanges formels. La raison en est, je pense, qu'ils n'ont pas un langage assez développé pour pouvoir faire des conventions expres^s; et je crois que cela vient (comme je l'ai expliqué dans le second volume des Eiémens d'idéo^ Jogie, article des Interjections, et dans le premier, à propos des signes) de ce qu'ils sont incapables de décomposer assez leurs idées pour les généraliser , pour lés abstraire et pour les exprimer sépurément, en détail, et sout la forme d'une proposition : d'où il arrive que celles dont ils sont susceptibles sont toutes particulières, confuses avec leurs attributs, et se manifestent en masse par des interjections qui

y8 CHAPITRE I.

ne peiiyait rien expliquer etpHcitement, L'homme , au contraire , qui a tes moyens intellectoels qui leur manquent, est naturellement porte à sVn senôr pour faire des conventions avec ses semblables. Ils ne font point d'échanges, et il en fait : aussi loi seul a-t-il une véritable société; car le commerce est toute la société^ comme le travail est toute la richesse.

On a peine à concevoir d'abord que les grands effets qiie nous venons de décrire puissent n'avoir pas d'autre cause que la seule réciprocité des services et la multiplicité des échanges; cependant cette suite continuelle d'échanges a trois avantages bien remarquables.

Premièrement, le travail de plasieura hommes réunis est plus fructueux que celui de ces mêmes hommes agissant séparément. S'agit-il de se défendre? dix hommes vont résister aisément à un ennemi qui les aurait tous détruits en les attaquant l'nn après l'autre. Fant-il remuer un fardeau? celui dont le poids aurait opposé une résistance invincible aux efforts d'un seul individu cède tout de suite à cens de plusieurs qui agissent ensemble. Est-il question d'exécuter un travail compliqué? plusieurs choses doivent être faites simultanément; l'un en fait une pendant que l'autie en fait une autre , et toutes contribuent à l'effet qu'un seul homme n'aurait pu produire. L'un rame pendant que l'autre tient le gouvernail , et qu'un troisième jette le filet ou harponne le poisson , et la pêche Q un succèft impossible »aua cç concours*

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Seeondeinmit , dos Gonnabsances sont nos pliu précieuses acquisitions, puisque ce sont elles qui dirigent l'emploi de nos forces et le rendent plus frnctaeux, à mesure qu'elles sont plus saines et plus étendues. Ot, nul homme n'est à portée de tout voir, et il est bien plus aisé d'apupendre que d'inventer. Mais quand plusieurs' hommes communiquent ensemble, ce qu'un d'eux aobsei'yë esf bientôt connu de tous les autres , et il suffît que parmi eux il s'en trouve Un fort ingénieux , pour que des découvertes précieuses deviennent promptement la propriété de tous. Les lumières doivent donc s'accroUre bien, pins rapidement que dans l'état d'isolement, sans compter qu'elles peuvent se conserver et p^r conséquent s'accumuler de générations en générations; et sans compter encore, ce qui est bien prouvé pi^r l'étude de notre intelligence, que l'invention et l'emploi du langage et de ses signes, qui n'auraient pas lieu sans la société, fournissent à notre esprit beancoup de nouyeaux moyen» de combinaison et d'action.

Troisièmement, et ceci mérite encore attention ,. quand plusieurs hommes tn&vai lient réciproquement, les uns pour les autres, chacUn peut se livrer exclu* sivement à l'occupation pour laquelle il a le. plus^ d'avantages, soit par ses dispositions naturelles, soit par le hasard des circonat^ncçs; et ainsi il y réussira mieux. Le chasseur, le pécheur, le pasteur, le laboureur, l'artisan, ne faisant chacun qu'une chose, deviendront plus habiles, perdront moins detempa et auront pli# de succès. C'est là ce que Ton appela

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h division au travail , qui , dans les sociétés civilisées , est quelquefois portée à un point inconcevable , et toujours avec avantage. Les écrivains économistes ont tous attaché une importance extrême k la division du travail , et ils ont fait |rand bruit de cette observation, q§i n'est pas ancienne : ils ont en raison: Cependant il s'en faut bien que ce troi^ sième avantage de la société soit d'un intérêt aussi éminent que les deux premiers» le concours des forces et la communication des lumières. Bans toas les genres, ce qu'il y a dé phis difficile est d'assi» gner aux choses leur véritable valeur ; il faut pCKir cela les connaitre parfaitement.

Concours des forces , accroissement et conservation des lumières et division du travail , voilà les trois grands bienfaits de la société. Us se font sentir, dès son origine , aux hommes les plus grossiers; mais ils augmentent dans une proportion incalcalable, à mesure qu'elle se perfectionne, et chaque degré d'amélioration dans î'ordtv soeial ajoute encore à la possibilité de les accroître et d'en mieux user. L't'nergie de ces trois causes de prospérité se montrera encore avec |^us d'évidence, cpiand nous aurons vu plus en détail la maniàre dont se forment 008 richesses.

^u^^^ti^*vmt^vit»m^m0wmny v tntiuimKti* ^ ¥ii^*

Z>tf la formation de nos richesses, ou de là pro^

duelion d'utilité.

Il est si vrai qu'on ne peut faire aucun ndsonncment juste tant que le sens des mots n'est pas bien détermina, que c'est une chose très^im portante en économie politique de savoir ce que l^on doit entendre par le mot production y dans le langage de cette science. Ctîtte question, qui en elle-mérae ii*ost pas sans difficulté , a encore été três-embrouil- \ée par l'esprit de système et les préventions. Elle a été traitée par beaucoup d'hoinmés habiles, à la téte desquels on doit placer Tni^ot et Smith. Mais, suivant moi, personne n'y a répandu plus de lumières que M. Say, l'auteur do meilleur livre que je connaisse sur ces matières (i).

Toutes les opérations de la nature et de fart se réttuisent à des transmutations^ à des changemcus et formes et de lieux,

Non-scnleroent nous ne créons jamais rien, mais il nous est même impossible de concevoir ce qtie c'est que créer ou anéantir, si nous entendons ri-

(i) Obsrrvon» ccpeudaul que l'siutcurnc cite ici «jue la preraière ëditiou de i^tavrug« de M. Sny, celui-ci et tint tciit KHig-lemp< iivatti la ptiblicAtibn de t« seconde , 4)ui a eiiouf'« vécu d«s amâioratious U-«|rinipMi^H#M«i^'o(e deVËditeitrA

8a CHAPITRE ÏI.

goureusement par ces mots , faire quelque chose de rien, ou réduire quelque chose à rien ; car nous n'avons jamais vu un être quelconque sortir du néant niy rentrer. De là cet axiome admis par toute Fantiquité : rien ne vient de rien^ et ne peut redevenir riWi* Que faisons-nous doDC par notre travail, par notre action sur tous les êtres qui nous entourent ? Jamais rien qu'opérer dans ces êtres des changemens de forme ou de lieu qui les approprient à notre usage, qui les rendent utiles à la satisfaction de nos besoins. Voilà ce que nous devons entendre par produire : c'est donner aux choses une utilité qu'elles n'avaient pas.' Quel que soit notre travail, s'il n'en résulte point d'utilité ^ il est infructueux; s'il en résulte , il est productif ,

n semble d'abord , et beaucoup de personnes le croient encore, qu'il y a une production plus réelle dans le travail qui a pour objet de se procurer les matières premières, que dans celui qui consiste à les façonner ou à les transporter ,* mais c'est une illusion. Lorsque je mets quelques graines en con> tact avec Fair, l'eau, la terre et différons engrais, de manière que du concours et des combinai"* sons de ces élémens il résuite du blé , du chanvre, du tabac, il n'y a pas plus de cré^tion^opértè que quand je vais prendre le grain de ee blé pour le convertir en facine et en pain ; les "filamens de ce chanvre j pour en faire successivement du fil , do la toile et des vêteniens ; et les feuilles de ce ta^ bac, pour les préparer de façon à pouvoir les fumer , les mécfaer ou les pvendre par le nez. Dans

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l'an el l'aatre cai il y a production d'utilité, car tOQs ces trayaux sont paiement nécessaires pour remplir le but désire , la satisfaction de quelquesun» de nos besoins*

L'homme qui tire du fond de la mer , des pois^ sons , n'est pas plus créateur que ceux qui les font sëcher ou saler, qui «i tirent l'huile^les œufs, etc., etc. , et qui m'apportent tous ces produits. Il en est de même de celui qui fouille la mine, à l'égard de ceux qui convertissent le minerai en métal , et le métal en outils ou en meubles, et qui apportent ces instrumens à ceux qui en ont b^in. Chacun d'eux ajoute une utilité nouvelle k l'utilité déjà produite ; par conséquent chacun d'eux est égaleineoi producteur.

Tous étudient (paiement les lois qui régissent les diOfércns êtres, pour les faire tournei' à leur profit. Tous emploient , pour produire l'effet qu'ils désirent y les forces chimiques et mécaniques de la nature. Ce que nous appelons sa force i/égéiaùi/e n'est pas d'une autre nature ; ce n'est qu'une série d'attractions électives, d*e véritables affinités chimiques, que sans doute nous ne connaissons pas dans toutes leurs circonstances , mais que nous savons pourtant favoriser par nos travaux , et diriger de manière qu'elles nous deviennent utiles.

C'est donc à tort que l'on a fait de l'industrie agricole une chose essentiellement difTérente de toutes les autres branches de l'industrie humaine, et dans laquelle l'action de la nature intervenait d'une manière particulière. Aussi a-t-on toujours été

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bien embQr:m8S<$ foar savoir pnfetsëmeiit ce tfu&Ton devait entendre par Tindustrie agrioc^e, firiae dans ce sens. On j a compris la pèche et la chasse ; maû pour quoi n*y pas comprendre aiisst l'industrie des pâtres nomades ? Y a~t41 une si grande diilérence entre élever des animaux pour 9*ep. nourrir , et les tuer ou les prendre tout élevas pour s'en nourrir de même? Si celui qui retire du sel de Teau de la mer , en Texposant à l'action des rayons d« «uleil , est un productcwr, pourquoi celui qui retire ce même sel de VéavL d'une fontaine, par ie moyen de l'action du feu, et de celte du vent ilans (les bàtimens de gradoation , ne terait-il pas un producteur aussi ? Et cependant quelle différence spc^'ifique y a-t-il entre sa manufacture et toutes celles qui donnent d'antres produits chimiques? Si Ton range dans cette même classe productrice celui qui retire de la terre le mincf^i^ pourquoi n'y pas comprendre aussi celui qui retire de œ minerai le métal? Si l'un produit le minerai , l'autre protUiit le métal ; et cependant où s'arrêter, dans les différentes transformations que subit cette matière, jusqu'à ce qu'elle devienne un meuble ou un bijou ? à quel degré de ces travaux successifs peut-on dire : Là on cesse de produire, et on ne fait plus que façonner? On en pent dire autant de ceux qui vont chercher du bois dans une forêt, ou de la {tourbe dans un pré, ou qui ramassent sur les bord deia mer ou des rivières les choses utiles que lei eaux y ont déposées. Sont-ils des agriculteurs, des labricans, oa de^ voitttricrs? et

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