CHAPITRE xvir
du perfectionnement des idées qu'ils représentent, et par conséquent ils ne nous servent pas moins à former nos idées qu'à les communiquer. )
Enfin, il paraît qu'ils doivent cette précieuse propriété à ce que l'effet du signe est d'associer l'idée qu'il représente à la sensation qu'il produit, et de faire ainsi participer des perceptions très-fugitives , telles que nos souvenirs etnosjugemens,aux propriétés de la sensation, qui, par sa nature j est une perception très-vive, trés-forte et trèsdistincte.
Voilà, en peu de mots, le résumé de ce que nous avons dit jusqu'à présent des signes, de leur origine, de leurs différentes espèces, de leurs progrès, de leur effet principal et fondamental, et de la cause vraisemblable de cet effet. Munis de ces préliminaires, nous pouvons actuellement entrer dans quelques détails : ils nous feront encore mieux sentir l'influence des signes sur l'étaf actuel de la raison humaine j et, nous fournissant l'occasion, défaire usage de nos observations sur nos opérations intellectuelles et sur la formation de nos idées, ils nous procureront de nouvelles preuves que
nous avons bien trouvé le fil de ce labyrinthe.
On demande souvent si nous pouvons penser sans signes. Cette question me paraît plus curieuse qu'utile j mais puisqu'elle a été agitée, il ne faut pas négliger de la résoudre j d'ailleurs elle nous mènera à d'autres. Je crois que nous devons d'abord distinguer entre les signes naturels et les signes artificiels.
Nous avons vu que nos actions sont les signes naturels et nécessaires de nos idées , c'est-à-dire que , même malgré nous , elles manifestent avec plus ou moins de détails nos pensées et nos sentiraens. Je ne connais pas d'autres signes naturels 5 car les objets matériels sont bien les causes de nos perceptions, mais ils ne les manifestent pas, ils n'en deviennent le signe et la représentation qu'autant que nous les désignons à cet effet par un cri, par un geste, en un mot , qu'en vertu d'une institution expresse. Quand je montre un fruit et ma bouche pour exprimer cette idée, je veux mange j^y le fruit et ma bouche font partie de mon geste ; à eux seuls ils n'eussent jamais exprimé mon idée. Les objets matériels peuvent