‹ Élémens d'idéologie. [electronic resource]Chapitre 161 sur 192 · CHAPITRE XVI. 55l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. 55l

ceux où il nous est le plus difficile d'éviter l'obscurité et la confusion; c'est ce qui fait encore que le moindre bruit, la moindre douleur ou le moindre plaisir actuel, nous distraient souvent de la méditation la plus profonde, et nous font perdre de vue le souvenir qui nous occupe le plus. En général, tout prouve que la sensation a une toute autre énergie que le souvenir et le jugement, lesquels sont, par leur nature, des perceptions légères et transitoires. Maintenant si nous nous rappelons que toutes nos idées sont extrêmement composées ; que par con'séquent toutes sont des assemblages d'une foule de souvenirs et de jugemens ; que même, si l'on en excepte les sensations simples, dont il n'est pas question en ce moment , elles ne sont toutes , à proprement parler, que des souvenirs d'impressions reçues et de combinaisons opérées, nous en conclurons qu'elles sont toutes essentiellement fugitives ; que, par leur nature même, elles doivent ne faire que paraître et disparaître, et que le véritable changement qu.y apporte le geste ou le mot, en un mot le signe quelconque qui nous les représente, en frappant nos sens, est de les associer à

35ii IDÉOLOGlÈi

une sensation, de les rapprocher dil caractère de ce genre de perceptions et de leur en donner toute l'énergie. De là seul naît, je pense, la différence qui existe entre les propriétés du signe et celles de l'idée qu'il représente: j'en suis d'autant plus persuadé, que, si l'on y fait bien attention, on verra que cette seule circonstance suffit pour expliquer tous les effets des signes.

. En efïët, quand une idée est une fois intimement liée à une sensation, elle nous frappe aussi souvent , aussi facilement , aussi vivement que cette sensation ellemême; elle est aussi distincte de toutes les autres idées qui sont liées à d'autres sensations, que ces sensations le sont entr'elles. Pour ne pas la confondre avec elles, nous n'avons plus besoin d'en examiner tous les élémens, d'en rechercher la génération; ce n'est plus, pour ainsi dire, les rapports trèsdéliés de ces idées que nous avons à considérer, mais les rapports bien plus frappans de ces sensations. Voilà pourquoi les signes secourent la mémoire, rendent les habitudes plus fortes, servent de point de repère à l'esprit; pourquoi ils constatent réellement les opérations intellectuelles qui ont

eu

Page 1