I.E VERRE
Le verre est une des matières les plus importantes pour l'usage ordinaire et pour les recherches scientifiques, soit comme verre proprement dit, soit comme couverte des poteries, c'est-à-dire, des objets en porcelaine, en faïence et en terre cuite; car cette couverte n'est autre chose qu'une couche de verre. L'application et la préparation du verre et par conséquent de la couverte des poteries reposent essentiellement sur les propriétés des combinaisons chimiques dont le verre est composé; en outre les scories ou terres et oxides métalliques vitrifiés, qu'on obtient dans l'extraction des métaux les plus importans, tels que le fer, le cuivre, etc., et de la composition desquelles dépend la théorie de cette extraction , sont ou de véritables masses de verre, ou des substances très analogues au verre par leur composition et par leurs propriétés : voilà pourquoi il faut, d'après mon plan , que
je décrive le verre sous tous les rapports aussi amplement que toute autre combinaison chimique.
Le verre * est composé de silicates doubles, notamment de silicate de potasse ou de soude combiné avec du silicate de chaux ou d'oxide de plomb. Quelquefois ces silicates sont composés dans des rapports déterminés, c'est-à-dire, absolument à l'instar des silicates qu'on trouve dans la nature; cependant ils contiennent en général un excès d'acide silicique. Ces sels doubles contiennent encore d'autres silicates, par exemple du silicate d'alumine , fréquemment aussi des silicates d'oxides métalliques, par exemple du silicate de protoxide de fer.
On choisit différens mélanges vitrifiables , suivant les différens buts et les différentes circonstances dans lesquelles on prépare le verre; c'est ainsi qu'on donne la préférence au carbonate de potasse ou au carbonate de soude, selon que la première où la seconde de ces matières revient à meilleur compte. Dans le voisinage de Berlin , le prix de la potasse n'est que moitié aussi élevé qu'à Paris, tandis que dans cette dernière ville, le carbonate de soude est beaucoup moins cher que chez nous. Veut-on fabriquer du verre incolore, il faut employer des matières exemptes d'oxides métalliques colorans , tels que l'oxide de fer. Doit-on échauffer souvent le verre
* C'est à tort qu'on a coutume d'appeler verres , différentes substances qui ne contiennent point de silicates et qui ne ressemblent au verre que par plusieurs propriétés physiques; par exemple, les acides phosphorique et borique fondus , une combinaison d'oxide et de sulfure d'antimoine , qui , à la température ordinaire , sont durs et cassans et ont une cassure conchoïde , et qui , à une température élevée, prennent un état mou et ductile avant d'entrer en liquéfaction complète.
pour produire certaines formes, on préfère celui qui contient de la potasse et de la chaux ou de la potasse et de I'oxide de plomb. Veut-on que le verre résiste bien aux acides, il faut faire entrer le plus possible d'acide silicique dans sa composition. L'usage et la préparation du verre se déduiront le mieux de l'examen des différens silicates qui se trouvent dans cette substance.
Silicate de potasse, silicate de soude. Lorsqu'on fait fondre cinq parties de carbonate de soude ou de potasse avec une partie d'acide silicique , l'acide carbonique se dégage, l'acide silicique se combine avec la base et le silicate se dissout dans le carbonate clair et liquide. En. déterminant la quantité de l'acide carbonique éliminé , on trouve que l'oxigène de la potasse ou de la sonde qui s'est combinée avec l'acide silicique , est à celui de cet acide comme i : 2. Lorsqu'on emploie un excès d'acide silicique, tout l'acide carbonique est expulsé et le silicate ainsi que l'acide silicique se dissolvent l'un l'autre en toute proportion. Un mélange d'acide silicique et de potasse ou de soude, dans lequel l'oxigène de l'acide est à celui de la base comme 1 : 18, fond encore au feu de forge; si ce rapport est 1 : 3o, le mélange ne fait plus que se fritter. Quand bien même on prend un excès assez considérable d'acide silicique, la masse fondue se dissout encore dans l'eau ; une masse de cette espèce obtenue en faisant fondre ensemble i5 parties de sable pur, 10 parties de potasse et 1 partie de charbon, est remarquable par ses propriétés. L'addition du charbon a pour objet de faciliter la décomposition de la potasse, en se combinant avec l'acide carbonique de ce sel.
On a donné à cette masse le nom de verre d'eau (Wasserglas). On l'appelle communément verre soluble. Lors-
qu'après l'avoir bocardée on l'expose pendant quelques semaines à l'air, elle attire un peu d'eau. L'eau froide la dépouille des sels étrangers que contenait la potasse sans cependant rien dissoudre de la niasse elle-même, laquelle est au contraire soluble dans 4 à 5 parties d'eau bouillante. La dissolution diluée est décomposée par l'acide carbonique de l'air; lorsqu'on l'évaporé, elle prend d'abord de la consistance, et elle finit, au moyen de la dessiccation à une douce chaleur, par se prendre en une masse incolore et vitreuse, qui est inattaquable à l'acide carbonique de l'air. Des étoffes qu'on imprègne de la dissolution de cette masse perdent leur combustibilité, comme elles la perdent généralement par l'imbibition au moyen de la dissolution de sels fusibles et capables de développer des principes volatils en fondant. Parties égales de phosphate d'ammoniaque et de sel ammoniac rendent sous ce rapport de bons services, mais coûtent davantage que le verre soluble. Lorsqu'une pareille étoffe vient à prendre feu ou à subir l'action de la chaleur, les substances fusibles pénètrent dans ses fibres, et quand bien même la chaleur en dégage des gaz combustibles, la combustion se trouve tout de suite arrêtée; car d'abord les substances qui se volatilisent en même temps diminuent la combustibilité de ces gaz, et ensuite le charbon qui reste ne peut se consumer parce qu'il se trouve enveloppé de substances fondues et incombustibles qui en écartent l'oxigène atmosphérique. Ce moyen n'a pas été trouvé aussi bon pour préserver de grandes masses de bois contre le feu, attendu que la chaleur en dégage assez de gaz pour faire éclater promptement de pareils enduits.
Les combinaisons de l'acide silicique avec la potasse
MÉTAUX. 18i'5
ou la soude ne prennent jamais une texture cristalline ; qu'on les laisse refroidir lentement ou avec rapidité, on les obtient toujours à l'état vitreux 5 aussi faut-il attri-' buer à ces combinaisons la difficulté avec laquelle se cristallisent les silicates dans lesquels elles se rencontrent.
Silicate de chaux. En faisant chauffer de l'acide silicique et de la chaux dans un fourneau de forge , on obtient différens produits, suivant les quantités relatives de ces matières. Si l'oxigène de l'acide est à celui de la base comme 2 : 1 ou comme 3 : 1 , la masse calcinée est fondue et cristalline; si ce rapport est comme 4 : 1 , il se forme un verre bulleux ; si les quantités d'oxigène sont égales entre elles, la masse éprouve un commencement de fusion; une plus grande quantité de chaux fait qu'il ne s'opère point de fusion.
. Silicate de magnésie. Lorsqu'on calcine dans le four à porcelaine un mélange d'acide silicique et de magnésie tel que l'oxigène de la base soit à celui de l'acide comme 2 : 1 ou comme 1 : 1 , il se forme une combinaison qui , à la vérité, n'éprouve pas encore de ramollissement, mais qui, étant arrosée avec des acides , abandonne de l'acide silicique à l'état gélatineux. Si l'oxigène de la base est à celui de l'acide comme 1 : 2 , la masse se ramollit dans le fourneau de forge; si ce rapport est comme 1 : 35 elle commence à fondre dans le four à porcelaine.
Silicate d alumine. Soumis à la chaleur du four à por celaine, un mélange d'acide silicique et d'alumine , dans lequel l'oxigène de la base est à celui de l'acide comme 2 : i ou comme 1:1, donne une masse faiblement cohérente ; suivant que le rapport dont il s'agit est comme i : 2 ou comme î : 3 , le mélange devient cohérent
dans le four à porcelaine ou dans le fourneau de forge.
Silicate de protoxide de fer. On obtient cette combinaison en mêlant de la batiture de fer avec assez de limaille de fer pour que le deutoxide de fer passe à l'état de protoxide et en faisant fondre le mélange avec de l'acide silicique. On appelle batiture de fer une combinaison de protoxide et de deutoxide de fer produite par la combustion de ce métal à l'air. En traitant de la préparation du fer et du cuivre, je décrirai trois combinaisons en beaux cristaux dans lesquelles l'oxigènede la base est à celui de l'acide comme 2:1, comme 1 : 1 et comme 1 : 2 respectivement. Ces combinaisons se fondent déjà au chalumeau, et si l'oxigène de l'acide est à celui de la base comme 4 • 1 ou comme 3 : 1 , le mélange est encore plus fusible.
Les silicates de protoxide de manganèse s'obtiennent en faisant chauffer de l'acide silicique avec du peroxide de manganèse dans un creuset brasqué. Le soushexasilicate, le soustrisilicate et le soussesquisilicate de protoxide de manganèse fondent très facilement; les deux derniers se liquéfient déjà au chalumeau; toutes ces combinaisons cristallisent en refroidissant. Le silicate neutre entre plus difficilement en fusion.
Silicate d'oxide de plomb. Le soustrisilicate d'oxide de plomb (3 Pb 3 O Si 3 O) s'obtient quelquefois en beaux cristaux jaunes par un lent refroidissement. Le soussesquisilicate, le silicate neutre et le bisilicate d'oxide de plomb sont très fusibles et s'obtiennent par conséquent aisément en faisant fondre ensemble leurs principes constituais, mais ils ne cristallisent jamais. Le quadrisilicate d'oxide de plomb exige une température plus élevée pour fondre.
Ces silicates peuvent être fondus ensemble et l'on obtient ainsi une combinaison chimique déterminée, ou bien, si l'un des silicates est en excès, une dissolution de ce sel dans la masse fondue; l'acide silicique se comporte de même. Les combinaisons qui contiennent de la potasse ou de l'alumine sont tellement visqueuses que le refroidissement ne fait cristalliser ni les combinaisons elles-mêmes, ni les silicates qui peuvent y être dissous. Ce n'est qu'en faisant durer plusieurs semaines le refroidissement d'une pareille combinaison , qu'on obtient quelquefois des cristaux. Les procédés ordinaires de fusion ne fournissent le feldspath qu'à l'état vitreux, sans trace de cristallisation, quand bien même on le maintient pendant plusieurs jours à la température à laquelle il se solidifie; cependant il a été obtenu en cristaux dans les parois de fourneaux de fusion, où le refroidissement s'est fait d'une manière plus lente encore. Il est par conséquent impossible de déterminer si, en faisant fondre ensemble des masses pareilles, l'on obtient une combinaison déterminée ou une dissolution figée.
La combinaison de deux silicates fond toujours à une température plus basse que la moyenne de leurs points de fusion respectifs; de même que, par exemple, un mélange de carbonate de soude et de carbonate de potasse entre plus tôt en fusion que l'un et l'autre sel pris isolément. Par conséquent on augmente la fusibilité d'un silicate en le mêlant avec un autre silicate plus fusible que lui-même.
De la même manière on peut , par l'addition d'une combinaison visqueuse, rendre plus ou moins visqueuses des combinaisons qui sont très fluides immédiatement
avant de se congeler et qui pour cette raison se cristallisent aisément.
Le silicate de chaux et le silicate de proioxide de fer se cristallisent en refroidissant. L'addition du silicate de potasse leur fait perdre entièrement cette propriété; le silicate d'alumine l'affaiblit considérablement. Lorsqu'on échauffe pendant long-temps du silicate de potasse ou de soude, il se dégage de la potasse ou de la soude; s'il existait d'autres bases dans la combinaison, celle-ci prend souvent une texture cristalline en refroidissant.
Ainsi que je l'ai rapporté , le silicate de potasse et de soude est soluble dans l'eau et décomposable par les acides. Les acides se comportent de la même manière avec le silicate de chaux; les silicates doubles de chaux et de potasse ou de soude sont au contraire inattaquables aux acides, surtout lorsqu'ils contiennent un excès d'acide silicique.
L'énumération des différentes espèces de verre nous montrera le mieux de quelle manière il faut avoir égard à ces propriétés des silicates dans la préparation du verre.
J^erre composé d acide silicique, de potasse et de chaux. En employant pour préparer le verre des matières pures, comme le sont à un haut degré celles dont on se sert dans différentes verreries de Bohême et de Silésie, dans la fabrique de glaces à Neustadt, etc., on obtient un verre qui est parfaitement incolore et qui se distingue en outre par un bel éclat. Dans les espèces de verre les plus remarquables, l'oxigène de l'acide silicique est à l'oxigène des bases comme 4: 1 > et l'oxigène de la cbaux est à celui de la potasse comme i : 2/5 ou comme i : une fraction plus grande que *P et susceptible de devenir égale à l'unité. On a trouvé par l'analyse du verre
à glaces, d'après lequel cette dernière indication est faite, que ce verre contient 60 parties d'acide silicique, 25 parties de potasse et 12,5 parties de chaux. Le crownglass a une composition semblable.
Verre composé de silice, de soude et de chaux. Le verre à vitre français et le verre à glaces ainsi que les beaux verres français ordinaires sont faits de ces matières pures. Pour le verre à vitre français on prend 100 parties de sable, 35 à 4o parties de craie, 3o à 35 parties de carbonate de soude et 180 parties de rognures de verre; et pour le verre à glaces on emploie 100 parties de sable, i4 l/o parties de chaux délitée, 33 V3 parties de carbonate de soude et 100 parties de rognures de verre. Le verre contient 2 à 4 pour cent d'alumine provenant du sable employé ou des creusets dans lesquels on opère la fusion. L'oxigène des bases est à celui de l'acide silicique, dans le verre à vitre, environ comme 1 : 4» dans le verre à glaces, comme 1 : 6; et l'oxigène de la chaux est à celui de la soude, dans le verre à vitre, comme 1 : un nombre variable entre 3/s et 1 3/3 , dans le verre à glaces, comme 1 :4 '/2. Ce verre a un reflet verdâtre ou bleuâtre, qu'on reconnaît très distinctement quand on regarde à travers des masses épaisses. Quoique les glaces fabriquées avec ce mélange colorent un peu les images qu'elles réfléchissent, on le préfère en France, tant à cause du bas prix du carbonate de soude, dont les impuretés produisent ces colorations , qu'à cause de sa grande fusibilité, qui permet d'en obtenir aisément de belles formes.
V erre composé d acide silicique , de potasse et d'oxidc de plomb. Ces substances entrent dans la composition du verre appelé verre à cristal, avec lequel on fabrique
en Angleterse les beaux vaisseaux de verre anglais , du flintglass, employé pour les instrumens d'optique, et du strass, dont on se sert pour confectionner les pierres gemmes artificielles. Pour le verre à cristal on prend, sur 120 parties de sable fin, environ 4o parties de potasse purifiée, 35 parties de litharge ou de minium et 12 parties de salpêtre. Dans ce verre , l'oxigène des bases est à celui de l'acide silicique comme i : un nombre qui peut varier depuis 7 jusqu'à 9, et l'oxigène de la potasse est à celui de l'oxide de plomb comme 1 : un nombre variable entre 1 et 2,5. Dans le flintglass et dans le strass, l'oxigène des bases est à celui de l'acide silicique comme i : 4) et l'oxigène de la potasse est à celui de l'oxide de plomb comme 2:3, dans le flintglass , et comme 1 : 3 , dans le strass. Plus un verre contient d'oxide de plomb, plus sa pesanteur spécifique est grande; la pesanteur spécifique de ce verre dépasse 3,6, tandis que celle du verre de Bohême ne s'élève qu'à 2,4.
Pierre composé d'acide silicique, d'alumine, de deutoxideetde protoxide de fer, de magnésie , de potasse et de soude. Ce verre, connu sous le nom de verre vert, est employé pour des objets à bas prix, tels que bouteilles, carreaux de vitre, etc. Il contient différentes bases, suivant la nature des matières brutes qu'on peut se procurer à bas prix dans l'endroit où on le prépare. Pour l'obtenir on mêle du sable, pris aussi pur que possible, avec du flux des savonniers , avec de la chaux qui a servi à enlever l'acide carbonique à la potasse employée dans les savonneries, avec de la cendre , etc. L'analyse d un verre de celte espèce a fourni 45,6 parties d'acide silicique, i4,o parties d'alumine, 6,2 parties de deutoxide de fer, 28,1 parties de chaux et 6,1 de potasse; d'où il
résulte que l'oxigène de l'acide silicique est à celui des bases comme i : i , et que l'oxigène de l'alumine et du deutoxide de fer égale celui de la potasse et de la chaux. Ce verre contient par conséquent beaucoup moins d'acide silicique que les autres.
Moins riche en acide silicique qu'aucun autre verre , le verre vert contient assez de bases pour former des silicates neutres et des soussesquisilicates, même après avoir été entièrement dépouillé de sa potasse par la chaleur. Voilà pourquoi les gros morceaux de ce verre prennent facilement une texture cristalline,lorsque, après les avoir enveloppés de quartz en poudre, on les place dans un four à porcelaine en activité. Dans cet état on l'appelle verre dévitrifié ou porcelaine de Réaumur. On parvient aussi quelquefois à donner à un pareil verre un aspect cristallin , en le maintenant pendant très longtemps à la température à laquelle il commence à se solidifier; dans ce cas la force de cristallisation peut dissocier de la masse visqueuse quelques unes des combinaisons qui y sont contenues.
Une caléfaction moins prolongée suffit déjà pour faire perdre au verre de la potasse ou de la soude et pour le rendre moins fusible. Les tubes de verre qu'on a échauffés long- temps à la lampe demailleur ne peuvent plus être façonnés en boules, et on remarque distinctement à leur surface que la chaleur les a décomposés; le même phénomène s'opère , lorsqu'on conduit à travers un tube échauffé les vapeurs de l'acide hydrochlorique , de l'acide sulfurique et d'autres acides énergiques qui enlèvent de la potasse au verre.
Les espèces de verre qui contiennent de la potasse et de la chaux ou de la potasse et de l'oxide de plomb sont
moins sujettes à cette dévitrification. Les verriers doivent surtout diriger leur attention sur ce phénomène , puisque les vaisseaux de verre dont on échauffe souvent la surface perdent leur éclat. C'est par ce motif que le verre à vitres anglais obtenu par la rotation offre plus d'éclat que le verre à vitre français déployé par l'étendage.
Pour que la fusion du mélange vitriable se fasse le plus promptement possible , il faut employer l'acide silicique dans un grand état de ténuité; car cet acide ne doit pas seulement se combiner pendant la vitrification avec les bases et expulser l'acide carbonique des carbonates alcalins , mais il faut encore, s'il a été ajouté en excès, qu'il puisse se dissoudre complètement dans le verrë formé. Lorsqu'on se sert de quartz pur , comme pour le verre de Bohême , on commence par le calciner au rouge, puis on le projette dans l'eau; par ce moyen il se réduit en petits morceaux, qu'il est ensuite facile de pulvériser sous un bocard. Un verre pour lequel on a employé du sable moins fin ou des morceaux de quartz plus grossiers, présente toujours des places blanches provenant du quartz non dissous. Les bulles qu'on remarque généralement dans le verre résultent de ce que l'acide carbonique n'a pas été chassé complètement.
Les matières premières, telles qu'on les obtient, étant ou humides ou chargés d'eau d'hydratation, doivent être desséchées et fortement échauffées avant qu on puisse les affiner. Autrefois on les frittait dans un four particulier, avant de les porter dans le creuset d'affinage; mais cette méthode est généralement abandonnée aujourd'hui, parce qu elle est désavantageuse.
Les creusets d'affinage se font dans la verrerie même. On prend des creusets mis hors de service, on en dé-
tache soigneusement le verre adhérent , et , après les avoir réduits en poudre fine au moyen d'un bocard ou d'une meule, on mêle la poudre avec de l'argile réfractaire purifiée par la lévigation. On fait sécher les creusets formés de cette pâte en les plaçant long-temps, d'abord dans l'air, et ensuite dans une chambre échauffée ; après quoi on en élève insensiblement la température jusqu'au rouge cerise dans un four particulier. Ces creusets h (jig. 33 ), dont la hauteur est d'environ 2 pieds et qui ont une épaisseur de trois pouces , reposent, dans le four, sur des bancs. Dans le four que je décris ici de préférence , parce qu'il est le plus rapproché de Berlin ( il est établi à une demi lieue d'Oranienbourg), chaque banc supporte trois creusets; l'intervalle entre les deux bancs est utilisé pour un creuset plus petit. La sole elle-même forme une ovale surmontée d'une voûte ; entre les bancs se trouve le foyer qui est rectangulaire. Les grilles de fer b du foyer sont séparées par une cloison en maçonnerie F ; le combustible est jeté sur la grille par les ouvertures c. Le long canal D permet d'arriver jusqu'au-dessous de la grille b , pour en nettoyer les tiges par en bas ; l'entrée de ce canal se ferme au moyen d'une porte , afin qu'on puisse modérer l'affluence de l'air. Les joints de la porte et l'ouverture c livrent passage à une suffisante quantité d'air; mais s'il était nécessaire d'activer le tirage, on n'aurait qu'à ouvrir la porte. Une partie de la flamme sort par les ouvertures o, une autre partie se rend, au moyen des issues g-, dans les ailes du four; là elle échauffe d'abord assez fortement les creusets ce pour qu'on y puisse encore fondre du verre; ensuite elle pénètre dans l'espace k, où elle calcine fortement et dépouille de leur eau les matières qui
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entrent dans la composition du verre , et qui peuvent être introduites et retirées au moyen d'une ouverture /, munie d'une porte; après quoi elle s'échappe en partie par les issues r, en partie par la petite cheminée x ; en outre une partie des gaz chauds qui suivent le même chemin , et qui s'y refroidissent considérablement , passe dans l'espace m , entre par une grille dans l'espace n, qu'on peut remplir de bois au moyen d'une porte ij et va se perdre dans l'air par la petite cheminée z, après avoir fortement desséché le bois.
Les phénomènes qui s'opèrent pendant la caléfaction du mélange, diffèrent évidemment en raison de sa composition. Chaque verrerie a ses recettes pour des espèces de verre déterminées ; cependant la plupart des fabriques doivent alterner avec leurs matières brutes. Une analyse chimique demanderait trop de temps; c'est pourquoi on remplit d'abord un pot de matières nouvelles, et on modifie les proportions du mélange d'après les propriétés du verre qu'il fournit. La composition échauffée presque au rouge dans l'espace k est transvasée dans les creusets incandescens par l'ouverture o; on a coutume d'introduire en trois fois la composition qui doit remplir chaque creuset. Une grande partie de l'acide carbonique du carbonate de potasse a déjà été expulsée par la chaleur, dans l'espace k; il est complètement éliminé dans le pot. L'acide silicique se dissout dans les silicates, et à la surface du bain se rassemble la substance qu on appelle fiel de verre, et qui consiste en chlorure de potassium, en sulfate de potasse, etc. ; on l'enlève avec une cuiller.
Lorsqu'on a employé du sulfate de soude en place du carbonate de potasse ou de soude, la décomposition
chimique qui s'opère pendant la fonte du mélange est un peu plus compliquée; car il faut mêler les sulfates avec assez de charbon pour qu'il se produise de l'acide sulfureux et de l'acide carbonique. La décomposition du sulfate se fait alors en vertu de l'affinité de l'acide silicique pour la base et en vertu de celle du charbon pour l'oxigène de l'acide sulfurique, qui se transforme par ce moyen en un acide dont l'affinité pour les bases n'est que peu supérieure à celle de l'acide carbonique. Au Fichtelgebirge, où cette méthode est appliquée avec succès, on prend , sur oo parties de quartz, 25 parties de sulfate de soude, 2 parties de charbon et 5 "Va parties de chaux. Lorsqu'on ajoute du chlorure de sodium au mélange vitrifiable, ce sel ne peut se décomposer que par le concours de l'acide silicique et de la flamme chargée de vapeur aqueuse,* alors il donne de l'acide hydrochlorique qui se dégage avec la flamme. Mais comme le chlorure de sodium se volatilise déjà à une température rouge, on en perd la majeure partie inutilement; si le mélange renferme de la potasse, il se produit du chlorure de potassium et de la soude.
Ordinairement on ajoute encore une quantité considérable de calcin ou de rognures de verre au mélange vitreux; mais le verre perdant toujours de l'alcali par une nouvelle fusion , on doit alors employer un peu plus de carbonate alcalin. Dans plusieurs fabriques, le calcin s'ajoute pendant qu'on travaille le verre; on l'introduit entre les parois du creuset et un anneau d'argile qui flotte sur le bain; quant au verre qu'on veut façonner, on le cueille dans l'intérieur de cet anneau.
Quelque pures que soient les matières premières dont on fait usage , il est très difficile d'obtenir du verre iniii. 1 3
colore,* cependant il est possible d'effacer quelques unes des couleurs qu'il prend. Il suffit de transformer en deutoxide le fer qui, à l'état de protoxide, développe déjà une couleur verte intense, pour le rendre à peine perceptible dans le verre; souvent l'impureté du verre est aussi due à la présence du charbon. Une légère addition de peroxide de manganèse, d'acide arsenieux, ou de salpêtre opère l'oxidation du protoxide de fer ou du charbon dans le mélange vitreux.
Le bain vitreux ne dissout qu'une quantité très faible de la matière du creuset, dont les parois intérieures ne tardent pas à se recouvrir d'une couche peu fusible formée de la masse du creuset et de celle du verre. Lorsqu'un pareil creuset vient à éclater, ou lorsqu'on s'aperçoit que le verre en sort quelque part, on le casse en poussant dessus avec des leviers par en haut au moyen des ouvertures o. On pratique alors un trou à l'une des deux extrémités du four ; à cet effet , on y a ménagé une porte voûtée dans laquelle se trouvent les ouvertures n et qui est représentée par une ligne sur la figure; après avoir introduit, par cette porte, un nouveau creuset incandescent, on la mure de nouveau.
Le travail du verre n'exige pas une température aussi élevée que l'affinage qui a pour objet de favoriser le dégagement des bulles gazeuses et la dissolution complète de l'acide silicique, du quartz ou du sable; aussi, lorsqu'on veut travailler le verre, laisse- t-on tomber le feu jusqu'à ce que ce corps ait acquis la consistance convenable. L'art de travailler le verre repose sur ce qu'à un certain degré de ramollissement qui dépend de la température, il se laisse étendre en lames et en fils excessivement milices sans qu'il se brise, se déchire ou se
crève; dans cet état, on peut le plier de toutes les manières, lui donner telle forme qu'on veut, le couper comme du cuir et le façonner par le soufflage. En soufflant le verre, il faut que l'ouvrier fasse surtout attention à ce que le refroidissement ait lieu suivant la manière dont les diverses parties de la forme à produire doivent se gonfler. Comme tout courant d'air refroidit la partie qu'il frappe, et qu'il s'établit d'ordinaire un pareil courant de bas en haut, l'ouvrier doit constamment tourner la masse de verre; les parties minces ou effilées se refroidissent plus promptementet perdent par conséquent plus tôt leur état mou que celles qui ont plus d'épaisseur. Voilà pourquoi lorsqu'on effile ou qu'on souffle le verre, celui-ci s'étend toujours aux dépens de la partie la plus épaisse, de celle qui reste le plus long-temps chaude. Je rapporterai la préparation des tubes de verre, des bouteilles et des carreaux de vitres : après cet examen , on pourra aisément se former une idée de la manière dont on confectionne d'autres objets.
La canne que l'ouvrier emploie est composée d'une embouchure a [fig. 34), d'une pièce intermédiaire en bois b et d'un tube en fer c, dont l'extrémité antérieure avec laquelle on cueille le verre, se termine en une boule. Par l'ouverture o du four, l'ouvrier plonge l'extrémité de la canne dans le creuset, où la boule échauffée se garnit d'un peu de verre. Pour façonner de petits vases, il suffit d'une seule immersion; quant aux objets plus grands, l'ouvrier doit cueillir, plusieurs fois afin de rassembler au bout de la canne la quantité de verre qui y entre. Dans ce cas il rafraîchit, après chaque immersion, le verre qui s'est attaché à l'extrémité de sa canne, et lui donne en même temps la forme nécessaire pour le
soufflage, en le faisant tourner dans une pièce de tôle concave, ou dans des fosses pratiquées dans un bloc de bois {fig. 35). Lorsqu'il veut faire des tubes de verre creux, il souffle légèrement dans la canne de manièreà produire une petite cavité à l'intérieur de la masse du verre. Quand le verre attaché à la canne après la dernière immersion a acquis la forme convenable par le mouvement de rotation que je viens de décrire , l'ouvrier le présente à la flamme qui sort par l'ouverture o, et lorsqu'il s'y est ramolli suffisamment , il le retire et y souffle encore un peu en tenant la canne verticalement; un aide soude alors au milieu de la partie convexe du sphéroïde une baguette de fer à laquelle il a fait adhérer un peu de verre (fig. 36), après quoi tous deux s'écartent l'un de l'autre à pas lents. Lorsque les tubes doivent avoir un diamètre de pouce et au delà , il ne faut pas interrompre l'insufflation pendant qu'on effile. Dans cette opération , c'est au milieu que la boule s'alonge d'abord en un canal étroit {fig. 3n); mais l'air ambiant ne tardant pas à la refroidir en cet endroit où elle a peu de masse, lorsqu'on continue de tirer, le verre s'effile des deux extrémités épaisses, ramollies et plus lentes à se refroidir [Jig. 38 ). On met les tubes achevés par terre les uns à côté des autres , après les avoir coupés en petits morceaux; car on obtient de cette manière, par exemple, des tubes thermométriques de ioo pieds de longueur. L'uniformité du filage et par conséquent aussi l'égalité du diamètre intérieur dépendant de la manière dont l'air refroidit le verre, il faut maintenir constamment en rotation la masse qu'on veut façonner en tubes. Cependant il est impossible d'éviter entièrement que le tube de verre ne présente des inégalités dans différens endroits, puisque tout courant d'air
irrégulier qui s'établit dans l'usine opère un refroidissement inégal.
Pour former une bouteille , l'ouvrier se procure par le même moyen une boule qu'il agrandit en y soufflant et en la roulant continuellement sur une pierre (fig. Zg et 4o);il la réchauffe ensuite, et, sans discontinuer l'insufflation et le mouvement de rotation , il la développe dans un moule d'argile ayant la même hauteur que les parois delà bouteille qu'il s'agit de façonner. En même temps, il refoule le verre au moyen de sa canne pour produire Je bord supérieur déprimé et arrondi de la bouteille. Au moyen de l'extrémité antérieure a (fig.^i) d'une plaque de tôle, on enfonce le cul de la bouteille, et , avec la partie plane du même instrument, on égalise le bord inférieur, de manière que la bouteille ne vacille pas quand elle est debout; on couche*alors la bouteille sur la pierre, on l'entame avec un fer en a (fig. 41 ) ou dans un autre endroit situé plus haut ou plus bas, suivant le plus ou moins de longueur qu'on veut donner au col, et on la détache en a au moyen d'un léger choc appliqué contre la canne. L'ouvrier fixe alors un tube de fer au côté opposé avec un peu de verre chaud (fig. 42) 5 et après avoir présenté au feu l'extrémité qu'il vient de couper, il la borde au moyen du bout arrondi a de l'instrument {fig. 43). Si ce bord doit être renforcé d'un cordon, comme pour les bouteilles à vin, l'ouvrier plonge un crochet dans le pot pour en retirer un peu de verre, et quand celui-ci a acquis la consistance nécessaire , il le laisse descendre comme un fil sur le col de la bouteille pendant qu'il la fait tourner autour de son axe.
Pour façonner le verre à vitres l'ouvrier plonge plusieurs fois sa canne dans le pot ; après la dernière fois il
souffle un peu dans la canne. Chaque fois qu'il vient de cueillir une nouvelle quantité de matière, il lui donne la forme convenable en la faisant tourner dans l'eau qui remplit des fosses creusées dans un bloc de bois {Jig. 3f> ); en même temps il sépare autant que possible le verre de la canne au moyen d'un morceau de tôle découpé {Jig. 45 ), de manière que la canne communique par un col avec la masse de verre proprement dite ( fig. 44). Alors il échauffe la boule de verre, et, la tenant au-dessus de sa tête, sans cesser de la tourner, il y souffle très fortement. La partie supérieure de la boule de verre descendant par son propre poids , et l'insufflation exerçant par suite son action principale sur les côtés , l'ouvrier peut par ce moyen donner à la boule le diamètre transversal convenable {Jig. 4°*). Cela fait, il renverse sur-le-champ la ^banne de manière que le verre soit tourné vers le bas, et il l'agite fortement, afin d'alonger le sphéroïde en poire ( fig. 47). Il rapporte maintenant le verre au feu , et , en l'agitant très fortement , il lui donne la longueur convenable. Après quoi l'aide fait adhérer un peu de verre très chaud au point le plus bas a {Jig. 48), qui en devient lui-même tellement chaud , que l'ouvrier n'a qu'à le présenter à la flamme , en soufflant dans la canne ou la bouchant seulement, pour que la pression de l'air, à l'intérieur de la cloche, fasse éclater un trou en cet endroit; on élargit cette ouverture en découpant le verre ramolli avec des ciseaux {Jig. 49)- L'ouvrier échauffe encore une fois l'extrémité antérieure [Jîg.5o), et, en faisant de nouveau décrire à la canne le mouvement d'un battant de cloche, il finit par produire un cylindre, qu'il sépare de la canne en donnant sur celle-ci un léger choc par derrière. Le cylindre ainsi formé {fig. 5i )
est mis de côté, et on en recommence un nouveau. Un autre ouvrier prend le manchon refroidi , le fait tourner autour de son axe, après l'avoir placé sur un fer chaud recourbé ( fig. 5a ) et assujetti sur un tréteau , et touche la ligne échauffée aa ( fig. 53 ) avec le doigt humecté, ce qui détermine la fracture du cylindre dans cette direction. La tête est refondue. Quant au cylindre même , l'ouvrier passe en plusieurs reprises un fer chaud et un peu recourbé sur la ligne ponctuée {fig. 54), et, après avoir entamé le cylindre sur un point de cette ligne avec une pierre pointue, il la touche avec un doigt humecté : le cylindre s'ouvre alors suivant cette ligne. Après avoir préparé un certain nombre de cylindres refendus, on échauffe le four à étendre; trois jours sont ordinairement consacrés à la confection des manchons. On introduit le bois par-l'ouverture n {fig. 55) ; la flamme entre par les ouvertures aOiOO dans l'espace d'étendage, et par l'ouverture dans l'espace de recuisson. L'air chaud peut s'échapper par le canal A , par l'ouverture 3, par les ouvertures de travail d et c et par l'ouverture e, qui reste fermée lorsque la chaleur n'est pas trop grande. Quand le four a atteint la température a laquelle le verre se ramollit, on ferme l'ouverture de l'espace de recuisson uO. Après quoi on fait avancer, par le canal A, autant de cylindres que possible vers l'espace à étendage pour qu'ils s'échauffent insensiblement. Le canal A communique par une voûte avec l'espace d'étendage. On étale une feuille de verre épaisse sur une pierre plate G, et l'on jette dans le feu un peu de gypse moulu fin , qui , entraîné par le courant d'air, vient saupoudrer la feuille de verre, et empêche ainsi le verre d'adhérer à cette première feuille qu'on nomme lagre. Pour avoir un sup-
port propre et uni , on laisse le lagre dans le four aussi long-temps que dure letendage. Au moyen d'une perc^ie {fig- 56) > letendeur placé devant l'ouverture c, retire du canal A par la voûte un cylindre, qu'il dépose d'abord entre les ouvertures 1O1O, et ensuite sur le lagre, et il affaisse alors les deuxcôtés à droite età gauche avec le même instrument [fig. 5y); après quoi il prend un rabot de bois convenablement emmanché qu'il fait glisser plusieurs fois à la surface du verre, de manière à donner à celui-ci des faces très planes, et il pousse alors le carreau dans le fourneau à recuire, sur la plaque D, par la voûte i qui est très basse. Dès que le carreau s'est assez refroidi pour ne plus se gauchir, un autre ouvrier qui se trouve devant l'ouverture d , le saisit au moyen d'une fourche {fig. 58) et lui donne une position verticale; il appuie les premières tables de verre contre le mur et les suivantes contre les baguettes de fer ss qui se trouvent dans le four à recuisson. Quand le four est plein, on en mure toutes les ouvertures extérieures, pour qu'il se refroidisse graduellement. Cela fait , on n'a plus qu'à défourner les carreaux, qui sont maintenant achevés.
Le verre, qu'on laisse refroidir brusquement, se trouve, après le refroidissement, dans un état de tension qui se manifeste principalement par la manière dont il se comporte avec la lumière polarisée. Ce phénomène s'o père surtout lorsque l'intérieur d'une masse de verre est encore mou , tandis que l'enveloppe extérieure devient déjà solide et s'est considérablement refroidie ; car alors la masse intérieure éprouve encore du retrait , quand l'enveloppe extérieure s'est déjà contractée. Un pareil verre éclate sur-le-champ dès qu'on vient à augmenter sa ten-
sion par un changement de température. La meilleure manière de produire cet état forcé consiste à laisser tomber des gouttes de verre fondu dans de l'eau ; il suffit de casser la pointe qui termine le globule et qui provient de ce que le verre a filé pendant un instant avant de se détacher de la canne, pour que tout le globule vole en poussière impalpable. Les petites boules qu'on obtient dans les verreries, en soufflant de petites masses de verre pour juger de l'état du verre dans les creusets pendant la fonte, et qu'on expose ensuite à un refroidissement rapide, sautent en éclat, lorsqu'on y laisse tomber une petite pierre. Dans ce cas , la force de ressort est tellement grande qu'on n'a qu'à l'augmenter un peu pour la rendre supérieure à la force de cohésion; de même que la moindre incision détermine subitement la rupture d'une pièce de drap tendue à un point voisin de celui où elle se déchirerait d'elle-même. En revanche, le même verre supporte sans casser l'action d'une force très grande qui diminue sa tension ; c'est ainsi qu'on peut frapper les boules en dehors sans les briser.
C'est pour cette raison que tous les ustensiles de verre doivent passer lentement de la chaleur rouge à la température ordinaire; on atteint ce but soit en employant des fours qu'on échauffe jusqu'au rouge et dont on mure toutes les issues , après l'introd uction du verre , pour que le refroidissement se fasse d'une manière très lente, soit en poussant insensiblement les vaisseaux de verre contenus dans des gazettes, de la partie chaude du fourneau vers une autre partie plus froide.
Le verre est parfaitement élastique, ainsi que je l'ai déjà rapporté (t. i, p. 356); lorsque, par une flexion trop forte, on dépasse la limite de l'élasticité, il se brise. Flus
une baguette d'un corps parfaitement élastique est mince, plus on peut la courber sans qu'elle casse. Le verre filé est assez flexible pour qu'on puisse lui donner la forme d'un anneau. En faisant chauffer un fil de verre, on voit très distinctement qu'il se courbe vers le côté qui s'échauffe le premier et qui par conséquent se dilate plus que le côté opposé. Lorsqu'une grosse baguette ou une plaque épaisse de verre vient à éprouver une pareille dilatation sur un côté, il s'opère une rupture de la même manière que dans l'exemple précédent il s'est fait une courbure. Pour les expériences chimiques et pour d'autres expériences dans lesquelles la température varie brusquement, il faut par conséquent prendre toujours du verre très mince et très bien recuit. Il est donc très à propos d'essayer les vaisseaux de verre , avant de les employer, en les plaçant dans de l'eau bouillante.
Le verre dont on fait usage dans les expériences de chimie, ne doit être attaqué ni par l'eau, ni par les acides; il faut donc que l'eau ou l'acide muriatique qu'on a fait bouillir pendant quelque temps dans les vases de verre, ne laisse pas de résidu par l'évaporation sur une feuille de platine.
J'ai déjà rapporté précédemment (t. i , p. 81) le principe sur lequel repose la propriété qu'ont les diamans bruts de couper le verre; on fait porter le diamant sur le verre de manière que le milieu de l'arête curviligne de deux faces se trouve dans le prolongement du manche de la monture, pour qu'en tenant le manche perpendiculairement, l'arête ait prise sur le verre. Le diamant lui-même est enchâssé dans un cadre rectangulaire {fig. 59), dont les faces les plus larges ont une direction parallèle à l'arête curviligne du diamant , et il ans lequel
le manche peut tourner un peu. Au moyen de cette dernière disposition, on peut découper des disques de verre, en appliquant le diamant contre un cercle. Pour fendre le verre suivant une ligne droite , on appuie le diamant contre une règle..
On peut pratiquer des trous ronds dans les vases de verre, soit en ouvrant de petites bulles avec un marteau pointu, soit en perçant le verre et élargissant l'ouverture à volonté au moyen d'une lime triangulaire, aiguè et mouillée avec de l'huile de térébenthine, soit en taillant un trou avec de 1 emeri et à l'aide d'un cylindre creux en cuivre, que l'on peut faire tourner rapidement autour de son axe par le moyen d'un archet à trépan.
Pour couper un tube, on l'entaille avec l'angle d'une lime ou avec le tranchant d'un couperet, et, en appliquant les ongles des deux pouces sur le côté opposé au trait (Jig. 60), on appuie sur les deux extrémités comme pour élargir la fente.
Pour couper le col d'un niatras, on l'entoure avec un fil de coton imprégné d'huile de térébenthine, et on y met le feu 5 il suffit ensuite de toucher le cercle chaud avec un doigt humecté, ou de verser de l'eau dessus, pour que le verre casse en cet endroit. Néanmoins il faut ordinairement avoir recours aux crayons de Berzélius. On prépare ceux-ci en laissant agir de l'eau chaude sur un mélange d'une partie de gomme arabique et une partie de gomme adragant, jusqu'à ce qu'on ait obtenu une masse mucilagineuse. Les gommes et l'eau doivent former ensemble 10 parties; on y ajoute 1/e de résine benjoin dissous dans le moins possible d'alcool, et en suite assez de poudre de brindilles carbonisées (le mieux est de prendre du charbon destiné à la fabrication de la
poudre), ordinairement ioà iî parties, jusqu'à ce qu'on obtienne une niasse cohérente, que l'on pétrit soigneusement et qu'on roule ensuite pour la réduire en cylindres de la grosseur d'un étui de plume. Après avoir entamé le verre avec une lime triangulaire, on tient la pointe rouge du crayon à une petite distance de l'endroit entamé , dans la direction suivant laquelle on veut obtenir la fente, et on l'approche très lentement de l'entaille [fîg. 61): parce moyen, le verre se fend environ jusqu'à l'extrémité de la ligne échauffée ; ensuite on présente de nouveau le charbon à un petit éloignement de l'endroit où la fente s'est arrêtée, et on l'en approche encore. En répétant cette opération, on peut prolonger et diriger la fissure avec la plus grande certitude.
Les tubes de verre qui se ramollissent encore au-dessus de la lampe à esprit de vin à double courant d'air se courbent le mieux au moyen de cette lampe; quant aux tubes plus forts, on les entoure de charbons ardens et on les courbe très lentement quand ils commencent à fléchir.
On se sert delà lampe d'émailleur pour faire une foule d'appareils avec des tubes de verre. Confectionnée avec du fer-blanc, cette lampe repose dans un godet de tôle et elle a une longueur de 7 pouces et une hauteur de 1 J/a pouce (Jig. 62). La mèche passe par une bobèche ovale, ce qui fait qu'elle a également une forme ovale; son grand diamètre est d'environ un pouce et demi, et son petit diamètre de trois quarts pouce. On la confectionne en prenant du coton filé et l'assemblant en un faisceau autour duquel on fait passer un fil pour qu'il ne se défasse pas. Le combustible qu'on préfère est l'huile de navetteépurée. Avant dese servir de la lampe et pour que
l'huile s'enflamme promptement, on imbibe chaque fois le bord supérieur de la mèche avec quelques gouttes d'essence de térébenthine, qui est plus inflammable que l'huile. On peut à volonté diviser la flamme en deux parties en pratiquant une cloison dans la bobèche; le courant d'air est fourni par le soufflet que j'ai déjà décrit (t. i, p. 263) et dont la tuyère passe à travers la table de travail; à cette tuyère est fixé un tube de laiton recourbé, auquel s'adapte un tube de verre dont l'extrémité antérieure a un diamètre d'environ 1 Va liane. Lorsque le tube de verre s'est encrassé , on en prend un autre, et on fait brûler devant la lampe la suie qui s'est attachée au premier tube, sans cependant ramollir celuici , puisque les bords du bec doivent être tranchans, pour donner un bon courant d'air. Une bonne flamme ne luit que peu , et son extrémité est arrondie ; la flamme n'est pas bonne si le courant d'air ne produit pas un son bruyant particulier.
Avant de travailler les tubes de verre, on les nettoie et on les fait chauffer pour les débarrasser de la poussière et de l'humidité. Lorsque les tubes sont épais, on en élève graduellement la température, pour les tenir finalement dans la partie la plus chaude de la flamme, qu'on ne tarde pas à découvrir au moyen de quelques essais et de la connaissance de diverses parties de la flamme ( t. 1 , p. 2.37); quant aux tubes minces on les plonge immédiatement dans cette partie de la flamme.
Pour émousser les bords tranchans d'un tube, on l'échauffé au point convenable pour le ramollir. Lorsqu'on ne veut pas seulement border le tube, mais encore l'évaser, on le ramollit au feu, et, au moyen d'une tige métallique inclinée vers l'axe du tube, on presse contre les
bords, en agitant sans cesse {fig. 63) tant l'instrument que le tube.
Pour étrangler un tube en un ou plusieurs endroits, on l'échauffé là où on veutle rétrécir, et on l'alonge d'une petite quantité en le tirant doucement. Veut-on effiler un tube, on le fait chauffer en le tournant constamment, et, quand il s'est ramolli assez, on le retire du feu, et on le tire sans discontinuer le mouvement de rotation. Lorsqu'on tire le verre sans le sortir du feu } et qu'on écarte le bout b par un mouvement de translation , l'autre bout se détache en a {fig. 64). Cm échauffe plusieurs fois ce bout en a, et on y souffle chaque fois, pour l'arrondir en goutte de suif. Ce sont ces tubes scellés par un bout qu'on emploie le plus fréquemment dans les expériences chimiques. Lorsqu'on veut sceller un tube à l'une de ses extrémités, on y soude un petit tube auxiliaire, on l'échauffé assez pour le ramollir près du bout et on l'étiré.
Veut-on souder ensemble des tubes de verre , on échauffe l'endroit où il s'agit d'établir la jonction , on le touche avec un mince tube auxiliaire et on le tire en pointe {fig. 65). Après avoir réchauffé cette pointe, on souffle assez fortement dans le tube pour qu'elle se crève en entonnoir, et, en enlevant à la lime le verre mince de la boule crevée, on obtient une ouverture ronde à bords évasés {fig. 66). On prépare de la même manière l'autre tube en faisant en sorte que les deux oriflces qu'on veut juxta-poser coïncident exactement. Cela fait, on chauffe simultanément les deux parties à souder, et on les superpose au moment où elles entrent en fusion, puis les refoulant un peu, continuant à chauffer tous les points de contact, et soufflant pour terminer la soudure,
les deux tubes font bientôt corps ensemble et la jonction est intime.
Pour souffler une boule à l'extrémité d'un tube, on le scelle par un bout en goutte de suif, et, après avoir chauffé jusqu'au rouge-blanc une portion plus ou moins longue de ce bout suivant la grosseur qu'on veut donner à la boule, on retire le tube du feu et on développe la sphère en soufflant par petites saccades et sous un mouvement continuel de rotation. Lorsqu'on veut façonner une boule volumineuse, on échauffe une grande partie du bout, jusqu'à ce qu'on y ait rassemblé une quantité suffisante de matière. Veut-on souffler une boule au milieu d'un tube, on ramollit la zone à gonfler en refoulant un peu le cylindre sur lui-même pour accumuler le verre, et après avoir élevé la température jusqu'au rouge-blanc, on développe la sphère comme il vient d'être dit. Cependant on suit ordinairement une autre méthode pour produire une boule au milieu d'un tube : on prend un tube plus large que celui qu'on veut garnir d'une boule, on l'effile en deux points e et i (Jig. 67) dont la distance correspond aux dimensions de la boule, et , après avoir façonné en sphère le cylindre entre deux pointes ainsi obtenu , on soude deux tubes a et b très près de la boule en e et i.
Telles sont les règles qui servent de base au travail des tubes. Quant à la manière de confectionner des instrumens et des appareils particuliers, tels que thermomètres, baromètres, etc., j'en traiterai avec détail à propos de ces instrumens mêmes.
V erre d'os. On l'obtient en ajoutant environ 10 pour cent d'os calcinés et 8 pour cent de minium au mélange qu'on emploie pour fabriquer du verre blanc; le verre
qui a cette composition est transparent à chaud ; mais il devient laiteux en refroidissant. On l'emploie pour faire des verres de lampes, des échelles de thermomètres, etc.
Verre coloré. Le verre dissout un grand nombre d'oxides métalliques, qui s'y trouvent alors à l'état de silicates. L'oxide de cobalt colore le verre en bleu, le protoxide de fer en vert; le deutoxide de cuivre et l'oxide de chrome donnent, surtout le dernier, le plus beau verre vert. Le deutoxide de manganèse produit une couleur violette; pour être sûr que le deutoxide de manganèse ne passe pas à l'état de protoxide, on ajoute un peu de salpêtre au mélange vitrifiable. Un mélange de parties égales d'oxide de cobalt et de fer oxidé teint le verre en noir. En évaporant à siccité un verre riche en oxide de plomb avec de l'oxide d'étain et une dissolution d'or et calcinant le résidu au rouge, on obtient un verre pourpre dans la partie fuligineuse de la flamme. Le protoxide de cuivre produit une coloration de rouge intense; c'est principalement à l'état d'enduit mince qu'on emploie le verre teint par cet oxide. Pour produire un enduit pareil, on fait fondre dans un creuset du verre ordinaire et dans un autre du verre mêlé avec du deutoxide de cuivre, on plonge la canne d'abord dans le verre cuprifère et ensuite dans le verre non coloré, et, après avoir formé par le soufflage les vases qu'on veut confectionner, on présente le côté vert du verre à la flamme de réduction : par ce moyen , le deutoxide de cuivre se convertit en protoxide et la couleur verte passe au rouge intense; on peut produire des ornemens sur le verre en enlevant la couverte rouge par places à l'aide de la taille.
Pour peindre sur verre en couleurs vitrifiables, on fait fondre les oxides métalliques colorans avec du verre très fusible et différant d'après la nature des oxides métalliques, par exemple, avec un mélange de 2 parties de quartz, 2 1/i parties d'oxide de plomb et 1 partie d'oxide de bismuth, ou, si les couleurs ne résistent pas aux oxides de bismuth et de plomb, comme c'est le cas pour l'oxide de cobalt, avec un mélange de 2 parties de quartz, 1 'A partie de borax fondu, V4 partie de salpêtre et V4 partie de carbonate de chaux pur. On réduit en poudre fine les verres colorés et très fusibles obtenus de cette manière, et, après les avoir gâchés avec de l'huile de térébenthine, on les applique au pinceau sur un verre très siliceux, le mieux sur celui qui porte le nom de verre de Bohême. Le verre peint est échauffé avec ménageraient dans la mouffle, de manière que la couleur entre en fusion tandis que l'autre verre reste intact.
Le strass obtenu en faisant fondre ensemble 3oo parties de cristal de roche réduit en poudre fine, 470 parties de minium, i63 parties de potasse pure et 22 parties de borax, ressemble tout-à-fait au diamant après qu'il a été taillé. Fondu avec différens oxides métalliques colorans, il donne d'autres flux vitreux, qui imitent parfaitement les pierres gemmes; avec 1 pour cent, de deutoxide de fer, il produit la topaze, avec 2 V3 pour cent de deutoxide de manganèse, le rubis, avec 1 »/a pour cent d'oxide de cobalt, le saphir factice. Cependant il est très facile de reconnaître ces pierres précieuses artificielles à leur peu de dureté et à leurs propriétés optiques , qui sont celles du verre.
L'émail n'est autre chose qu'un verre plombifère mêlé m. 14
avec de l'oxide d etain, qui ne s'y dissout pas, mais ne fait que se délayer dans le verre liquide, de sorte qu'en raison de sa couleur blanche intense, il produit par le refroidissement une masse vitreuse de la même couleur. Pour le préparer, on fait oxider dans un moufle et au contact de l'air un alliage de 10 parties de plomb et d'au moins i Va partie d etain ; on prend 10 parties de l'oxide séparé du métal non oxidé par la lévigation, on les fait fondré avec 5 parties de sable pur et 4 parties de carbonate de potasse, et on décolore la fonte au moyen d'une très petite quantité de peroxide de manganèse. L'émail s'applique sur le cuivre , l'or et l'argent. Les cadrans des horloges sont des plaques de cuivre enduites d'un émail semblable ; pour les confectionner , on décape le cuivre avec de l'acide nitrique étendu, on y applique ensuite une couche d'émail rédujt par la pulvérisation et l'ablution en un sable fin et d'un grain à peu près égal ; et, après avoir soigneusement desséché la couverte au moyen d'une douce chaleur, on la fait cuire dans un moufle ; on couvre alors toute la surface d'une nouvelle couche d'émail plus fin. Si quelques places sont restées à nu , on commence par les nettoyer avec de l'acide nitrique, puis on les couvre de l'émail atténué par la lévigation , et on les reporte dans le moufle. Pour tracer les nombres et l'écriture, ou en général pour appliquer les couleurs au feu , on emploie des verres teints par des oxides métalliques et très fusibles, comme dans la peinture sur verre (t. 3 , p. 209).