PRÉFACE
De r Édition de 18 o4.
J'offre en ce moment au public un Ouvrage qui m'a coûté beaucoup de travail, et dont je n'attends pas un grand succès pour moi, mais un peu d'utilité pour la science. Je le présente aux jeunes gens comme un plan d'étude, aux connaisseurs comme un mémoire à consulter. Je dois rendre compte à ceux-ci des motifs qui m'ont dirigé , et de la manière dont j'ai envisagé mon sujet.
On n'a qu'une connaissance incomplète d'un animal, si l'on ne connaît pas ses facultés intellectuelles. L'Idéologie est une partie de la Zoologie , et c'est sur-tout dans l'homme que cette partie est importante et mérite d'être approfondie : aussi l'éloquent interprête de la nature, Buffon, aurait-il cru n'avoir pas achevé son histoire de l'homme, s'il
n'avait pas au moins essayé de décrire sa faculté de penser. Je ne prononcerai pas que cette partie de son ouvrage n'est point digne de son illustre auteur; mais j'oserai assurer que c'est celle qui satisfait le moins le lecteur attentif et l'observateur scrupuleux. Il ne faut pas s'en étonner, puisque de tous les sujets qu'il a traités, c'est celui qui avait été le moins étudié avant lui. Et cela encore devait être. L'homme par sa nature tend toujours au résultat le plus prochain et le plus pressant. Il pense d'abord à ses besoins, ensuite à ses plaisirs . Il s'occupe d'agriculture, de médecine, de guerre, de politique-pratique, puis de poésie et d'arts, avant que de songer à la philosophie : et lorsqu'il fait un retour sur lui-même et qu'il commence à réfléchir, il prescrit des règles à son jugement , c'est la logique ; à ses discours, c'est la grammaire; à ses désirs, c'est ce qu'il appelle morale. Il se croit alors au som-