CHAPITRE XVII
donc devenir signes artificiels et volontaires plus ou moins imparfaits, mais ils ne sont pas signes naturels et nécessaires ; il n'y a de signes naturels de nos idées, que nos actions.
Demander si nous pouvons penser sans signes naturels, c'est donc demander si nous pourrions posséder la faculté de sentir, d'avoir des perceptions , sans celle d'agir et de manifester ces perceptions par des actions. A cela il est impossible de répondre par une expérience directe 5 seulement l'on peut dire que la faculté de sentir et celle d'agir étant distinctes, l'on peut concevoir un ordre de choses tel, que les mouvemens internes qui produisent nos perceptions auraientlieu, quoique nous fussions incapables de tout mouvement apparent qui les manifestât, et que dans ce cas nous penserions effectivement, mais que nos connaissances seraient bien bornées. Au reste, cette solution ne jette aucun jour sur l'exercice de notre faculté de penser telle qu'elle est, et ne fournit aucun moyen de déterminer jusqu'où elle irait sans l'usage des signes, dans un homme constitué comme nous le sommes»
56o IDÉOLOGIE.
Demande-t-on , au contrairey si nous pouvons penser sans signes artificiels et volontaires ? la réponse dépend du sens que l'on attache au mot penser. Pour nous, qui avons donné le nom d'idée ou de perception généralement à tout ce que' nous sentons , depuis la plus simple sensation jusqu'à l'idée la plus composée, et qui avons appelé penser avoir des perceptions quelconques , et par là en avons fait le synonyme de sentir, la question n'en est pas une; car il est bien manifeste que nous sentons avant d'avoir des signes artificiels, et que si, premièrement, nous ne sentions rien, nous n'aurions ni besoin ni moyen d'instituer auclin signe. Aussi quand quelques idéologistes ont prononcé que les signes sont absolument nécessaires pour penser, pour avoir des idées , c'est qu'ils ne comprenaient pas sous le nom d'idées la simple sensation, ni sous celui de penser l'action de percevoir cette sensatioû ; ils n'appelaient proprement idées que ce que nous avons appelé idées composées^ et ils ne donnaient le nom de penser qu'à l'action de combiner nos perceptions premières. Dans ce sens je ne m'éloignerais pas beaucoup de leur avis; mais