CHAPITRE VII. l5l
postérieurement que cette première conclusion est légitime.
Cet effet de la réunion de notre faculté de vouloir avec celle de nous mouvoir et de le sentir, étant une fois reconnu et avoué, on est tenté de croire d'abord que toutes les autres sensations de l'être doué de volonté, peuvent le conduire à la connaissance des êtres qui causent ces sensations, tout comme celle de mouvement dont nous venons de parler. Cependant je ne le pense pas, parce qu'il y a là une différence essentielle ; sans doute je puis bien désirer de prolonger ou de renouveler une sensation visuelle, ou tactile, ou auriculaire, ou olfactive, tout comme la sensation d'un mouvement j mais si je suis supposé ignorer tout, et le mouvement, et les êtres, et moi-même, je ne puis rien faire en conséquence de ce désir; car je ne puis pas le satisfaire immédiatement. Je ne saurais me donner directement la sensation de telle odeur, de telle couleur, de tel son, ou telle autre impression. Tout ce que je puis, est de faire un mouvement de ma main, ou de mes yeux, ou de tout autre organe, pour me la procurer. Mais pour cela il faut que je sache que ces mou-
l52 IDÉOLOGIE.
vemens sont propres à produire cet effet. Or, qui me l'apprendra d'abord?
Au contraire, pour la sensation directe qui résulte en nous des mou vemens de nos membres , il n'y a pas lieu à ce ricochet. Toute douleur, toute souffrance , tout mal* aise seulement, fait naître en nous le désir, h besoin même de nous remuer, de nous asiter. Ce sentiment de mouvement est un î^oulagement, un vrai bien-être. Nous jouissons tant qu'il durej nous pouvons ordinairement le prolonger à volonté. Quand il est suspendu malgré nous, ce n'est pas par nous. C'est donc par quelque chose qui n'est ^as nous, et qui tantôt agit sur nous, tantôt n'y agit pas; et bientôt le mouvement lui-même nous fait connaître ce quelque chose par une multitude d'expériences dont celle-ci est la base. Il n'y a là ni cascade ni embarras.
Les mouvemens vagues des enfans nouveau-nés, bien observés, me paraissent une preuve que les choses se passent ainsi dans leurs têtes. On les voit souvent s'agiter uniquement pour le plaisir de remuer. C'est une satisfaction pour eux, et ils sont très-fâchés quand on les en prive. On les