‹ Élémens d'idéologie. [electronic resource]Chapitre 45 sur 192 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Ën effet, après avoir vu ces fraises , je vois une cerise; je fais l'idée de cette cerise comme j'ai fait celle de la première fraise , et l'idée générale de cerise comme l'idée générale de fraise. Ces cerises sont aussi, pour moi, belles, bonnes, utiles, rouges d'une certaine manière; mais cette manière n'est pas exactement la même que celle des fraises. Si, au lieu de donner aux rapports que je sens entre ces cerises et moi, des noms particuliers et qui leur soient propres, je leur applique ces noms-ci que j'ai déjà donnés aux rapports des fraises avec moi , il est clair que je ne le puis qu'en écartant des uns et des autres les circonstances qui les différencient, et en ne conservant que celles qui leur sont communes. Par conséquent, chaque fois que je généralise davantage un nom, que jel'étends à un plus grand nombre d'êtres, je retranche beaucoup des idées qu'il renfermait dans son sens plus restreint ; il en exprime réellement beaucoup moins. A proportion qu'une idée devient plus générale, elle fait partie d'un plus grand nombre d'êtres, mais elle est une plus faible partie de chacun d'eux.

C'est ce qui se ^ymt bien clairement dans

aoo Idéologie.

la formation des idées d'espèces, de genres, de classes, qui se composent tout comme les précédentes : la seule différence est qu'un nom nouveau exprime chaque degré de généralisation , et les fait remarquer en les empêchant de se confondre. Je vois un individu, je reconnais toutes les qualités qui lui appartiennent, toutes les propriétés qui le caractérisent , en un mot toutes les impressions qu'il me fait j je l'appelle Jacques. Il est clair que ce nom propre est l'expression de l'idée complète de cet individu, c'està-dire de toutes les idées qui la composent; je le réunis avec un certain nombre d'autres individus, differens de lui à beaucoup d'égards, mais qui ont aussi beaucoup de choses communes; j'en forme une classe d'individus, que je désigne par le nom de Parisiens; je joins ces individus à d'autres qui ont moins de points de ressemblance j j'enforme une seconde classe plus étendue, que je désigne par le mot de Français : je forme ainsi successivement les mots et les idées d'Européen, d'homme, d'animal, et enfin d'être, qui est le terme le plus général dont on puisse s'aviser, puisqu'il s'étend à tout ce qui existe. 11 est clair que

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