‹ Élémens d'idéologie. [electronic resource]Chapitre 101 sur 192 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

fantastique les qualités de plusieurs objets réels. Cela n'a pas besoin de preuves.

Quant à cette autre imagination qui consiste à avoir des souvenirs si vifs, que les objets semblent actuellement présens, nous avons déjà observé, au chap. III, qu'elle n'est que la mémoire, ou l'elFet de la mémoire, qui va jusqu'à réveiller la sensation même. Elle n'a donc pas besoin d'un nom particulier, non plus que la réminiscence, que l'on fait consister à avoir des souvenirs et à sentir que ce sont des souvenirs. Celle-là est la mémoire unie à un jugement.

Reste donc le raisonnement, qui est, dit^ on , une suite de jugemens implicitement renfermés les uns dans les autrés. J'en conviens ; et j'en conclus que ce n'est là qu'une répéi^ tition de l'action de juger, et non une faculté particulière. -'o' 'v- ; ■ ;

Voilà pourtant à quoi se réduisent toutes ces subdivisions si multipliées de ce qu'on appelle entendement. Je n'y retrouve jafnais, en les analysant, que des sensations, des souvenirs et des jugemens 5 et je suis tou-' jours plus convaincu qu'elles ne sont propres qu'à embrouiller la matière, en créant des êtres imaginaires , et en én confondant

(Je très-réels. Voyons s'il en sera de même de la volonté.

On place à la tête des opérations intellectuelles que l'on rapporte à la volonté, une affection nommée le hesoin,, que l'on nous dit être une souffrance. Quand cette souffrance est faible y on l'appelle malaise; et quand elle nous prive du repos, on lui donne le nom ^inquiétude. On nous présente cela comme trois opérations distinctes, et l'on fait intervenir la réflexion 0t l'imagination pour transformer ces opérations en une quatrième, que l'on appelle le désir. J'avoue que je fle comprends rien à cette explication; je ne vois encore là que deux choses, souffrir/ et. désirer ; et ces deux choses je les, connais bien par expérience. Soiilfrir,, est une manière d'être, un produit de la sensibilité; c'est l'effet d'uneimpression reçue : et cette imptesmon 'est; telle , qu'elle me fait porter le jugement distinct du implicite que je dpis l'éviter, d'où il suit que j'en conçois le desir> Dans la puissance de concevoir des désirs consiste uniquement: ce que j'appelle volonté.

IN^otre auteur, au contraire, comprend encore parmi les opérations dépendantes de

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la volonté, les passions, l'espérance , la vo-; lonté proprement dite , et jusqu'à la crainte j> la confiance, la présomption.

Il est vrâï = qu'il nous éiplîque que les passions sont des désirs devenus habituels , que respérarice est le désir joint à un jugement, et que la volonté, dans le sens res-' treint, est encore le desir joint à un autre jugement. Ainsi ce ne sont pas ïà des impressions élémentaires, maià des affections composées, dans lesquelles il n'y a que lé désir qui àppartieùne réeUejïientà.la fàcuîtQ

appelée volonté'. „

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tïon, etc., ce n'est pas la peine de nous y arrêter : il est trop manifeste que ce sont dejS manières d'être, des états de l'homme, résultant de l'emploi bon ou mauvais de toutes' ses facultés ,j et que des résultats si complirqués ne peuvent jamais être regardés comma

des élément .

Je persiste donc à penser que la manière dont Condîllac a décomposé notre intelligence est vicieuse - et que pliis on j réflé^ chira, plus ori se convaincra que la pensée de l'homme ne consista jamais qu'à sentii^

des sensations , des souvenirs, des jugemcns et des désirs (i).

Au reste, l'examen auquel nous venons de nous livrer peut nous fournir des réflexions importantes. La première qui se présente, c'est que le grand idéologiste dont j'ose ici combattre quelques idées, a le mérite éminent d'avoir le premier bien reconnu ce que c'est que penser.

Il dit dans vingt endroits, et nommément dans ceux que je viens de citer : Les facultés de Vame naissent successivement de la sensatioji. Elles ne sont que la sensation qui se transforme pour devenir chacune d'elles. Toutes les opérations de Vame ne sont que la sensation même qui se trans-

forme différemment, etc Et, ce qui est

plus précis encore, il dit, dans sa Logique , chapitre 7 -. Toutes les facultés que nous venons d'ohseiyer sont renfermées dans la faculté de sentir. Assurément c'est bien

^ (i) Pour l'intelligence complète de cette discussion , que j'ai tâché do resserrer , j'invite le lecteur à relire, l'Analyse de la Pensée, par Condillac, dans un des endroits cités ci-dessus , et sur-tout dans le chap. 7 de la première partie de sà Logique, où elle est le plus détaillée, et que j'ai eu principalement en vue.

dire,

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dire, non-seulement comme Locke, que toutes nos idées viennent des sens, mais encore qu'elles ne sont que des sensations de différentes espèces. Cependant cela n'est pas complètement net, et souvent les explications subséquentes obscurcissent encore ces traits de lumière. J'aurais donc mieux aimé qu'il dît : Sentir est un phénomène de notre organisation, quelle qu'en soit la cause ; et penser n'est rien que sentir. €e que nous appelons la faculté de penser, la pensée , n'est autre chose que la faculté de ■ sentir, la sensibilité prise dans le sens le plus étendu. Toutes nos idées , toutes nos perceptions sont des choses que nous sentons , c'est-à-dire des sensations , auxquelles nous donnons différens noms, suivant leurs différens effets et leurs différens caractères.

Alors, au lieu d'expliquer péniblement comment la sensation devient mémoire, jugement, volonté, et mille autres choses, il aurait dit tout simplement, comme nous, que notre faculté de sentir ou penser consiste à sentir des sensations proprement dites, des souvenirs, des rapports, des de-

sirs, et. tout ce qu'il aurait jugé à propos d'y distinguer.

Je crois ces deux manières de s'exprimer bien identiques. Cependant, telle est la conséquence de présenter la même idée sous un aspect ou sous un autre, que quand, par la suite de mes observations et de mes réflexions, j'ai été conduit à conclure que toutes nos idées ne sont que des sensations diverses, et que penser, sentir et exister ne sont pour nous qu'une seule et même chose, j'ai cru fermement ne l'avoir pas appris de Condillac; et peut-être beaucoup de ses sectateurs ne conviendront pas que je dise la même chose que lui, ni par conséquent que j'aie raison.

Il y a plus; je suis persuadé que s'il avait rédigé son propre principe sous la forme que je lui donne, cet excellent esprit qui lui a fait éliminer tant d'idées fausses et vagues, l'aurait amené nécessairement à ne plus reconnaître dans la pensée toutes ces opérations parasites qu'il y admet encore, et qui ne font qu'embrouilier l'analyse qu'il en a faite, ce qui a été un vrai malheur pour la ecience. Au reste, peut-être a-t-il cru s'être fait entendre suffisamment; peut-être n'a-t-il

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