CHAPITRE XVII
Je dis que les connaissances et les langues marchent toujours de front, et que dans cette marche progressive le niveau se rétablit à chaque instant entre l'idée et le signe. €ela n'est vrai toutefois qu'autant que le signe est de nature à se bien prêter à ces accroissemens et à ces modifications successives : or, je crois que c'est une propriété qui n'appartient complètement qu'aux signes articulés; et je suis persuadé que tous les autres systèmes de signes qui sont étendus, perfectionnés, raffinés à un certain point; si je puis m'exprimer ainsi, ne l'ont point été par leur vertu propre , par l'action directe des idées sur eux, mais ont été composés par des hommes qui avaient l'usage des signes articulés , dont J'esprit avait été développé par ces signes, et qui ont composé d'autres langages sur celui-là et d'après celui-là (1); en un mot que ces systèmes de gignes ne sont que des traductions d'un sys tème de signes articulés, et non pas des ouvrages originaux composés directement
(i) C'est ainsi que tous les instituteurs des sourds et muets ont composé leurs systèmes de gestes plus ou moins bien , suivant leur plus ou moins de connaissance de la formation des langues et de celle des idées.
d'après les idées elles-mêmes. Cette réflexion nous amène naturellement à l'examen des qualités particulièrement propres aux signes articulés ; examen important , puisque ces signes prédominent universellement dans l'usage ordinaire , qu'évidemment ce sont eux qui ont provoqué, dirigé, et fixé la marche générale de l'esprit humain dans ses combinaisons et dans ses recherchés, et que leur histoire est en même temps celle de nos idées et de nos raisonnemcns. Encore une fois, la grammaire, l'idéologie, et la logique , ne sont qu'une seule et même chose : je ne connais point de moyén de sé^ parer ces trois sciences dès qu'une-fois on^ sait ce qu'elles sont. ^^^d «ih 7«(r R- i< ^^-Le premier avantage des si griéâ articulés ç§t de marquefV dé constater fadl'émiênt des nuances très-hômhreuses^ et très-finés , et par conséquent d'exprimer distinctement des idées très-multipliées?' et très -voisines les unes des autres. Mais cet avantage ne leur est pas exclusivement prt)pre; je crois qu'il serait téméraire de prononcer que des gestes (i) ne sont pas susceptibles de corn-
(i) Je ne parle point ici des figures tracées, parce
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