‹ Élémens d'idéologie. [electronic resource]Chapitre 174 sur 192 · CHAPITRE XVir · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVir

ouvrage, et ma Grammaire ne sera guère que l'analyse des langues parlées, quoiqu'elle soit la grammaire de tous les langages. En examinant les différentes espèces de mots dont ces langues sont composées, et les lois de leur formation et de leur réunion , nous verrons plus en détail comment elles dirigent notre intelligence. En attendant, je crois que nous pouvons nous en tenir aux réflexions précédentes, et terminer ici ce que nous avions à dire des effets généraux des signes et des effets particuliers de certains signes sur la formation de nos idées : il nous reste à les considérer comme moyen de transmettre ces mêmes idées à d'autres.

Quelqu'importante que soit cette seconde propriété , nous ne nous y arrêterons pas long-temps ; les conséquences qui en résultent sont si frappantes, qu'il suffira de les indiquer, ou plutôt nous n'aurons presque qu'à recueillir ce que nous en avons déjà dit en différens endroits. Il est aisé de voir que cette propriété qu'ont les signes d'être un moyen de communication avec nos semblables, est l'origine de toutes nos relations sociales , et par conséquent a donné naissance à tous nos sentimens et à toutes nos

jouissances morales. Il n'est pas moins évident que sans elle chaque homme serait réduit à ses forces individuelles pour agir et pour connaître 5 et nous avons déjà observé que dans cet isolement forcé il resterait fort au-dessous des sauvages les plus stupides , car les plus bruts d'entr'eux doivent encore beaucoup d'idées à l'état de société j même les animaux sont, jusqu'à un certain point , instruits par leurs semblables, et ne sont pas tout-à-fait livrés à leur seule expérience personnelle. Enfin, quand on voudrait beaucoup étendre la possibilité du développement intellectuel de chaque individu , au moins serait-on toujours obligé de convenir que ses progrès seraient perdus pour l'espèce, et que le genre humain serait condamné à une éternelle enfance.

. , 11 n'çst donc pas douteux que nous devons tout ce que nous sommes à la possibilité de communiquer avec nos semblables ; la seule chose qui mérite examen , c'est de savoir comment cette communication d'idées agit sur nous; mais il n'est peut-être pas si aisé de s'en rendre raison qu'il le paraît d'abord. En effet, on voit bien au premier coup-d'œil qu'il est plus facile d'apprendre une chose

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