CHAPITRE XV
oïnt nécessairement vécu avec des hommes, au moins dans leur premier ^ge; et sous ce l'apport, si noiis les prenions pour terme de comparaison , ils nous donneraient une trop haute idée degré de perfectionnement auquel peut atteindre un homme absolument et totalement livré à lui-même. D'une autre part, on a remarqué avec beaucoup de sagacité (1), que presque tous ces enfans ainsi séquestrés de la société devaient ou s'être perdus par stupidité, ou avoir été l'objet de violences qui avaient pu altérer leur raison, ou avoir été abandonnés et égarés exprés par leurs familles, parce que les vices de leur organisation physique et mo^ raie faisaient désirer d'en être débarrassé; il a même été prouvé positivement que plusieurs d'entr'eux étaient dans l'un de ces cas : ainsi, sous cet aspect, ils pourraient nous faire tomber dans une erreur contraire à la première, en nous portant à trop restreindre ce dé veloppement de l'hommeisolé. D'ailleurs aucun d'eux jusqu'à présent n'a
été observé avecles précautions nécessaires
(0 M. Roussel , physiologiste philosophe , auteuj^ 1 Système physique et moral de la Femme.
et les détails suffisans, l'idéologie étant de toutes les parties de la physique animale , celle qui exige les observations les plus scrupuleuses et les plus circonstanciées.Nous ne pouvons donc tirer aucune conclusion bien certaine de ces expériences.
Mais si nous n'avons aucun moyen direct de savoir jusqu'à quel point de développement arriverait notre intelligence, par ses propres forces, nous en avons un bien facile de reconnaître le terme qu'il lui serait certainement impossible de dépasser, et même d'atteindre ; nous n'avons qu'à jeter les yeux sur les hommes qui composent les sociétés les moins avancées en civilisation. Car enfin les plus bruts d'entre les sauvages doivent beaucoup à leurs semblables; ils en ont reçu beaucoup d'idées, de connaissances, de traditions, un langage surtout : et nous verrons bientôt combien un langage, quelque imparfait qu'il soit, est utile et même nécessaire pour combiner ses idées. Or, quiconque réfléchira un moment sur l'énorme différence qu'il y a entre apprendre et inventer, sur-tout pour un être qui ne sait encore rien, pas même se servir de son esprit, sentira tout de suite qu'à dis-