‹ Élémens d'idéologie. [electronic resource]Chapitre 32 sur 192 · CHAPITRE V. 7î · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 7î

question que je viens^de promettre d'examiner ailleurs : je ne veux pas la traiter ici, parce qu'elle exige des explications que je ne puis pas encore vous donner, et parce qu'à présent je n'ai pour objet que de vous faire connfiître ce que c'est que la volonté.

Une autre conséquence plus juste que l'on tire généralement des effets de la volonté, c'est le désir que nous avons tous que la volonté des autres soit conforme à la nôtre, nous soit favorable, c'est-à-dire qu'ils ^ nous veuillent du bien, qu'ils nous aiment. Ce désir est la source du plaisir que nous goûtons dans l'amitié; il est très-raisonnable ; car la bienveillance de nos semblables est pour nous une grande source de bonheur, puisqu'ils agissent d'après leur volonté.

Une suite encore très -juste de ce désir de la bienveillance est celui de l'estime; car nous éprouvons tous que nous sommes très-disposés à vouloir du bien à ceux en qui nous connaissons de bons sentimens et de grands talens.

Et enfin, du désir de la bienveillance et de l'estime des autres naît, avec beaucoup de raison, le bien-être que nous éprouvons quand nous nous sentons animés de mou-

vemens de bienfaisance , et le malaise qui nous tourmente quand nous nous reconnaissons travaillés de passions haineuses , bien que l'un et l'autre soient encore ignorés ; car nous voyons très-bien en secret que, si nous venons à être connus, dans le premier cas tous les cœurs viennent à nous , et que dans l'autre nous sommes rebutés par tous nos semblables ; et nous entrevoyons confusément qu'il est impossible qu'un jour ou l'autre nos dispositions ne soient pas aperçues^ ou du moins soupçonnées. Aussi tous les hommes bons ont l'habitude et les manières de la candeur et de la sérénité , et les méchans celles de la dissimulation et de la défiance ; mais cela même les fait reconnaître.

Ces observations, et un grand "nombre d'autres qui y tiennent, demanderaient à être développées avec beaucoup de détails; mais cela composerait un traité de morale, c'est-à-dire de l'art de régler nos désirs et nos actions de la manière la plus propre à nous rendre heureux. Ce n'est point ici le lieu d'approfondir un pareil sujet ; je me propose de le traiter quand nous connaîtrons complètement notre faculté de penser

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