I. POTASSIUM
A i5° le potassium est mou et se laisse pétrir. 11 persiste dans cet état jusqu'à 55°, température à laquelle il est complètement liquide ; il resseml.de alors au mercure. A io° il se laisse couper et possède l'éclat de l'argent poli; à o° il est cassant et présente une texture
cristalline distincte. Chauffé au rouge , il se volatilise en formant une vapeur verte.
La pesanteur spécifique du potassium est de 0,86 5 à i58; de même que le sodium, le métal en question est donc plus léger que l'eau. Pour ce qui regarde la pesanteur spécifique des métaux, on observe un passage insensible du potassium au barium qui est plus pesant que l'acide sulfurique, à l'antimoine, dont la pesanteur spécifique est de 6, 7, jusqu'au platine qui a une densité de 2i,4; la pesanteur spécifique n'est donc pas un caractère distinctif pour les métaux.
Exposé à l'air atmosphérique , le potassium s'oxide peu à peu sans dégagement de lumière; échauffé jusqu'à ce qu'il commence à se volatiliser , il prend feu et brûle avec flamme. Projeté sur de l'eau, il décompose celle-ci, et en se mouvant rapidement à la surface du liquide , il s'oxide sans discontinuer de briller. Quand la flamme a cessé, l'oxide de potassium reste sur l'eau sous la forme d'un globule qui, au moment où la température vient à s'abaisser, présente un phénomène semblable à celui qu'on observe lorsqu'on laisse tomber de l'eau goutte à goutte dans un creuset de platine incandescent ; en effet, le globule étant refroidi assez pour que la couche de vapeur aqueuse qui le sépare de l'eau se condense, aussitôt qu il arrive en contact avec l'eau , il se déve loppe une quantité de vapeur assez grande pour le projeter au loin. En faisant cette expérience, il faut fermer les yeux quand ce moment' arrive, puisque de petites quantités de potasse pourraient atteindre l'œil et occasioner des lésions dangereuses.
Le potassium est celui de tous les corps qui a le plus d'affinité pour l'oxigène, de sorte qu'étant mêlé et
échauffé avec des corps oxidés il leur enlève de l'oxigène. En traitant de différens gaz , du protoxide et du deutoxide d'azote, par exemple , j'ai fait mention de la manière dont.on a utilisé cette propriété pour déterminer la composition de ces combinaisons ; à propos du sicilium et du bore, j'ai indiqué comment on l'emploie pour décomposer les combinaisons de ces métalloïdes et pour mettre ceux-ci en évidence; plus tard j'aurai encore à rapporter d'autres décompositions de même espèce. Le gaz oxide de carbone en est encore décomposé au rouge; mais à une température plus élevée le charbon décompose la potasse avec dégagement de gaz oxide de carbone.
On tire parti de cette propriété qu'a le charbon de décomposer la potasse pour préparer le potassium en grand. Dans toutes les décompositions au moyen du charbon , surtout dans celles des oxides métalliques difficiles à réduire, il est nécessaire que le charbon soit mêlé de la manière la plus intime avec la substance qu'on traite. Le carbonate de potasse exige d'autant plus impérieusement cette précaution, qu'il fond déjà à la température rouge. Il peut donc arriver , si le mélange est imparfait, que la masse liquide gagne le fond et que le charbon la surnage , de manière à n'arriver que sur quelques points en contact avec le carbonate de potasse, circonstance qu'on évite en mêlant bien une suffisante quantité de charbon avec le carbonate. En effet, le carbonate de potasse fondant s'infiltre alors dans le charbon, comme il arrive à l'eau dont on humecte du charbon. Le meilleur moyen de réaliser une mixtion exacte consiste à employer un sel végétal de potasse, qui, soumis à la distillation , laisse beaucoup de charbon. Parmi
t ces sels de potasse, le tartre cru est le moins coûteux, i On ferme au moyen d'un couvercle le creuset dans le- . quel on 1 échauffe, et l'on enduit les joints avec de l'ar- . gile, de manière que les gaz qui se développent puiss sent s'échapper sans que l'air atmosphérique entre. 1 L'opération est terminée quand il ne se dégage plus de i gaz combustibles. On laisse alors promptement refroidir i le creuset, on mêle le résidu formé encore chaud dans t. une cornue avec du charbon réduit en petits morceaux cet séparé au moyen du tamis d'avec la poudre trop t ténue. La quantité du charbon doit s'élever au dixième t en poids du tartre employé, et il faut verser le mélange i dans une bouteille en fer, aussitôt qu'il est opéré. Les l bouteilles en fer dans lesquelles on expédie le mercure i.de l'Espagne, conviennent très bien pour cet objet; i cependant il faut , avant de s'en servir , les échauffer au i rouge dans un bon fourneau, afin de volatiliser le i mercure qui peut y être resté. On enlève à la lime l'écrou t taillé dans le goulot de la bouteille , et on y fait rôder i un tuyau en fer. On donne à ce tuyau le moins de lon- : gueur possible , de manière que, la bouteille étant disj posée et assujettie, il dépasse la paroi du fourneau seule i ment d'une quantité suffisante pour s'adapter exactement t au récipient n [fig. 6). J'ai déjà décrit précédemment (p. 258, t. i ) le fourneau qui convient le mieux pour ( cette opération. On place le flacon a sur deux tiges de fer oo, sur lesquelles on peut le lier solidement avec du 1 fil de même métal. Le récipient consiste en un vaisseau ( de cuivre ayant la forme d'une boîte ovale. Son cou- ' vercle n {fig. 7) descend à l'intérieur presque jusqu'au I fond ; il est entouré d'un rebord g et au- dessus de celuici d'un réseau en fil de cuivre qu'on y a placé librement.
L'une des extrémités du couvercle présente un tuyau court b dont le bout extérieur est formé d'une plaqueru. mince en cuivre. C'est sur cet ajustage que se trouve rôdéj le tuyau i de la bouteille; la plaque de cuivre mince ,i entaillée et rentrante sur elle-même le maintient solide-ii;; ment par sa force de ressort. Précisément vis-à-vis , en djjp
11 y a un second ajustage qu'on ferme avec un bouchon ^1 et en x s'en trouve un troisième dans lequel s'adapte un! ; bouchon traversé par un tube de verre. On place touûj le vaisseau sur un support percé en l d'un trou et sus 4a ceptible d'être nivelé par des vis de position, de manière» que le vaisseau y soit bien établi. Une cloison i se trouvesc encore pratiquée dans le couvercle pour accélérer leifc refroidissement des substances qui entrent. On remplit» le récipient environ jusqu'au tiers de pétrole distillé. — La longueur de la bouteille est de n pouces, la hauteur de 4 pouces; les autres parties de l'appareil sont dessinées sur la même échelle.
Le résultat principal de la décomposition qui se fait , lorsqu'on chauffe du carbonate de potasse avec du charbon, est sans contredit la formation de potassium et de gaz protoxide de carbone ; outre ces deux substances on en rencontre encore d'autres dans le récipient, savoir, une masse noire très riche en potassium , de l'oxalate de potasse, du croconate de potasse, du charbon très divisé qui a été entraîné mécaniquement, et de la potasse. Il n'est pas encore décidé si ces substances se forment en même temps que la réduction s'opère ou plus tard seulement par la réaction mutuelle du potassium , du gaz oxide de carbone et du pétiole; du moins sait-on par l'expérience, que la préparation du potassium réussit le mieux, quand on maintient le tuyau i au rouge jus-
m'à l'orifice du récipient et la retorte à une température très basse; le potassium tombe alors goutte à goutte ; Ju tuyau dans le récipient et ne reste que très peu de 1 îiemps en contact avec le gaz oxide de carbone. La réfrigération du récipient se fait en mettant de la glace dans le Réseau sur le couvercle de la cornue et en entourant aussi eie glace la partie inférieure de celle-ci ; l'eau produite eécoule du couvercle suivant le bord en cuivre g dans >e support, pour se perdre immédiatement par le tuyau un l, de sorte qu'il ne saurait entrer de l'eau dans le éécipient, celui-ci dût-il même présenter une fuite queltrue part. On adapte le récipient au tuyau i',dès que des srapeurs de potassium s'enflamment à l'orifice de ce dernier; car il se dégage d'abord encore un peu d'eau et de nnercurequi étaient restés à l'état de vapeur dans la boueille pendant la caléfaction. Avant l'apparition de la lamme on observe les vapeurs vertes du potassium dans a bouteille. Le tube i ne fermât-il pas d'une manière parfaitement hermétique, un peu de potassium se consumera et la potasse ainsi produite bouchera immédiatement les joints. Le tuyau i étant toujours incandescent itet la réfrigération se faisant convenablement, la réduction marche quelquefois sans interruption. Cependant lil peut arriver que le tuyau s'obstrue; on s'en aperçoit de suite à ce que les vapeurs cessent de se dégager du tube en x : alors il faut se hâter de déboucher le tuyau i < et d'y introduire pour le dégorger une baguette en fer aplatie et recourbée à son extrémité antérieure (Jig. 8). \Au moyen d'un trait de lime /, on a soin de marquer surla baguette de combien elle doit pénétrer dans l'appareil pour arriver jusqu'au flacon : on pratique le trait de lime du côté opposé à celui que regarde l'extrémité
recourbée pour se régler en conséquence pendant la pe foration. Trois parties de charbon de bois et une part} de coak offrent le meilleur combustible pour cet usage on gouverne le courant d'air au moyen d'un registi dans la cheminée, et, en tisonnant avec soin, on empêcl les charbons de brûler à creux. On se dirige dans \ conduite du feu sur la rapidité du courant qui s't chappe par le tube x. Veut-on terminer l'opération , o retire la tige p qui soutient la grille, et les charbo tombent.
Mieux l'opération a marché et plus grande est la mas
des globules fondus de potassium qu'on trouve dans
récipient; dans le cas contraire c'est la substance noir|
qui prédomine. Le potassium contient du charbo
combiné chimiquement; pour l'en débarrasser on le di
tille avec la masse noire. A cet effet on verse ces corps e
semble dans un vaisseau de fer forgé a ( fig. 9) et on le
arrose de pétrole; on ferme ensuite le vaisseau au moye
d'un canon de fusil recourbé b, qu'on y a rôdé hermé
tiquement, et on l'échauffé au moyen d'un bon fournea
à vent portatif. D'abord passe le pétrole qu'on recueill
avec la vapeur du potassium dans un flacon spa
cieux, en ne laissant le bout ouvert du canon s'engage
que peu au-dessous de la surface du pétrole; par cett
précaution on vise au même but que dans la distilla
tion du phosphore (p. 54, t. 1). Quand la température
du flacon s'élève au rouge, on donne de temps à autn
une secousse contre le tuyau b pour faire tomber dan
le pétrole des globules de potassium demi -fondus
Craint-on que le tuyau ne s'engorge, on peut y passeï
une tige en fer mince et recourbée, o
Pour chaque opération l'on prend 6 livres de tartre
ru; on obtient par là 4 onces, par conséquent 4 pour iirçnt, de potassium distillé.
On peut également obtenir du potassium , mais en etite quantité et à grands frais, eu égard à la récolte , oit au moyen de la pile galvanique, ainsi que je le apporterai dans la partie de ces Elémens consacrée à i physique, soit en faisant passer de l'hydrate de pousse en vapeur sur des copeaux de fer fortement incane.escens.
POTASSIUM ET OXIGENE.
Lorsqu'on fait chauffer du potassium dans de l'air tmosphérique qui ne contient point assez d'oxigène iour le convertir en potasse, il paraît qu'il se forme un Jegré inférieur d'oxidation , qu'on appelle sous oxide de lotassium, mais qu'on n'a encore pu mettre en évidence à état de pureté et dont par conséquent on ne connaît pas :ncore exactement la composition. Mis en contact avec de ,'eau, il passe à l'état de potasse en s'oxidant. On ne peut obtenir la potasse anhydre qu'en faisant arriver à du potassium la quantité d'oxigène nécessaire pour produire de la potasse, ou bien en fondant ensemble i partie de potassium et i,4 d'hydrate de potasse. Elle est blanche, fusible et volatile au rouge. Quand on y ajoute assez eau pour former l'hydrate, elle s'y combine en donnant lieu à un dégagement de chaleur tellement considérable , que l'hydrate obtenu devient incandescent. Le suroxide de potassium s'obtient en opérant la combustion du potassium dans un excès d'oxigène sur un petit fragment de chlorure de potassium ou sur une plaque en argent. Il est jaune, fusible à une température rouge,
et susceptible de prendre une texture cristalline en r froidissant. Echauffé dans de l'hydrogène, de l'aci sulfureux, du protoxide d'azote et de l'ammoniaqu il cède de l'oxigène à ces gaz. Il se forme également maintenant pendant quelque temps l'hydrate de potas en fusion dans l'air.
On trouve la composition de la potasse en déterm nant le chlore du chlorure de potassium par la préc pitation avec du nitrate d'oxide d'argent, et calcula l'oxigène de l'oxide au moyen de la teneur du chloru en chlore, ou bien, en déterminant l'acide sulfuriq du sulfate de potasse par voie de précipitation à l'ai d'un sel de baryte, et calculant l'oxigène de la base a moyen de l'acide sulfurique obtenu, sachant d'ailleui que, dans les sulfates neutres, l'oxigène de la base est celui de l'acide comme i : 3. D'après les expériences h plus subtiles , 100 parties de potassium sont unies 20,409 parties d'oxigène dans la potasse, qui contien par conséquent 16,95 pour cent d'oxigène. La potass obtenue par la combinaison directe du potassium ave de l'oxigène pouvant contenir non seulement du sur oxide, mais encore dusousoxide, ce moyen ne perme de déterminer que d'une manière approximative la com position de cette base. Le suroxide renferme trois foi autant d'oxigène que l'oxide.