CHAPITRE XVI. 3i
c'est aux sons et non pas aux lettres qui les représentent que les idées sont attachée». La preuve en est que la même réunion de lettres peut exprimer une idée dans une langue et une autre idée dans une autre langue j par conséquent elles ne sont pas des signes proprement dits, et l'alphabet n'est point une langue, mais seulement l'écriture commune de toutes les langues parlées- Voilà pourquoi les caractères alphabétiques sont si peu nombreux j il suffit qu'il y en ait assez pour rendre toutes les intonations et les articulations de la voix humaine, au lieu qu'il y a autant de caractères chinois que nous avons de mots, parce qu'il en faut autant que d'idées différentes. Au reste, ceci sera plus développé quand nous parlerons de l'écriture et de l'orthographe. Continuons rénumération des diverses espèces de langues.
Les chiffres et les caractères algébriques forment encore une langue ou portion de langue de la même nature que celles dont nous venons de parler. En elfët, les chiifres ne peignent pas les sons du nom qu'ils portent dans les langues parlées^ ils représen tent directement l'idée de quantité qu'exprime
5l4 IDÉOLOGIE.
ce nom; ils l'expriment comme ce mot luimême. De même, quoique l'algèbre emploie des caractères alphabétiques , ils ne sont pas là comme lettres, mais comme signes; a ne représente pas le son a, mais l'idée d'une quantité connue dont on ne spécifie pas la valeur; x ne représente pas le son x, mais l'idée d'une quantité inconnue; et ax ne représente pas le son a^c^mais l'idée de ces deux quantités multipliées l'une par l'autre, etc. Les chiffres et les caractères algébriques sont donc de vrais signes directs des idées , et l'arithmétique et l'algèbre forment une vraie langue ou portion de langue qui s'adresse à la vue. Quand on la prononce, il est vrai qu'elle s'adresse à l'ouïe ; mais cet effet ne s'opère que par une véritable traduction et non par une simple lecture; aussi ne sufïit-il pas de savoir épeler pour lire une équation algébrique, car les sons des mots dont on est obligé de se servir ne sont point indiqués par la plupart des caractères , et ce n'est que par hasard qu'ils le sont par quelques-uns. L'algèbre ne serait pas moins de l'algèbre si, au lieu des lettres alphabétiques, on employait des figures de convention auxquelles on serait obligé de donner