CHAPITRE IV
testablement un jugement positif. Cette distinction pourra paraître minutieuse : cependant elle est très-importante; car l'expression que je combats jette du louche sur l'opération de notre pensée dans le jugement. Je sais, pour moi, qu'elle m'a long-temps empêché de la comprendre nettement. En effet, juger, c'est sentir un rapport, c'est une chose positive : or que serait-ce que sentir qu'un rapport n'existe pas? ce serait sentir une chose qui n'existe pas; cela implique contradiction. De plus, en adoptant l'explication que je rejette, on est obhgé de ne pas faire delà négation une partie de l'attribut, on en fait une modification du verbe; et il faut par conséquent faire du verbe un troisième terme, ce qui brouille tout : enfin cela conduit à méconnaître une vérité, la base de tout raisonnement, et que je vous prouverai dans la suite; c'est que tout jugement consiste à reconnaître que l'idée totale de Fattribut est comprise toute entière dans l'idée du sujet, et en fait partie. Mais nous verrons cela quand nous en serons à la troisième partie de ce Cours, à l'histoire de la déduction de nos idées (i). Pour le moment
(0 En attendant, je crois devoir ime explication
64 tbÉOLÔGIÈ*
retenez que tout jugement est positif, que la négation n'existe que dans la forme del'ex^
provisoire à ceux qui ont déjà étudié la matière , et qui pourraient être surpris de cette dernière assertion. En effet, ils savent que l'idée exprimée par l'attribut doit toujours être une idée plus générale que celle exprimée par le sujet. On peut bien dire, un homme est un animal; mais on ne peut pas dite, un animal est un homme. C'est pour cela que les anciens logiciens > à tort ou à raison , ont appelé l'attribut le grand terme, et la proposition dans laquelle il entre la majeure, -p^Y opposition au sujet, qu'ils nomment lé petit terme, et à la proposition qui le renterme , qu'ils nomment la mineure. Cela semble contraire au principe que jô viens d'avancer, que l'idée totale de l'attribut est com^ prise toute entière dans l'idée du sujet; mais cette contradiction apparente va s'expliquer et s'évanouir par une distinction très-simple.
Il y a deux choses à considérer dans une idée, son extension, ou le nombre des objets auxquels elle convient, et sa compréhension, ou le nombre des idées qu'elle renferme. Plus une idée est générale, plus elle convient à un grand nombre d'objets -, mais moins elle retient des idées propres à chacun d'eux: et au contraire, plus elle est particulière, plus est petit le nombre des objets auxquels elle s'applique j mais plus elle renferme des idées composantes de chacun d'eux. Ainsi, l'idée générale renferme l'idée particulière dans son extension, et l'idée particulière renferme ridée générale dans sa compréhension. En effet, dans
pression,
CIÎAPITRE ÏV» 65
pfession, et qu'elle fait toujours partie de Fattribut.
Actuellement que vous connaissez suffi-
l'idée à'animalsont compris tous les individus hommes; mais dans les idées composantes de l'idée homme est comprise l'idée d'être un individu de la classe des animaux , d'être un animaL
Oc, comme je soutiens que tout jugement consiste toujours à voir que l'idée de l'attribut est une des idées composantes de celle du sujet, est une circonstance qui lui appartient, je me crois en droit de dire que l'idée de cet attribut, bien que plus générale, fait partie de celle du sujet, quoique plus particulière, et que c'est pour cela, et pour cela seul, que nous pouvons affirmer l'attribut du sujet.
J'en ai d'autant plus de raison , que dès que deux idées sont comparées , dès qu'elles sont la matière d'un jugement, elles ne diffèrent plus que par leur compré-^ hension : elles sont toujours parfaitement égales en extension. Quand l'on dit que l'homme est un animal, on entend un animal de l'espèce des hommes , et non pas de l'espèce des singes ou de toute autre. De même quand on dit, cet homme est malade, on entend malade de sa maladie particulière, et non pas de toutes les infirmités qui peuvent mériter à un être sensible le nom de malade. C'est toujours l'extension du sujet qui détermine l'extension de l'attribut. Celle-ci ne peut jamais la surpasser, puisque l'attribut n'est jamais dit que des objets auxquels s'applique le sujet;
66 IDEOLOGIE.
samment ce que c'est que la faculté de sentir des rapports, nous allons parler de celle de sentir des désirs.
mais elle doit l'égaler, puisque ra,ttribut est toujours dit de tous les êtres auxquels s'étend le sujet.
Cela nous fait voir pourquoi l'attribut doit toujours être une idée au moins aussi générale que le sujet. C'est qu'on ne peut pas accroître à volonté l'extension d'une idée (cela en fait une autre idée), au lieu qu'on peut toujours la restreindre de manière à n'être qu'égale à celle d'une autre. On ne peut pas étendre l'idée d'animal à tous les êtres, elle deviendrait l'idée d'être, tandis qu'on peut très-bien la restreindre à ne s'appliquer pour le moment qu'aux animaux appelés liommes : elle n'est pas dénaturée pour cela.
Mais ces réflexions nous montrent aussi bien clairement combien est fausse cette dénomination de granâ, terme donnée à l'attribut d'une proposition , puisque les deux termes sont toujours égaux en extension, et que c'est le sujet qui, par sa nature, est nécessairement le ^rand terme sous le rapport de la compréhension.
C'est-là la diïFérence radicale entre l'ancienne logique , s'appuyant sur des hypothèses hasardées et des formules vaines , et la nouvelle logique, fondée sur l'observation attentive de la formation de nos idées ; entre la fausse conception de l'art syllogistique et l'exposition vraie du mécanisme naturel de nos déductions.
Au reste, on trouver^ cette explication plus corn-