CHAPITRE IX. iSg
ne lui donne point de nom : je l'appellerai la force d'impulsion; et, contre l'avis de d'Alembert, je la reconnaîtrai pour une propriété du premier ordre, c'est-à-dire générale et invariable, et toujours existante, quoiqu'elle ne s'exerce pas toujours, parce que, comme l'inertie, elle se retrouve toujours la même dans tous les corps dans les mêmes circonstances. Je dirai donc que Vimpulsion (prise ainsi comme puissance et non pas comme effet) ^st dans les corps cette propriété par laquelle, lorsqu'ils sont en mouvement, ils communiquenf de leur mouvement aux autres corps qu'ils rencontrent; de même que l'inertie est cette propriété qui fait qu'un corps ne reçoit jamais de mouvement d'un autre corps qu'en le dépouillant d'une quantité de mouvement égale à celle qu'il en reçoit. Ce sont deux qualités correspondantes, dont l'une ne peut exister sans l'autre , et ni l'une ni l'autre n'aurait lieu sans le mouvement.
La mobilité, l'inertie et l'impulsion sont donc trois propriétés inséparables. Nous verrons bientôt comment nous apprenons à calculer leurs effets : nous ne faisons d'abord que les sentir.
l6o IDEOLOGIE.
L'idée de mouvement n'est pas d'abord pour nous cette idée composée dont nous nous rendons compte, en disant que le mouvement est l'état d'un corps qui passe d'un li^u dans un autre. Un lieu est une portion de l'espace; l'idée de lieu dérive de celle d'étendue, que nous n'avons pas encore. Le mouvement n'est donc d'abord pour nous qu'une sensation simple , une manière d'être. Je me meus, je le sens, et voilà tout.Voyons ce qui en arrive. «
Je m'agite en divers sens, je n'éprouve aucune opposition; tout ce que je rencontre, fut-ce un fluide éthéré, delà lumière, de l'air même, n'est rien pour moi, puisqu'il ne me donne pas le sentiment de résistance à ma volonté : c'est le néant absolu ; je ne sais pas même que c'est-là ce qu'à tort ou à raison j'appellerai le vide quand je connaîtraile pleinjje ne sais pas que je traverse ce vide, puisque j'ignore qu'il est étendu et qu'il y a au monde quelque chose qui soit étendu.
Bientôt le mouvement que je voudrais continuer, qui n'est qu'une manière d'être que je voudrais prolonger, cesse malgré moi ; ce qui l'arrête n'est pas moi , mais c'est
quelque