CHAPITRE XV. OOr
pour faire voir que notre faculté de penser est perfectible indéfiniment, il faut avoir montré comment elle parvient à découvrir sûrement la vérité , et que sa marche est la même dans tous les genres de recherches. Je m'aperçois même, jeunes gens, que vous n'avez pas pu bien comprendre ce que je viens de vous dire des signes par lesquels nous représentons nos idées, et sentir parfaitement les motifs de l'importance que j'ai attachée à leurs avantages et à leurs inconvéniens, parce que je ne vous en ai pas encore entretenu. Mais les réflexions que nous venons de faire sur les progrès de nos facultés suivaient si naturellement de ce que nous avions dit de la fréquente répétition de leurs opérations, que je n'ai pas dû les en séparer. Actuellement je reviens aux signes de nos idées; et quand je vous aurai expliqué leur origine, leur usage et leurs propriétés, je crois que nous aurons envisagé sous toutes ses faces la manière dont se forment nos idées , et que la première partie de notre cours sera terminée.
cm PITRE XVT.
iDes Signes de nos Idées, et de leur effet principaL
Jeunes (^ENS, vous savez tous que les mots que nous prononçons sont les signes de noâ idées, et n'ont de valeur que par le rapport qu'ils ont avec elles ; sans cela ils ne seraient qu'un vain bruit. L'assemblage des mota dont se sert une nation constitue ce qu'on appelle une langue : on ne connaît aucune société d'hommes, quelque peu avancée qu'elle soit en civilisation , qui n^ait un langage de cette espèce plus ou moins grossier.
C'est sans doute cette observation, jointe à l'impossibilité de se rendre raison de la manière dont les hommes avaient pu commencer à se faire un langage, et étaient parvenus à en avoir de si perfectionnés, qui avait porté Rousseau à croire que ce ne pouvait être là une invention humaine, et que la création des langues exigeait nécessairement l'intervention de la Divinité, c'està-dire d'un être supérieur à l'homme. Une