CHAPITRE VIII. l
cela nous montre seulement leurs effets sous leur vrai jour.
Il reste donc constant que nous ne voyons pas que les sensations sans action nous prouvent certainement une autre existence que la nôtre ;
Que le mouvement sans volonté ne paraît pas suffisant non plus pour nous donner cette certitude;
Que la volonté peut précéder le mouvement ;
Que le mouvement volontaire nous donne seul un vrai sentiment de résistance ;
Que le sentiment de quelque chose qui résiste à une action que nous voulons , nous prouve invinciblement la réalité d'une autre existence que celle de notre vertu sentante;
Que nôûs savons donc avec certitude qu'il y a des corps, et que la première propriété que nous leur connaissons est là force à' ùiertie. '' "^^ " '
Voyons actuellement comment celle-là nous fait découvrir toutes les autres, et nous fait composer certaines idées dont on ne s'est jamais bien rendu compte, faute de connaître la manière dont nous les formons:
l54 IDÉOLOGIE.
ce sera la meilleure preuve que nous avons réellement trouvé la base de toute existence réelle, et l'origine de toute connaissance certaine.
Je dois convenir auparavant que j'aurais pu arriver plus promptement aux résultats que nous venons de trouver. Mais il s'agissait d'opinions fort contestées ; j'avais à me réfuter moi-même sur deux points ; j'ai cru devoir donner un peu d'étendue à leur examen , et je suis persuadé d'ailleurs que cette discussion n'est pas sans utilité à d'autres égards : au reste on peut la passer si l'on veut; mais alors il ne faut pas lire l'un sans l'autre les chapitres VII. et VIII. Il faut s'en tenir à ce résultat , que quand un être organisé de manière à vouloir et à agir sent en lui une volonté et une action, et en même temps une résistance à cette action voulue et sentie , il est .assuré de son existence et de l'existence de quelque chose qui n'est pas lui.
Voilà le lien entre notre moi et les autres êtres j. c'est la volonté et l'action sentie réunies. L'une sans l'autre ne suffirait pas. Un être sentant et même voulant qui n'agirait pas, ne pourrait connaître que lui-
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même, que sa vertu sentante et voulante; et un être qui agirait, mais sans le vouloir ou sans le sentir, ne s'apercevrait pas encore que quelque chose lui résiste, et par conséquent existe.