CHAPITRE IV
cet à s'exercer précisément dans le mênae instant. Cela répond clairement, ce me semble, comme je vous l'avais promis, à la première des deux questions que nous nous étions faites dans le chapitre précédent (i).
Ceci ne veut pas dire, au reste, que nous ne naissions pas doués de la faculté de juger comme dé celle de sentir. L'une et l'autre sont également des résultats de notre organisation ; nous l'avons déjà dit. Ainsi, je n'ai
. (t) On pouiTait m'objecter que dès la première sensation que nous éprouvons, nous pouvons la juger agréable ou désagréable. Gela est vrai; : jè crois même que nous le faisons, et jè crois -.de plus que c'est seul jugement que nous, puissions porter de cette première sensation, faute d'autres termes de comparaison. Mais ce fait ne détruit pas ce que je yiens de dire ; car dans cette première sensation sont renfermées implî- •citement deux idées, celle de notre faculté sentante -et celle d'une alféction qui la modifie; et ce premier jugement n'est que la perception du rapport que cette affection a avec notre sensibilité, de la modifier, en bien ou en mal. Cette perception de rapport peut donc naître tout.de suite de notre première affection ; mais enfin elle ne saurait la précéder, elle ne peut que la suivre , et cela suffit pour la vérité de ce que j'avance, î^ous reviendrons encore sur cet objet au cliap. 8,
5Â IDÉOLOGrE.
pas plos de peine à concevoir qu'un enfant qui vient de naître a en lui la capacité de sentir un rapport, qu'à concevoir qu'il a celle de sentir une sensation; mais je dis qu'il ne peut comnnencer à user de l'une qu'après s'être servi de l'autre. L'expérience prouve de plus que celle de juger est la dernière qui se fortifie, et on pourrait niême dire la dernière qui s'éteint. Nous verrons ailleurs quelles circonstances paraissent nécessaires pour qu'elle commence à agir..
Remarquons encore que non-seulement il faut avoir deux idées pour sentir un rap-^ port, niais qu'il n'en faut jamais que deux; car dans tout rapport il ne peut y avoir que deux termes, $aToir, l'idée de laquelle on en rapproche une autre, et celle que l'on en rapproche; c'est ce qu^on appelle le sujet et l'attribut.. S'il y avait plusieurs sujets ou plusieurs attributs, il y aurait plusieurs rapports et par conséquent plusieurs jugemens, et non pas un seul. Le sujet et l'attribut peuvent bien, à la vérité, être chacun une idée extrêmement complexe, c'est-à-dire composée d'une foule de parties, mais elle est toujours considérée comme unique; et, dans chacun de nos jugemens,