‹ Élémens d'idéologie. [electronic resource]Chapitre 24 sur 192 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

C€t acte de notre faculté de penser par lequelnous rapprochons une idée d'une autre, par lequel nous les lions, les comparons ensemble d'une manière quelconque. Par exemple, quand je juge qu'un cheval court bien, je n'ai pas seulement présentes à l'esprit l'idée de ce cheval et l'idée de bien courir - je sensquela propriété debien courir, appartient à ce cheval. C'est-là un rapport entre cette action et cet animal. De même, quand je juge que Pierre est gai, que Jacques se porte bien , je ne sens pas seulement l'idée de Pierre et celle d'être gai , l'idée de Jacques et celle de se bien porter , je sens de plus que celle d'être gai convient à Pierre, que celle de se bien porter convient à Jac-* ques : ce sont là des sensations de rap-.; ports, ce sont des jugemens. Vous. trouve-j rez la même chose dans tous les exempies, que vous voudrez choisir, si vous l^s ana^-fj l^sez bien (i,). .ii .^^^ ^

(i) Nous expliquerons dans la suite avec plus dé. précision , que l'acte de juger consiste toujours et iini-' quement à voir qU'une idée est 'Coiiiprise dans iine autréj fait partie de cette autre, est une des idées qui^ la .composent bu doivent la composer^ mais nous vons pas besoin de cela actuellement. Toutefois , âi^

Bo IDÉOLOGIE.

Par cette explication, vous voyez nettement en quoi consiste la faculté de juger. Ne me demandez pas comment il se fait que nous la possédons; c'est vraisemblablement ce que nous ne saurons jamais. Il est incompréhensible sans doute que nous soyons faits de façon à être affectés du rapport de cleux sensations ; mais il ne l'est pas moins que nous soyons affectés de ces sensations elles-mêmes et de leurs souvenirs. On pourrait même dire que le jugement est une conséquence nécessaire de la sensibilité; car, dès qu'on sent distinctement deux sensations , il s'ensuit assez naturellement qu'on sent leurs ressemblances, leurs différences, et leurs liaisons. Quoi qu'il en soit, le jugement est une partie de la faculté de penser, comme la sensibilité et la mémoire; ce sont trois résultats de notre organisation. Tenons-nous-en là; ne cherchons pas à deviner des mystères; mais parcourons les différentes observations que nous avons à faire sur la faculté de Sentir des rapports.

Remarquons d'abord qu'elle nous est bien

vous en êtes curieux dès ce moment, voyez la Grammaire, chapitre premier, de la Décomposition du Discours dans quelque langage que ce soit.

ciïApitRE ir»' Ôr

nécessaire cette faculté; c'est d'elle seule que nous tenons tout ce que nous savons; sans elle, la sensibilité et la mémoire ne nous seraien t d'aucune utilité. Si nou s n'a vions pas la faculté de sentir des rapports, nous jouirions et souffririons éternellement par nos sensations et nos souvenirs , sans être jamais plus avancés que \& premier jour 5 nous ne pourrions en tirer aucuns résultats ; nous ne saurions jamais ni d'où nous viennent ces sensations , ni comment elles nous viennent, ni quelles liaisons elles ont entre elles, ni en quoi elles se ressemblent ou différent, ou se tiennent les unes aux autres, ni par quels moyens nous pouvons nous les procurer, ou les éviter; nous serions incapables de réunir deux idées pour en former une troisième; nous ne saurions pas même s'il y a des corps et si nous en avons un; en un mot, nous serions des êtres toujours sentans, mais absolument et complètement ignorans de tout ce qui nous entoure et de nous-mêmes; car toutes laos connaissances ne sont que des sensations de rapports, des jugemens. Ceci sera encore plus clair pour vous quand nous auH tons analysé la manière dont se forment

nos idées composées, c'est-à-dire presque toutes nos idées j mais, dès ce moment, vous devez le comprendre, et un exemple va vous le rendre plus sensible.

Je reçoisla sensation de la couleur jaune : je suis affecté 5 mais cela ne m'apprend rien, j'éprouve seulement une certaine modification accompagnée de plaisir ou de peine. Ce n'est ensuite que par les sensations de certains rapports que sent mon jugement, ou, comme on dit, par des jugemens que je porte, que je sais que cette sensation me vient par l'œil ; qu'elle est causée par un corps ; qu'elle est un effet de la lumière ; que le même corps qui me la cause, m'en cause d'autres; que je puis en faire tel usage, etc. Ainsi, vous voyez que tout ce que nous savons ne consiste que dans des rapports entre les diverses choses que nous sentons. Voilà donc l'utilité et les fonctions du juge-, ment bien établies.

Observons actuellement que pour sentir un rapport il faut déjà avoir eu au moins deux idées ; ainsi l'action de la sensibilité proprement dite précède nécessairement, au moins d'un moment, celle du jugement; ces deux flicuUés ne peuvent pas commcn-r

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