‹ Élémens d'idéologie. [electronic resource]Chapitre 175 sur 192 · CHAPITRE XVIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIT

que de l'inventer, et que dès que les hommes peuvent se transmettre leurs idées les uns aux autres, ils profitent tous des observations et des réflexions de chacun d'eux, et il semble que dès-lors tout est expliqué. Cependant on sait qu'une idée toute foite est une chose absolument intransmissible ; que pour en avoir réellement la conscience, lorsqu'on entend ou que l'on voit le signa qui la représente, il faut nécessaireraént, si c'est une simple sensation , l'avoir éprouvée ; k preuve en est qu'on parlerait éternellement de couleurs à un aveugle-né, qu'il ne saurait jamais ce dont il s'agit. Si c'est une idée composée, il faut avoir connu et rapproché tous les élémens qui la composent; il est évident que sans cela nous ne connaissons pas la signification d'un mot, et que c'est ce qu'on nous fait faire plus ou moins bien quand on nous le définit. Enfin, si cette idée est un jugement , la proposition qui l'exprime est vide de sens pour nous, n'est qu'un vain bruit, comme celui d'une langue étrangère , si nous ne connaissons pas ses deux termes, si nous n'avons pas fait sur chacun d'eux les opérations que nous venons de décrire , et si ensuite nous ne faisons pas

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nous-mêmes l'acte de la pensée qui consiste à percevoir le rapport énoncé entr'eux.

Tout cela est incontestable, et pourtant, quand on y songe , on est tenté d'en tirer une conséquence toute contraire à celle qui paraissait évidente tout -à- l'heure, et decroire que les signes émis par un autre ne nous épargnent aucune difficulté , puisqu'il faut que , pour les comprendre , notre intelligence fasse les mêmes opérations que pour former les idées qu'ils expriment. C'est ainsi que presque tous les phénomènes idéologiques renferment des circonstances si multipliées et si diverses, que l'on en porte des jugemens tout difïérens suivant l'aspect sous lequel on les a envisagés , et que pour les connaître réellement il faut les avoir considérés sous toutes leurs faces. Dans le cas présent, il y a un milieu à prendre entre les deux extrêmes; d'une part, il n'est pas douteux que chacun n'a que les idées qu'il s'est, faites, et que personne ne peut penser pour un autre ; mais , de l'autre, il n'est pàs moins certain que chacun agit et réfléchit de son côté, et qu'il fait part aux autres des impressions que ses actions lui ont procurées et des combinaisons qu'il en a faites. Les pre-

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