‹ Élémens d'idéologie. [electronic resource]Chapitre 119 sur 192 · CHAPITRE XIV. 26 h · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV. 26 h

En effet, quand nous percevons une sensation, le mouvement quelconque opéré dans l'organe affecté en produit un autre dans le centre nerveux , que nous concevons comme le siège de la perception, et qui en est l'organe propre. Quand nous percevons un souvenir, ce n'est pas ce premier mouvement qui recommence; aussi le souvenir d'une sensation n'est pas la sensation ellemême. C'est le mouvement de l'organe propre de la perception qui se renouvelle. Or, ce mouvement est comme tous les autres; plus il a eu lieu souvent, plus il se renouvelle arec facilité et promptitude, et moins est vive la perception qu'il nous cause; tel est aussi ce que nous éprouvons. Plus nous avons eu sauvent une perception quelconque, plus nous en avons aisément le souvenir; mais aussi moins ce souvenir nous frappe et nous émeut. S'il est plus vif quand la sensation a été longue et profonde, c'est uniquement parce que son impression sur les organes a été plus forte ; mais cela ne tient pas à ce sentiment à'étrangeté (qu'on me passe ce terme presque synonyme de celui de nouveauté) ndiit la difficulté qu'éprouve l'organe à se plier

à un mouvement qu'il n'a pas encore exécuté.

Mais nul de nos mouvemens internes n'est isolé ; ils se tiennent et s'enchaînent , comme tous les mouvemens de la nature , par une multitude de rapports et de combinaisons; et plus ils se répètent, plus ils mettent en jeu tous les mouvemens adjacens, et les rendent faciles, quoique moins sensibles. Ainsi plus un souvenir se renouvelle, plus il réveille aisément tous les souvenirs collatéraux, quoiqu'ils deviennent moins frappans. C'est ainsi que s'établit cette liaison des idées , phénomène idéologique si important, dont l'observation a été si justement vantée, puisqu'elle jette le plus grand jour sur nos opérations intellectuelles, et qui n'est lui-même que la liaison mécanique ou chimique des mouvemens organiques qui produisent nos idées.

Ce que nous avons dit des sensations et des souvenirs s'apphque complètement et parfaitement à nos jugemens, non-seulement parce que l'on ne peut juger que ce que l'on sent, et que tout ce qui arrive aux matériaux, aux sujets de nos jugemens, influe nécessairement sur eux, mais encore

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