CHAPITRE XIV
pJiis nsupportable à mesure qu'elle se renouvelle ou se prolonge, c'est toujours parce qu'elle finit par déranger ou détruire l'organe qu'elle affecte, ou parce que le mouvement organique qui la produit, en se répétant et se prolongeant, met enjeu d'autres organes sensitifs et y excite des mouvemens qui n'avaient pas eu lieu d'abord , ce qui , dans les deux cas, rend le mal réellement plus grave, ou plutôt multiplie réellement les causes de douleur. Il est même à remarquer que si nos douleurs deviennent plus poignantes à la longue, il n'en est jamais de même de nos plaisirs; ce qui pourrait tenir non-seulement à ce que tout plaisir disparaît dès que le sentiment de fatigue survient, mais encore à ce que, dans l'accroissement de la douleur par la fréquence ou la durée , il y entre de l'action de notre jugement, qui nous irrite contre cet état pénible et nous le fait trouver plus insupportable.
sions que dans la suite elle démêlerait aisément si on les sentait encore.
Peut-être aussi, dans le cas de la prolongation continue, y a-t-il presque cessation du mouvement organique, l'organe restant dans l'état où l'a mis le commencement de l'impression sensible.
Il est donc vrai en général que nos sensations trop répétées deviennent moins senties, comme le mouvement sensitif qui les produit devient plus facile; mais puisque ce mouvement de l'organe lui devient plus facile, 1^ sensation doit donc devenir plus facile aussi, c'est-à-dire n'avoir pas besoin d'un stimulant aussi fort pour être excitée : c'est aussi ce qui arrive. Il est d'observation constante que la délicatesse de nos sens s'accroît par l'exercice , même indépendamment de la part qui doit être attribuée à l'action du jugement dans ce progrès; et quand le contraii-e a lieu, c'est qu'il y a eu lésion dans Porgane par le trop grand usage qu'on en a fait.
Maintenant, de même que l'observation attentive de ce qui arrive à nos mouvemens en vertu de leur fréquente répétition nous a conduits à trouver quel devait être l'effet de la même cause sur nos sensations, et à reconnaître que les phénomènes sont tels que nous avions jugé d'avance qu'ils devaient être, de même aussi l'examen que nous venons de faire de la sensation nous fait déjà prévoir ce qui arrive à la mémoire.