‹ Élémens d'idéologie. [electronic resource]Chapitre 135 sur 192 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

positions égales, l'homme qui n'auraient de ressources qu'en lui même , resterait encore bien loin en arrière du faible degré de perfectionnement du sauvage le plus stupide (1). Cette simple réflexion suffit pour nous faire sentir de quel triste état le genre humain est parti, et nous pouvons juger combien il a fallu de temps et de peines pour l'amener à celui où nous le voyons, puisque nous avons con tinuellement sous les jeux des exemples de l'extrême difficulté avec laquelle on découvre la vérité qui paraît la plus simple, et de celle avec laquelle la masse des hornmes reçoit des améliorations qui semblent non^ seulement très-aisées , mais même pour ainsi dire inévitables.

(i) C'est avec bien dë la raison que de l'adjectif idio, qui signifie propre, particulier, comme dans les mots idiopathique , idio-électrique , on a fait le mot idiot pour désigner un homme; d'une intelligence très-r bornée j car. tel serait bien effectivement l'état de celui qui n'aurait que des idées qui lui seraient. propres J^ c'est-à-dire qui n'en aurait reçu aucune dç ses s&mr blables. Tel serait l'état d'un sourd et muet de naisr sance à qui on n'aurait absolument jamais rien fait comprendre par des gestes. Encore aurait-il vu les actions des autres hommes , qui au moins rauraient- Çqrteraent excité à penser.

Observez encore que cette incapacité de l'homme dans son état primitif, ou, si l'on veut, dans l'état de nature, ne consiste pas seulement dans le peu d'étendue de ses connaissances, mais principalement dans la lenteur et la difficulté de ses opératians in^ teïlectuelles , au moins de toutes celles qui ne lui sont pas habituelles. Il n'en fait qu'un petit nombre, toujours les mêmes, celles, qui sont nécessitées par ses besoins indis-; pensables. Ces besoins renaissant sans cesse, les combinaisons d'idées qui s'y rapportent sont continuellement répétées; elles de viem nent bientôt très-rfaciles et très - rapides : n'étant mêlées à aucune autre, elles s'opè-. rent sans perturbation : elles sont de plus, très-motivées et très-justes, parce qu'elles, ne sont point fondées s,u^ des ouï-dire ni sur des . idées incomplètes, mais sur l'expérience même de rindividu; elles sont in^ ventées et non apprises : mais toutes les, autres restent dans un engourdissement total, et par conséquent d'une difficulté extrême.

Tel est l'état de l'hornme primitif ; tel est aussi le spectacle que nous offirent les aninaaux. Privés presqu'absottiment de moyens

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commodes de communication intellectuelle avec leurs semblables, réduits à leurs propres combinaisons, que des inventions ingénieuses ne facilitent pas comme les nôtres, ils atteignent plus ou moins vite , mais toujours assez promptement,le degré de développement de leur intelligence, sans lequel ils ne pourraient subsister; mais ils ne le passent presque plus. Leur instinct est également remarquable par sa promptitude à se former, sa rectitude, sa sûreté, et par son peu d'étendue et son immutabilité. Ils nous surprennent continuellement et presque en même temps par leur finesse et par leur stupidité. L'esprit des sauvages, proportion gardée , nous cause les mêmes impressions , et a à peu près les mêmes qualités. Ils nous donnent souvent lieu d'admirer que des hommes si peu éclairés fassent des combinaisons si fines , et que , les faisant , ils soient, tout-à-fait incapables d'en faire d'autres qui nous paraissent moins difficiles. Dans les sociétés civilisées, la classe qui a les communications les moins étendues et les moins variées offre des phénomènes analogues.

Les paysans des campagnes écartées, ceux, des montagnes, sont remarquables par la,

rectitude d'un petil nombre de combinaisons , l'ignorance absolue d'une foule d'autres, et leur incapacité à en faire de nouvelles. Enfin, dans tous les degrés d'instruction et de perfectionnement, il est d'observation que plus un homme est isolé et ne doit ses connaissances qu'à lui-^même, plus ses idées sont profondes et justes, mais moins elles embrassent avec succès des objets divers , et plus il est incapable de les modifier et de les étendre. Partout les mêmes causes produisent les mêmes effets; et la cause générale dû perfectionnement de l'homme et de l'accroissement de sa capacité', est cette propriété qu'ont ses organes de recevoir une disposition permanente à l'occasim d'une impression passagère, et de devenir capables défaire très-promptement et très-facilement ce qu'ils avaient d'abord exécuté avec beaucoup de peine.

Nous ne pouvons comprendre le commencement de rien , pas plus celui du genre humain que celui du monde ou de toute autre chose. Peut-être l'homme est-il une combinaison des élémens qui le composent qui a passé par des transformations lentes et nombreuses avant d^arriver à l'organi-

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