CHAPITRE V
Elle en a encore une autre bien incompréhensible et bien importante; c'est qu'elle dirige les mquvemens de nos membres et les opérations de notre intelligence. L'emploi de nos forces mécaniques et intellectuelles dépend de notre volonté; ensorte que c'est par elle seule que nous produisons des effets, et que nous sommes une puissance dans le monde. Quand je sens des sensations ou des souvenirs, ce sont des modifications que j'éprouve, elles n'affectent que moi ; quand je porte des jugemens sur ces sensations et ces souvenirs , que j'y sens des rapports, que j'y découvre des vérités, ce sont encore des choses qui se passent en moi, et n'influent que sur moi; mais quand; par suite de ces jugemens, je ressens des dssirs, et qu'en conséquence de ces désirs j'agis , alors j'opère sur tout ce qui m'environne. C'est donc ma volonté qui réduit en actes les résultats de toutes mes autres facultés intellectuelles. Je ne prétends pas dire néanmoins que toutes nos pensées et tous nosmouvemens soient absolument volontaires : je sais que beaucoup ont lieu ànotre insu, et même malgré nous; et j'exa-. minerai quelque part jusqu'à quel point et-
suivantqiielmode toutes nos facultés dépendent de notre volonté. Mais il n'en est pas moins vrai que nous faisons beaucoup d'actions quand nous le voulons, et que, par difïërens mojens , nous nous procurons aussi, à notre gré, beaucoup d'idées, et exécutons beaucoup d'opérations intellectuelles.
C'est sans doute la considération de ces effets de notre volonté qui nous a conduits à croire que nous étions plus essentiellement actifs dans l'exercice de cette faculté que dans celui des autres • car si par être actif on entend seulement agir, sentir uub sensation, un souvenir, un rapport, est une action tout comme sentir- ainsi nous ne sommes pas plus actifs dans un cas que dans l'autre. Si, au contraire, par être actif on n'entend pas seulement agir, mais agir librement, c'est-à-dire d'après sa volonté; et si par être passif on entend agir forcément ou contre sa volonté, il n'y a peut-être pas une action dont nous soyons moins les maîtres que de sentir ou de ne pas sentir un désir : ainsi, à ce compte, il n'y aurait pas en nous une faculté plus passive que celle de vouloir. Mais cela rentre dans la