CHAPITRE VlII. l 5l
fait éprouver le besoin de nous remuer, de nous agiter, très-indépendamment de toute connaissance de l'effet qui en arrivera, et même malgré la certitude que l'effet sera nuisible. Or, qu'est-ce que ce besoin, si c^ n'est un désir? il est irréfléchi sans doute, mais il n'en est pas moins un désir, et un désir très-vif. Il n'y a donc pas à craindre que nous ne puissions pas désirer de nous mouvoir fivant de savoir ce que c'est que le mouvement; et il est trés-possible que le premier de tous les mouvemens faits par chacun de nous ait été accompagné de volonté.
Mille ftiits viennent à l'appui de ceux-là. Cette manière d'envisager les objets nous met sur la voie de comprendre comment certaines circonstances de notre organisation, provenant de la différence destempéramens, des âges, des maladies, ont tant d'influence sur nos jugemens et nos penchans, et de concevoir ce que c'est que les déterminations instinctives (i), qui autrement sembleraient renverser toutes les
(i) Ce sont des sensations qui renferment jugement et desiif.
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idées que nous nous faisons de la manière d'agir de notre faculté de penser. Mais nous en parlerons ailleurs.
A cette heure concluons que ma nouvelle théorie est fondée sur des faits positifs , et que la première ne portait que sur un rapport aperçu entre deux idées généralisées, dont je m'étais servi sans m'en douter, comme si elles étaient deux êtres réels. Cela doit vous montrer, jeunes gens, combien il est aisé et dangereux d'abuser de pareilles idées, quoiqu'il soit utile et nécessaire de s'en servir. Nous avons bien fait , sans doute , pour étudier notre faculté de sentir, de distinguer les dilFérentes fonctions que nous avons pu reconnaître en elle , de considérer séparément la sensation, le souvenir, le jugement, le désir, en général j mais il ne faut jamais oublier que ce que nous avons ainsi séparé par la pensée se trouve souvent confondu et réuni par le même fait, et que c'est toujours des faits réels dont il faut partir. Au reste tout ce que nous venons de dire ne détruit rien de ce que nous avions établi précédemment au sujet de la sensibilité, de la mémoire, du jugement, et de la volonté;