CHAPITRE IX. l
faitement mobile, absolument non résistante (i), nous n'aurions rien senti encore, puisque toutes nos sensations sont le produit de la résistance de nos organes à l'action des corps, et de la résistance de ces corps à leur action les uns sur les autres; et quand nous aurions pu sentir et agir, nous aurions agi sans en être avertis; nous n'aurions jamais découvert l'existences des corps ni celle de nos organes.
Mais dès que nous pouvons agir et nous en apercevoir, le vouloir et éprouver résistance, l'univers va naître pour nous. Semblable à ce point animé qu'on observe dans l'œuf les premiers jours de l'incubation, et qui, imperceptible d'abord, se développe, s'accroît, et devient un animal parfait, nous
(i) On peut regarder comme presqu' absolument non résistante la matière de la lumière , celle des queues des comètes et celle de la lumière zodiacale, puisqu'elles ne font aucun obstacle sensible au mou-^ vement des corps célestes qui les traversent. Yoyez V Exposition du Système du Monde, de M. Laplace, page 1286 de l'édition in-4°' Cependant il faut bien que ces matières soient capables d'une résistance quelconque, puisqu'elles produisent des sensations visuelles.
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allons voir notre sentiment s'étendre, se répandre dans tous nos membres, s'apercevoir de leurs formes , de leurs limites , de leurs fonctions, découvrir tout ce qui l'entoure, le juger, le connaître^ le convei'tir à son usage , et le soumettre à sa volonté.
La mohilité et Xinertie sont donc à notre égard les deux premières qualités des corps, celles sans lesquelles notre organisation ne saurait subsister, sans lesquelles nous ne pouvons rien sentir, nous ne pouvons rien connaître, sans lesquelles nous ne pouvons pas même concevoir ce que serait l'existence de l'univers.
Observez cependant que ces deux propriétés des corps en nécessitent une troisième, c'est celle en vertu de laquelle ces corps en mouvement ont la puissance d'agir sur les autres corps, de les déplacer; c'est, pour me servir des expressions de d'Alembert (i), Cette force qu' ont tous les corps en mouvement de mettre aussi en mouvement les autres corps qu'ils rencontrent. D'Alembert reconnaît bien cette force pour être une propriété des corps ; mais il
(i) Art. Corps, ancienne Encyclopédie.