CHAPITRE XVI
pas exactement celle de toutes les idées qu'ils représentent, mais qui en est comme la résultante, c'est-à-dire qu'il y a quelque chose de plus dans l'effet que nous fait un signe que dans celui que produit en nous l'idée composée que ce signe exprime ; la preuve en est que nous faisons, par le moyen de ce signe , beaucoup de combinaisons ultérieures que nous ne pouvions pas faire avec l'idée elle-même. Mais, je le répète, il n'est
en partie d'avoir présentes les idées qu'ils représentent ; que s'ils ne font pas cet effet aussi complètement que les caractères algébriques , et s'ils ne le font pas sans danger comme eux, cela tient uniquement à la nature des idées représentées ; et que si toutes nos idées étaient susceptibles d'abréviations et d'ellipses aussi fortes que les idées de quantité, sans que la confusion s'y introduisît, nous aurions pour toutes des langages analogues à l'algèbre , et nous suivrions nos déductions plus loin et plus sûrement ; comme aussi si toutes ces idées étaient encore plus fugitives et moins déterminées , nous serions obligés , dans nos langues ordinaires , de nous servir de termes moins généraux et de locutions plus développées et, plus traînantes , et nous serions encore moins capables de déductions sûres et étendues. Je crois que l'on doit commencer à trouver cette manière de voir juate et vraie, et que l'on en sera toujours plus persuadé à mesure que nous avancerons.
55o IDÉOLOGIE.
pas aisé d'assigner avec précision la cause de cette différence entre le signe et l'idée , et on ne l'a jamais déterminée nettement, au moins que je sache. Je crois pourtant que nous allons la trouver tout naturellement dans une observation que nous avons déjà faite sur les caractères et les propriétés de nos opérations intellectuelles et des mouvemens internes qui les produisent.
Nous avons remarqué qu'en général ceux de ces mouvemens dont résultent nos souvenirs et nos jugemens, ou perceptions de rapports, ébranlent moins fortement notre machine, sont moins nécessairement accompagnés de peine ou de plaisir, et par suite laissent des traces moins vives, moins distinctes, moins durables que les mouvemens purement sensitifs j qu'en conséquence les souvenirs et les jugemens sont des perceptions plus légères, plus fugitives, et qui produisent des impressions moins profondes sur notre organisation que la sensation proprement dite. C'est ce qui fait que les idées abstraites et éloignées des sens sont celles que nous avons le plus de peine à fixer et à ne pas perdre de vue, et que les sujets où elles se trouvent en plus grand nombre sont