CHAPITRE XVII
binaisons aussi variées et aussi distinctes que les sons articulés : ainsi, à cet égard, je ne vois pas à ces derniers une supériorité assez marquée pour être la cause de la préférence universelle qu'ils ont obtenue.
Je pense qu'elle est due, premièrement, à ce qu'il est dans la nature de l'homme de produire des sons quelconques dès qu'il est affecté : c'est un effet si nécessaire de notre organisation, qu'il a lieu même malgrénous; et ces sons sont tels, qu'ils peignent très-bien nos diverses affections, ce qui les en rend les signes naturels les plus certains et les plus distincts. Secondement, à ce que de tous les signes artificiels dérivant directement des signes naturels, les sons sont les plus commodes à employer; ils n'exigent ni espace ni liberté de ses membres comme les gestes et les attouchemens : dans quelque position que l'on soit, estropié, malade, agissant, on peut produire ces signes; on
■que ce sont des systèmes de signes artificiels secondaires qui n'ont pu être composés que d'après les signes artificiels primitifs qui dérivent immédiatement des signes naturels.
. Ces signes secondaires ne sont que des traductions des signes primitifs.
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les entend de même de jour comme de nuit , de loin comme de près, sans se déranger, sans se tourner vers eux, sans s'en occuper, sans même le vouloir.
Ces deux propriétés qu'ont les sons d'être les plus naturels et les plus commodes de tous les signes, font que de tous ils sont ceux qui nous deviennent les plus profondément habituels par l'usage, et qui se lient et s'unissent le plus intimement en nous aux idées qu'ils représentent (1). Or, si nous nous rappelons ce que nous avons dit et des effets de l'habitude et de l'effet. principal des signes , nous sentirons que cet avantage est immense, et suffit seul pour les faire préférer universellement, et pour que ce soit eux qui secourent le plus efficacement les opérations de l'intelligence humaine.
Les sons cependant ont encore une propriété très-précieuse, c'est de pouvoir devenir des signes permanens. Au moyen de
(i) Une autre circonstance qui contribue puissamment à produire cet effet, c'est l'intime corresï)ôïidance qui existe entre l'ôrgane vocal et l'organe auditif.
M. Maine-Biran a eu grande raison d'en faire la remarque dans l'ouvrage ci-dessus cité.