‹ Élemens de chimie [electronic resource] (volume 2)Chapitre 101 sur 118 · ÉLÉMENS · texte numérisé non relu

ÉLÉMENS

Les propriétés particulières d'un métal, comme celles d'un métalloïde ou d'un composé de métalloïdes, consistent dans sa tenue chimique et dans sa tenue physique ; sous cette dernière on comprend non seulement tous les phénomènes de la gravité et de l'attraction' à de petites distances, mais encore tous ceux qui dépendent delà lumière, du calorique, de l'électricité et du magnétisme. Quelques-unes des propriétés physiques, par exemple la ductilité, la conductibilité delà chaleur, donnent à beaucoup de métaux une grande importance dans les arts. J'exposerai ces propriétés d'une manière spéciale à propos de chaque métal qu'elles rendent utile; mais je n'en donnerai l'ensemble scientifique que plus tard en traitant de la physique qui embrasse tout ce qui s'y rapporte ; c'est ainsi que je mentionnerai, par exemple, la conductibilité des métaux pour l'électricité dans le chapitre consacré à ce fluide et non dans l'histoire particulière de chaque métal. Au surplus, l'air atmosphérique et l'eau m'ont déjà fourni l'occasion de développer les phénomènes physiques dont la connaissance était nécessaire pour les progrès ultérieurs dans l'étude de la chimie.

Il est impossible de trancher une ligne de démarca tion entre les métaux et les métalloïdes en partant de

leurs propriétés physiques ; car si tant est que le platine h et l'hydrogène diffèrent beaucoup entre eux, le soufre,) le sélénium, le tellure, l'antimoine, le phosphore eti l'arsenic se rapprochent tellement qu'on les range tan- ; tôt parmi les métalloïdes, tantôt parmi les métaux. Il esti encore plus facile de grouper les corps simples au moyen de leurs propriétés chimiques qu'à l'aide de leurs propriétés physiques. Parmi les métalloïdes , le chlore,* le brome, l'iode et le fluor forment un groupe pareil. I On peut ainsi partager les métaux en trois groupes, i qui sont les métaux des alcalis et des terres alcalines ,| les métaux des terres, et les métaux proprement dits;[ mais ici les passages se font également d'une manière insensible. En outre, il y a des combinaisons de métal- 1 loïdes qui ont tout-à-fait les mêmes propriétés chimiquesl que les oxides métalliques, de sorte qu'on est obligé! de les placer à côté de ces derniers afin de ne pas com-[ pliquer l'étude de la chimie; à cette catégorie appar-[ tient, par exemple, l'ammoniaque, qui est formée d'azote | et d'hydrogène, et dont les combinaisons nombreuses! avec les acides correspondent entièrement à celles de la potasse. Quant aux métaux proprement dits, on a fait servir leur affinité pour l'oxigène comme moyen de clas-| sification, et l'on a appelé métaux nobles ceux dont: les oxides abandonnent leurs oxigène par une simple élévation de température: tels sont l'or, l'argent, etc. \ Les métaux communs sont ceux qui à l'instar du plombf et du cuivre, par exemple , donnent des oxides indécom-l posables par la chaleur. Je reviendrai plus tard sur la! manière dont on peut diviser les corps simples; pour: le moment je les décrirai ainsi que leurs combinaisons dans l'ordre qui me paraît en faciliter le plus l'étude et j

qui se rattache en même temps à l'ancienne classification. Après chaque métal, je rapporterai ses oxides, ensuite ses oxi-sels , puis ses sulfures, ses sulfo-sels, ses chlorures , etc.

Les métaux des alcalis et des terres.

Quelque difficile qu'il soit de tracer une limite rigoureuse entre les me'talloïdes et les métaux , il l'est encore davantage de dissocier entre eux et de différencier par des caractères saillans les métaux alcalins, les métaux terreux et les métaux proprement dits. Bien que dans ce moment la préparation du potassium et du sodium ne soit guère plus malaisée que celle du zinc, on a tardé à découvrir la nature des alcalis et des terres , et c'est là la raison pour laquelle on a distingué les alcalis et les terres des oxides métalliques déjà décomposés. De même que chaque substance ou combinaison chimique jouit de certaines propriétés, de même on peut établir des classifications artificielles entre les différens métaux en faisant servir un certain nombre de ces propriétés comme caractère d'une classe. Il n'y aurait pas de graves inconvéniens à omettre tout-à-fait ces classifications , et à ranger les corps les uns à côté des autres d'après leurs propriétés les plus importantes en théorie ou en pratique, s'il n'était pas absolument nécessaire de fixer ici l'attention sur des divisions et des noms déjà usités dans d'autres ouvrages et sciences, et d'habituer l'étudiant à un système auquel on se rapporte si souvent. Chaque classification , de quelque genre qu'elle soit, offre de grandes difficultés; veut-on, par exemple , considérer les propriétés chimiques des métaux, on doit pla-

cer l'argent à côté de l'or, le plomb à côté du cuivre ; a-t-on au contraire égard aux propriétés chimiques des oxides, on doit ranger l'argent à côté du sodium, le plomb à côté du strontium et du barium. C'est aussi pour ces motifs que la classification ordinaire a été maintenue ici.

La potasse, la soude, la lithine et l'ammoniaque sont des alcalis. Les trois premières résultent de l'union d'un métal avec de l'oxigène ; la dernière est une combinaison d'azote et d'hydrogène. Dans ses affinités pour les acides, l'ammoniaque a tant d'analogie avec la potasse, que l'étude des sels de ces combinaisons deviendrait plus difficile si l'on voulait traiter de l'ammoniaque en un autre endroit. Or, à l'ammoniaque se rattachent les alcalis, qui se trouvent tout formés dans des plantes et dont quelques-uns peuvent s'obtenir par la décomposition de corps animaux ou par la distillation. Il est extrêmement probable que ces alcalis sont composés d'ammoniaque et d'une combinaison de carbonne, d'hydrogène et d'oxigène, comme parmi les acides, l'acide sulfobenzique est formé de benzine et d'acide sulfurique, l'acide benzoïque de benzine et d'acide carbonique. A propos de l'urée, qui consiste en carbonate d'ammoniaque avec un peu d'eau (2 c J\o J\ n 12 aq — 20 4aq.\ j'ai déjà fait voir que ce corps se comporte à la manière des bases avec les acides nitrique et oxalique. On ne saurait mieux comparer ces bases qu'avec l'urée, la quantité d'acide qui s'unit à ces bases et à l'urée étant au contenu en azote dans un rapport semblable : en effet ce contenu est tel, que s'il était combiné avec de l'hydrogène, c'est-à-dire à l'état d'ammoniaque, il formerait un sel ammoniacal neutre avec l'acide dans les sels de ces al-

calis, et un sel basique dans les combinaisons de l'urée. Je traiterai de ces bases immédiatement après les métaux, comme j'ai décrit à la fin du chapitre des acides ceux de ces corps qui sont composés d'une manière semblable.

On range parmi les terres alcalines, la baryte, le strontium , la chaux et la magnésie.

L'alumine, la glucine, l'yttria, la zircone et la thorine sont du nombre des terres proprement dites. Parmi ces substances, l'alumine, la potasse, la soude, l'ammoniaque, la chaux et la magnésie sont de la plus grande importance ; unies aux acides silicique et carbonique , elles forment la masse principale de l'écorce solide de la terre; avec l'acide silicique elles constituent le verre, la porcelaine et d'autres objets de même espèce. La baryte intéresse par elle-même et par quelques-uns de ses composés. Quant à la lithine, la strontiane, la glucine, la thorine, L'yttria et la zircone, je n'en dirai que fort peu de chose.

Les noms des métaux ont été formés d'après ceux de leurs oxides, qu'on connaissait beaucoup plus tôt, en ajoutant la finale um à la racine du nom latin ; c'est ainsi qu'on a formé calcium de calx. A moins qu'on n'eut à expliquer au commençant un phénomène de décomposition, il ne saurait être permis de créer un nom nouveau pour désigner l'oxide, et de dire oxide de potassium au lieu de potasse, comme on le fait à l'égard des oxides métalliques ordinaires. Dans toute autre circonstance cette substitution conviendrait aussi peu que si l'on donnait à l'eau le nom d'oxide d'hydrogène, car les noms des alcalis et des terres reviennent si souvent , qu'on les a adoptés dans le langage comme ceux d'objets ordinaires. Parmi les épithètes qu'on donne souvent aux alcalis, on

remarque les suivantes : caustique, dulcifié, volatil, fixe, minéral et végétal. On nomme caustiques ou corrosifs les alcalis libres de tout acide et combinés seulement avec de l'eau , parce qu'alors ils jouissent de la propriété de dissoudre des matières animales et des parties de l'organisme vivant; mis sur la langue, ils y occasionent la sensation d'une brûlure (x«o<r<xé<r, brûlant, rongeant, *.«<*>, je brûle). Les alcalis dulcifiés sont ceux qui se trouvent unis avec de l'acide carbonique. L'ammoniaque qui est gazeuse à la température ordinaire porte le nom de volatile; la potasse et la soude sont appelées fixes. On donnait le nom d'alcali végétal à la potasse, parce qu'on la retirait des plantes; et celui d'alcali minéral à la soude qu'on extrayait des minéraux, en particulier du sel marin. Ces dénominations sont impropres. En effet , la potasse et la soude sont volatiles à la chaleur rouge; la potasse se rencontre abondamment dans les minéraux , dans le feldspath et dans plusieurs autres , et la soude s'obtient également par l'incinération de plantes qui croissent sur le bord de la mer. Le nom d'alcali vient de l'arabe, de kaljun {fig i) ou kiljun (fig 2) qui signifie les cendres de diverses plantes, des salicornes et d'autres, du mot (fig?>) ou de l'hébreu kalah (fig 4) , rôtir, griller; al (fig 5) est l'article arabe.

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