CHAPITRE XVI. 3a
seraient toujours à refaire, et que notre esprit resterait dans une éternelle enfance : e'est-là encore un fait certain; néanmoins iL faut le prouver par des exemples, et en in-, diquer les causespar quelques réflexions sur nous-mêmes,
La preuye générale que sans les signes ; nous nepouvons presque pas nous rappeler nos idées ni les combiner, c'est que chacun , de nous éprouve que, larsqu'il" réfléchit sur r un sujet quelconque j ce n'est pas directement sur les idées qu'il médite , mais sur les: mots; nous répétons ces mots, nous les^ retournons , nous en faisons divers arran-. gemens, nous sentons les nuances de leur signification, nous les prononçons tout bas , comme pour nous frapper nous-mêmes parune impression qui ne soit pas purement intellectuelle- A la vérité, quand l'objet est> présent il tient à un certain point lieu de son nom, il devient lui-même signe de l'idée qu'il fait naître ; mais nous fixons toujours notre attention sur les niots qui expriment, la qualité qu'il s'agit d'examiner en lui, l'eflet-. qu'elle a produit, la circonstance à laquelle il faut avoir égard, le but où tend notre re-\ cherche,, etc.. . . Ou pourrait croire qua
cette manière d'opérer tient au long usage que nous avons des mots , et que notre esprit , accoutumé dès long-temps à se servir de ce moyen, s'en est fait une nécessité qui n'est pas réelle : mais un exemple frappant va nous montrer que ce n'est point là uniquement un effet de l'habitude, qu'il j a autre chose dans ce phénomène, et qu'il est fondé sur la nature même de l'opération intellectuelle qui s'exécute.
Nous avons tous l'idée de l'unité, peu importe pour le moment comment nous l'avons acquise : nous savons que l'adjectif un exprime la qualité d'un être isolé, considéré séparément de tout autre comn>e n'étant ni répété ni divisé. C'est déjà un signe précieux que ce mot un; il fixe dans nos têtes une idée qui, sans son secours, demeurerait très-vague.Siàlui tout seulil ne nousdonne point encore les idées des difFérens nombres, à coup sûr sans lui nous ne les aurions jamais ; car tous les nombres possibles ne sont que l'unité répétée plus ou moins. Le mot un est donc le germe de toutes les idées de nombre, et c'est un grand pas que de l'avoir créé. Cependant supposons que nous n'avons point d'autre nom de nombre , et