‹ Élémens d'idéologie. [electronic resource]Chapitre 27 sur 192 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

y ait bien plus d'idées renfermées sous ces mots, le genre humain, que sous ceux-ci,

Pierre et Paul.

Il ne faut pas cependant que la forme de l'expression fasse illusion. Par exemple, quand je dis, un et un font deux, ]Q ne prononce pas deux jugemens; car je ne dis pas que un fait deux , et que un fait encore deux ; mais je dis que un ajouté à un fait deux, phrase dans laquelle il n'y a qu'un jugement : aussin'y voyez-vousquedeuxtermes.

Si l'usage était raisonnable, au lieu de dire un et un font deux, on dirait un et un fait deux comme on dit un ajouté à un fait deux ; puisque, dans un cas comme dans l'autre, il n'y a réellement qu'un sujet unique ; mais, dansleslangues,rusageestsouventabsm^de,

parce quelles ont été faites avant la science,, Concluons qu'il ne peut jamais y avoir plus de deux termes dans la sensation d'un rapport , dans un j ugement.

Maintenant je dois aller au devant d'une difficulté qui pourrait vous embarrasser. On vous a sûrement déjà dit, en vous parlant de grammaire latine ou française, qu'une proposition était l'expression d'un jugement, et cela est vrai 5 mais on vous a

peut-être dit aussi, car c'est assez l'usage, que toute proposition est composée nécessairement de trois termes, le sujet, l'attribut, et la copule ou le lien. Si cela était vrai, cela impliquerait contradiction avec le principe que je viens de vous démontrer; car comment se pourrait-il qu'il n'y eût que deux termes dans un jugement, et qu'il y en eût nécessairement trois dans la proposition, qui n'est que son expression fidèle ? Aussi cela est-il faux, et voici comment on a été induit en erreur.

On a remarqué que , dans toutes les propositions quelconques, le verbe être se trouve ou explicitement comme dans celle-ci, Pierre est grand, ou implicitement comme dans cette autre, Pierre marche, que l'on peut traduire ainsi, Pierre est marchant. Cette observation est juste ; mais les grammairiens, qui ne sont pas toujours idéologistes, sont partis de là pour imaginer qu'il y avait je ne sais quelle propriété occulte dans ce verbe être, et qu'il était une espèce de liaison nécessaire entre le sujet et l'attribut ; ils l'ont appelé lien ou copule, et ils en ont fait un troisième terme de la propo- $ition5 mais le verbe être ne lie rien, et le-

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