‹ Élemens de chimie [electronic resource] (volume 2)Chapitre 16 sur 118 · I. Acide sulfurique · texte numérisé non relu

I. Acide sulfurique

On peut obtenir l'acide sulfurique tant à l'état d'acide anhydre qu'à celui de combinaison avec trois proportions différentes d'eau ; l'acide anhydre et le premier hydrate s'extraient de l'huile de vitriol de Nordhausen. Le deuxième hydrate est celui qu'on désigne sous le nom d'acide sulfurique anglais; en y ajoutant plus d'eau on forme le troisième hydrate. L'acide sulfurique anglais et l'huile de vitriol de Nordhausen sont partout répandus dans le commerce.

L'huile de vitriol de Nordhausen est une dissolution du premier hydrate dans le deuxième ; exposé à la température o°, le premier hydrate s'en sépare en cristaux; par la caléfaction cet hydrate se décompose en deuxième hydrate et en acide sulfurique anhydre. Il va sans dire que l'huile de vitriol de Nordhausen donne les mêmes produits au moyen d'un traitement semblable. On obtient l'acide sulfurique anhydre en échauffant lentement au bain de sable l'huile de vitriol de Nordhausen contenu dans une cornue et recueillant les vapeurs

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qui passent dans un flacon qu'on maintient froid et qu'on peut ensuite fermer à l'émeri. Lorsqu'on n'en veut préparer qu'une petite quantité, on peut procéder à l'opération au-dessus de la lampe à esprit-de-vin. L'acide sulfurique anhydre est une masse cristalline, asbestiforme , tenace , qu'on peut pétrir entre les doigts secs comme de la cire; à i8"sa pesanteur spécifique est de 1,0,7 ? un Peu au-dessus de 3o°il entre en ébullition; pour l'obtenir fondu on doit le placer dans du sable d'une température d'environ 2D°, mais lorsqu'on l'échauffé trop brusquement il prend avec promptitude la forme gazeuse et peut occasioner une explosion. La vapeur de l'acide sulfurique anhydre est incolore ainsi qu'on peut l'observer très bien lors de la distillation. Echauffées dans la vapeur de l'acide, la chaux ou la baryte pures deviennent incandescentes et développent les mêmes phénomènes de combustion qui accompagnent la combinaison de corps simples.

La combinaison de l'acide anhydre avec l'eau se fait avec dégagement de beaucoup de chaleur; une parcelle de cet acide qu'on projette dans l'eau produit le bruit du fer rouge en contact avec le même liquide ; si l'on ne prend que l'eau nécessaire pour former le deuxième hydrate et que les quantités soient un peu grandes, qu'il y ait , par exemple, une drachme d'acide, il se manifeste un phénomène igné avec une explosion qui fait éclater les vases dans lesquels on opère le mélange. La propriété de fumer à l'air, qui caractérise l'acide anhydre, repose sur ce qu'en se volatilisant il se combine avec l'eau atmosphérique pour former un hydrate qui n'entre en ébullition qu'à 326° et qui par conséquent est beaucoup moins volatil que l'acide anhydre; lorsqu'on

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prépare l'acide anhydre au moyen de l'huile de vitriol de Nordhausen il se produit par la même raison au commencement de la distillation, dans le col de la cornue et dans le récipient, des vapeurs blanches qui sedissipent après. Ce n'est que difficilement qu'on peut obtenir le premier hydrate exempt du second; on ne peut atteindre ce but qu'en faisant fondre a différentes reprises les cristaux produits et décantant chaque fois le liquide qui ne se cristallise pas; ou bien, en changeant de récipient au moment où passe l'acide le plus concentré, lorsqu'on extrait l'acide sulfurique du vitriol de fer comme je l'indiquerai bientôt. Dans le premier cas on obtient le premier hydrate sous forme de cristaux à faces bien achevées , dans le dernier cas sous celle d'une masse solide et cristalline qui persiste dans cet état à la température ordinaire de l'atmosphère , si elle est exempte de deuxième hydrate. Il résulte d'une expérience faite avec le premier hydrate que l'oxigène de l'eau y est à celui de l'acide comme i : 6.

Une fois que l'acide anhydre ou le premier hydrate ont attiré l'humidité de l'air ou qu'on y a ajouté de l'eau, on ne peut plus produire par la chaleur un degré de concentration supérieur à celui quiconstitueledeuxième hydrate, savoir, l'acide sulfurique anglais ou ordinaire , lequel entre en ébullition à 320°. Cet hydrate contient une quantité d'eau telle que l'oxigène de celle-ci est à celui de l'acide comme i : 3; on ne peut éliminer cette eau qu'au moyen d'une base énergique. Lorsqu'on ajoute une quantité pesée d'acide sulfurique à une quantité également pesée d'oxide de plomb fondu et pris en excès, l'eau se trouve expulsée , et en pesant le sulfate de plomb ralciné on trouve que l'eau ainsi dégagée s'élève à 18 i/a

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pour cent de l'acide sulfurique. Cet hydrate se solidifie à — 34° et a une pesanteur spécifique de i ,85. Si 1 on y ajoute encore une fois autant d'eau qu'il en contient déjà et qu'on laisse refroidir la liqueur jusqu'à o°, celle-ci fournit de grands cristaux qui se fondent à 4°> ont une densité de 1,78 et sont composés de manière que l'oxigène de l'eau soit à celui que l'acide comme 2 : 3, en vertu d'une expérience faite sur eux.

Lorsqu'on ajoute de l'eau au deuxième hydrate., la combinaison chimique de l'acide sulfurique avec l'eau développe une température tellement élevée, qu'il peut en résulter une explosion si l'on n'opère pas avec précaution • l'addition d'acide sulfurique à l'eau peut se faire sans danger, en imprimant un mouvement giratoire à l'eau, au moyen d'une baguette de verre, et versant l'acide, par un filet mince, au milieu du tourbillon.

Lorsqu'on mélange de l'acide sulfurique et de l'eau, il s'opère une condensation; par exemple, parties égales d'acide sulfurique et d'eau, ramenées après la mixtion à

la température primitive se contractent de ^ , de sorte

que de 100 parties en volume résultent à peu près 97 parties. Moins on ajoute d'eau à l'acide sulfurique, et plus la contraction est grande, sans cependant qu'il existe à cet égard de loi déterminée; de sorte qu'on a dû chercher par des expériences la quantité d'acide sulfurique qui se trouve dans un acide d'une densité connue, c'est-à-dire, qu'on a dû ajouter des quantités données d'eau à une quantité d'acide également donnée et évaluer la pesanteur spécifique de chaque liqueur obtenue. Je rapporterai à la fin de ce livre élémentaire la table qu'on a construite d'après ces expériences, comme aussi celle relative au point d ebullition de l'acide sulfu-

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rique dilué suivant le contenu en eau. On concevra facilement l'utilité de cette seconde table. En effet, la condensation qui se fait lors de l'addition des premières quantités d'eau à l'acide sulfurique est tellement considérable , qu'il serait difficile de déduire exactement de la pesanteur spécifique le contenu d'un acide dont la pesanteur spécifique serait comprise entre i,85 et 1,78; au contraire le point d'ébullition éprouve des variations si grandes avec le contenu en eau que l'acide d'une densité de 1,78 bout à 224°, par conséquent à une température de 1020 inférieure au point d'ébullition de l'acide dont la densité est de i,85.

Le terme d'ébullition de l'acide sulfurique s'élève insensiblement lors de la concentration, à mesure que l'eau s'évapore. On ne remarque point de ces sauts brusques qui se font lorsque des combinaisons chimiques en proportions définies se trouvent détruites, de sorte qu'il paraît en résulter, que la* combinaison chimique de l'acide sulfurique avec l'eau qui s'échappe pendant la concentration, a déjà été dissociée précédemment et que l'eau est seulement retenue par la faculté dissolvante de l'acide sulfurique ; de la même manière que l'affinité entre le sel marin et l'eau cesse déjà à o°, bien que le sel marin élève de 90 le point d'ébullition de l'eau où il se trouve dissous à saturation.

A une chaleur rouge intense l'acide sulfurique se décompose en oxigène et en acide sulfureux, comme on peut s'en convaincre en faisant passer la vapeur de l'acide sulfurique à travers un tube de porcelaine incandescent.

Il n'y a qu'un seul sulfate, savoir : le vitriol de fer, dont on puisse se servir avec avantage pour préparer

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l'huile de vitriol de Nordhausen au moyen de la caléfaction. Car les sulfates se comportent très différemment à une température élevée; ceux qui contiennent une hase énergique, par exemple, le sulfate de potasse ou le sulfate de haryte résistent à la chaleur la plus intense. Le sulfate de deutoxide de cuivre ne se décompose qu'à une forte chaleur rouge en deutoxide de cuivre qui reste, et en acide sulfurique qui se dégage sous forme d'oxigène et d'acide sulfureux. Le sulfate d'alumine offre les mêmes phénomènes, hien que l'alumine appartienne aux bases faibles. Le sulfate de fer au contraire, dont la base est encore moins puissante que l'alumine, se décompose à une température tellement basse que ni l'acide sulfurique ne s'y décompose ni le sel n'y perd auparavant la totalité de son eau. Quant à l'eau de cristallisation, quelques sels, par exemple le sulfate de deutoxide de cuivre et le sulfate de protoxide de manganèse, en retiennent les dernières proportions avec une affinité si énergique, qu'ils ne la perdent qu'à une chaleur rouge, tandis que d'autres sels, par exemple le sulfate de soude, n'y exercent plus d'affinité bien au-dessous du point d'ébullition de l'eau. Le vitriol de fer est composé d'acide sulfurique, de protoxide de fer et d'eau; l'oxigène du protoxide de fer est à celui de l'eau comme i ; y, et à celui de l'acide comme i : 3. 100 parties de vitriol de fer renferment a5,36 de protoxide de fer, 28,91 d'acide sulfurique et 45, 73 d'eau. Une chaleur inférieure à celle où le sel se décompose, lui fait perdre six proportions ou 39,18 pour cent d'eau. Lorsqu'on 1 échauffe plus fortement, le protoxide de fer s'oxide aux dépens de l'acide sulfurique et se transforme en deutoxide en absorbant moitié autant d'oxigène qu'il en contient; par ce moyen la

moitié de l'acide sulfurique se décompose et se transforme en acide sulfureux qui se dégage. En même temps il passe de l'acide sulfurique aqueux et il reste du sulfate de deutoxide de fer basique combiné encore avec un peu d'eau. C'est seulement lorsque l'acide sulfureux a cessé de se développer que ce sel est décomposé à son tour par une chaleur plus forte; de l'acide sulfurique et de l'eau se dégagent soit à l'état de premier hydrate, soit à celui de deuxième hydrate mêlé avec de l'acide sulfurique anhydre, et il reste du deutoxide de fer. L'huile de vitriol de Nordhausen se prépare dans des fabriques particulières qu'on ne peut établir que dans les endroits où le vitriol de fer s'obtient à bas prix; la contrée de Carlsbad et le Hartz sont sous ce rapport les plus favorisés. Quant à la fabrication du vitriol de fer même , je la rapporterai en traitant de ce sel. On commence par le griller en plein air sur une platine jusqu'à ce qu'il ait perdu toute l'eau qu'on peut en expulser sans le décomposer et on l'introduit ensuite dans des pots ou cruches de terre cuite qu'on place des deux côtés d'un fourneau de galère en trois rangées superposées. Dans chaque rangée se trouvent vingt pots pareils les uns à côté des autres; les pots des deux côtés du fourneau de galère se touchent par leurs fonds, de sorte que ce fourneau est dépourvu de cloison mitoyenne et que les 120 pots sont échauffés par un seul foyer. La longueur des pots est de 1 1/2 pied, le diamètre est de 3 pouces. On les échauffe lentement jusqu'à ce que l'acide sulfurique commence à se développer; alors on y adapte un récipient i (fig. 6), contenant 1/4 livre d'eau, de manière que son col entre dans le pot v, pour empêcher que le lut qui sert à fixer le récipient au pot

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ne tombe dans l'acide sulfurique. Dans chaque pot on renouvelle quatre fois le vitriol de fer grillé pour le soumettre à la distillation, jusqu'à ce que l'acide sulfurique ait atteint le degré de concentration requis. On peut également transformer l'acide sulfurique ordinaire en huile de vitriol de Nordhausen , en le versant sur du deutoxide de fer, et faisant chauffer quelque temps la combinaison ainsi produite jusqu'à ce qu'une partie de l'eau soit éliminée , adaptant alors un récipient et don nant d'un feu plus actif; de cette manière on peut utiliser plusieurs fois le même deutoxide de fer. On peut aussi obtenir l'huile de vitriol fumant de Nordhausen en calcinant le sulfate acide de potasse ou de soude qui laissent des sulfates neutres pour résidu. Le principal usage de l'huile de vitriol de Nordhausen consiste à dissoudre l'indigo.

La fabrication de l'acide sulfurique anglais ou ordinaire repose sur l'expérience suivante. Lorsque de l'acide sulfureux, obtenu par la combustion du soufre dans l'air atmosphérique, vient à se mêler avec du deutoxide d'azote et de l'air atmosphorique humide, le deutoxide d'azote, en se combinant avec l'oxigène de l'air, produit de l'acide nitreux, qui cède l'oxigène acquis à l'acide sulfureux pour former de l'acide sulfurique. On peut faire cette expérience en petit, en conduisant d'un matras a (ftg. 7) dans un vaisseau spacieux en verre de l'acide sulfureux préparé , ainsi que je l'expliquerai bientôt plus au long, par la caléfaction de l'acide sulfurique avec des copeaux de cuivre , et versant de l'acide nitrique sur des copeaux de Cuivre contenus dans un autre matras b, au moment où l'acide sulfureux commence à se développer. L'acide nitrique agissant sur le

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, cuivre sans qu'il soit nécessaire d'employer la chaleur , . du deutoxide d'azote entre dans le grand vaisseau de i verre ; ce gaz absorbe l'oxigène de l'air contenu dans le i vaisseau et passe à l'état d'acide nitreux qui apparaît en i vapeurs rouges et abandonne l'oxigène ainsi obtenu à l l'acide sulfureux pour produire de l'acide sulfurique. lUne condition indispensable à la formation de l'acide >sulfurique est, qu'une certaine quantité d'humidité soit ^présente, car l'acide sulfureux sec n'agit pas sur l'acide I nitreux; cependant le deutoxide d'azote se trouve mé- , langé avec une suffisante quantité de vapeur aqueuse, eet l'on peut aussi verser un peu d'eau sur le fond du vvaisseau en verre. Si l'on conduit l'opération de manière qqu'il y ait dans le vaisseau de verre un grand excès d'air i atmosphérique et d'acide sulfureux , en y faisant arriver uun courant non interrompu d'acide sulfureux et injectant de l'air au moyen d'un tube c , il se forme continuellement de l'acide sulfurique qui tombe au fond du i vaisseau en verre et s'y dissout dans l'eau. La transformation de l'acide sulfureux en acide sulfurique étant fondée sur ce que le deutoxide d'azote prend à l'air de l'oxigène qu'il cède à l'acide sulfureux en repassant à l'état de deutoxide d'azote, pour reprendre del'oxigène à l'air et le céder encore à l'acide sulfureux, et ce phénomène se répétant un grand nombre de fois, une très petite quantité :1e deutoxide d'azote peut suffire pour transporter l'oxigène d'une grande quantité d'air sur une quantité considérable d'acide sulfureux; à la fin il reste un mélange I de deutoxide d'azote et d'air désoxidé qu'il faut évacuer I oour le remplacer par de l'air nouveau, et qu'on ne peut Iplus utiliser ultérieurement. Pour la fabrication de l'a- :ide sulfurique en grand d'après cette méthode on

compte que sur 100 parties de soufre ou 199,42 d'acide sulfureux il faut environ 2,96 parties de deutoxide d'azote; or, ces 2,96 parties ne renfermant que i,58d'oxigène, on voit que le deutoxide d'azote ne saurait contribuer à la formation de l'acide sulfurique par son contenu en oxigène.

Mais si l'on opère de manière qu'une grande quantité de deutoxide d'azote se mêle dans le vaisseau de verre avec de l'acide sulfureux et de l'air atmosphérique , on remarque la formation d'un corps solide qui se dépose sur les parois du vaisseau, ou bien y apparaît au milieu et tombe au fond sous forme de flocons cristallins toutà-fait semblables à la neige. Ce corps est la combinaison de l'acide sulfurique avec l'acide nitreux dont j'ai déjà fait mention précédemment. Lorsque ce corps cristallin arrive en contact avec de l'eau , il se décompose en acides sulfurique et nitrique qui se dissolvent dans ce liquide, et en deutoxide d'azote qui se dégage. La décomposition de ce corps solide entraînant la perte du tiers de l'acide nitreux pour le reste de l'opération, lorsqu'il se forme dans la fabrication de l'acide sulfurique, il faut employer une grande quantité de deutoxide d'azote, si la production de l'acide sulfurique ne doit pas cesser bientôt. Lorsqu'on a versé beaucoup d'eau pure sur le fond du flacon, l'acide sulfureux s'y dissout, ce qui entrave aussi la formation de l'acide sulfurique.

Tous ces phénomènes qu'on peut de cette manière poursuivre en petit se reproduisent dans la fabrication de l'acide sulfurique en grand. En ayant scrupuleusement égard aux circonstances qui se développent dans cette fabrication on est parvenu, au moyen d une dépense d'au plus 8 pour cent de salpêtre, à convertir presque

sans perte en acide sulfurique tout le soufre qu'on emploie. A cet effet on s'est servi de diverses dispositions; dans toutes on fait briller le soufre au moyen de l'air ; atmosphérique et l'on fait entrer l'acide sulfureux formé i dans une chambre de plomb, c'est-à-dire dans un grand i espace rectangulaire AA {fig. 8) dont les parois, le I plafond et le plancher consisten t en un assemblage de I lames de plomb. Deux de ces dispositions méritent d'être i mentionnées en particulier. Dans l'une la combustion I se fait au milieu d'un espace fermé et dans l'autre elle a lieu, au moyen d'un courant d'air continu. Voici les I détails de la première disposition. A l'un des bouts de la chambre, haute de i5 pieds, large de 27 pieds et lon- . gue de 5o pieds, entre iopoucesau-dessusdu plancherun cylindre de plomb B qui à sa partie inférieure présente une rigole, où l'on fait concentrer de l'acide sulfurique r étendu o en quantité telle que les parois du cylindre ne « s'échauffent pas trop par la combustion du soufre; ce cylindre reposesurune maçonnerie au milieu de laquelle est placée une capsule en fer rc, qui s'échauffe assez, lorsqu'on vient à faire du feu sur la grille i, pour allumer du soufre qu'on y projette. Au moyen de la porte c on introduit le soufre, environ 100 livres, et dans la grande capsule on en place plusieurs autres plus petites avec a un mélange de salpêtre et d'acide sulfurique; le soufre se consume et forme de l'acide sulfureux, et l'acide nitrique éliminé du salpêtre en oxide une petite portion, de sorte qu'après la combustion du soufre il se trouve dans la chambre un mélange intime d'airatmosphériquedépouilléseulement d'une partie deson oxigène,d'acide nitreux et d'acide sulfureux. Cela posé, si l'on fait entrer de la vapeur d'eau dans la chambre de plomb , en ouvrant le robinet d

d une chaudière à vapeur e, la réaction se fera entre l'acide nitreux et l'acide sulfureux , le deutoxide d'azote transportera l'oxigène de l'air sur l'acide sulfureux, d'où résultera de l'acide sulfurique qui tombera au fond sous forme liquide. Un vide se produira par là dans la chambre dont les parois seraient comprimées si l'on ne débouchait le trou o de la porte immédiatement après l'injection de la vapeur d'eau. Sur îoo parties de soufre on emploie une égale quantité de vapeur aqueuse dont le jet doit être assez puissant pour mettre en mouvement et mélanger intimement les gaz de la chambre. Quand la formation de l'acide sulfurique est achevée, on ouvre la porte c du cylindre B et deux soupapes p qui se trouvent aux deux bouts de la chambre et du coté opposé à celui où le cylindre est pratiqué. Ces soupapes ont en dessous unrebord circulaire qui plonge dans une rainure remplie d'eau ; au-dessus d'elles il y a une grande cheminée qui permet de renouveler promptement l'air de la chambre en procurant un courant d'air rapide au moyen des gaz chauds de la chambre. Lorsque les gaz sortans forment des vapeurs rouges, c'est un indice qu'il s'est produit peu d'acide nitrique. On peut répéter la même opération trois fois par jour. Le second procédé pour fabriquer l'acide sulfurique ordinaire diffère du premier eu ce qu'il règne dans les chambres un courant d'air continuel et que le soufre brûle sans interruption. La combustion du soufre se fait sur le fond d'un fourneau pratiqué devant la chambre et ayant la forme d'un four à pain ordinaire ou d'une mouffle. Le fond de ce fourneau consiste en une plaque de fer qu'on peut échauffer par en bas. La partie antérieure est garnie d une porte qui en s'ouvrant plus ou moins permet de régler le cou-

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i rant d'air; à sa partie postérieure se trouve en haut un t tuyau qui communique avec la chambre de plomb. Au t milieu du soufre en combustion on dispose des capsules r remplies de salpêtre, que l'acide sulfureux transforme ren sulfate de potasse qui reste et en deutoxide d'azote iqui se dégage, de sorte qu'il afflue sans interruption idans la chambre un mélange d'acide sulfureux, de i deutoxide d'azote et d'air atmosphérique contenant encore beaucoup d'oxigène; la réaction s'opère ensuite idans la chambre comme je l'ai déjà expliqué. L'air privé i de son oxigène se rend à l'extérieur avec un peu de deutroxide d'azote par une cheminée qui se trouve à l'extrérmité opposée de la chambre et dont on règle le tirage ,iau moyen d'un clapet. On dirige également de la vapeur taqueuse dans la chambre soit pour y introduire la quan- : tité d'eau nécessaire, soit pour obtenir une température convenable. Au lieu d'une seule chambre on a trouvé de l'avantage à en réunir plusieurs plus petites. Le four à brûler le soufre communique avec la premièré chambre, et les gaz passent d'une chambre clans l'autre; la dernière les envoie dans un canal à pente douce qui débouche dans une cheminée. On donne actuellement à cette méthode la préférence sur la première.

Dans l'un comme dans l'autre procédé, il faut que la pesanteur spécifique du liquide, dans les chambres, soit comprise entre i,35 et i,5. Suivant quecette pesanteur spécifique est inférieure à i,35 ou supérieure à i,5 , le liquide absorbe trop d'acide sulfureux ou trop d'acide nitreux. Après avoir retiré l'acide de la chambre à l'aide Id'un siphon , on le concentre dans des vases en plomb jusqu'à ce que sa densité soit de 1,75 ou que son point d ébullition s'élève à 210°; si l'on voulait dépasser ce

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terme dans les vases de plomb , ce meta! décomposerait l'acide et les vases se détruiraient. La dernière concentration se fait, soit au moyen de cornues de verre qu'on échauffe dans un fourneau de galère, soit dans une grande cornue en platine; l'acide concentré obtenu de cette manière a une densité de i,85.

En concentrant les acides sulfurique et nitrique, on remarque que le liquide recueilli à la distillation contient une quantité d'acide beaucoup plus petite que celle qu'il devrait contenir en vertu de la température et de la tension des vapeurs de l'acide. La cause de ce phénomène est que les vapeurs produites pendant l'ébuliition du liquide contenu dans la cornue se refroidissent de beaucoup, voire quelquefois de iooù au-dessous de la température du liquide en ébullition, même avant d'arriver dans le col de la cornue, et que par conséquent une portion de l'acide doit se précipiter de ces vapeurs et redescendre dans le liquide le long des parois de la cornue d'eù provient le refroidissement.

L'acide sulfurique concentré renferme quelquefois de l'acide nitrique, du sulfate de plomb, du sulfate de chaux et d'autres substances,- pour en séparer ces matières on doit le soumettre à la distillation , c'est cependant ce qu'on ne fait d'ordinaire que dans des buts pharmaceutiques et chimiques. Le mieux est de prendre pour cet objet un acide qui ne se trouble pas lorsqu'on y ajoute de l'eau, ce qui prouve, qu'il ne contient pas beaucoup de sulfate de plomb; quant à la distillation même on y procède dans des cornues de verre. On prévient les soubresauts de l'acide au moyen du procédé décrit (p. 409, t. 1.); mais à mesure que la liqueur passe, une portion des substances tenues en dissolution se se-

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pare et se dépose au fond, et alors le platine n'est plus d'aucun secours. On doit pour cette raison disposer la . cornue dans le bain de sable, de manière qu'il y ait beaucoup de sable au fond de la capsule, mais que les parois de la cornue ne soient séparées de la capsule que par un petit intervalle; par ce moyen l'ébullition de l'acide sulfurique se fait à partir des parois latérales de la cornue et non à partir du fond. On rejette l'acide qui distille le premier comme contenant de l'acide nitrique et l'on interrompt la distillation quand les trois quarts de l'acide employé ont passé.

Plusieurs métaux et d'autres corps combustibles décomposent l'acide sulfurique, lorsqu'on les y échauffe, en lui enlevant un tiers de son oxigène; il arrive rarement que l'acide perde tout son oxigène et que du soufre se sépare ou qu'il se forme un sulfure métallique. Par son affinité pour l'eau il décompose la plupart des corps organiques et les colore en noir lorsqu'on vient à les y plonger; c'est ce qui arrive , par exemple, au bois ou au liège. La substance noire qu'on obtient de cette manière est une combinaison de carbone avec moins d'hydrogène etd'oxigène qu'il n'y en avait dans le corps proposé. Lorsque ces substances restent long-temps en contact avec l'acide sulfurique, celui-ci prend également une couleur noire , mais il la perd de nouveau par la chaleur de l'ébullition à laquelleil sedécompose; le charbon qu'il contient passe à l'état d'acide carbonique, et lui-même est converti en acide sulfureux qui se dégage avec l'acide carbonique.

L'acide sulfurique est d'une si grande importance non seulement sous le rapport scientifique , mais encore par ses nombreux usages dans les arts, que j'aurai souvent

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l'occasion de rapporter soit les décompositions qu'il opère, soit les combinaisons qu'il produit, et que pour cette raison je n'ai pas besoin d'en traiter ici d'une manière spéciale. Il appartient parmi les acides les plus forts et ne le cède en affinité à d'autres qu'en présence d'un petit nombre de bases, par exemple, à l'acide oxalique vis-à-vis de la chaux. J'aurai à décrire des sulfates importans dans l'histoire de la plupart des métaux. Il forme avec les alcalis des sels neutres et des sels acides à deux degrés différens; avec les terres alcalines, des sels neutres et avec la plupart des autres bases des sels neutres et des sels basiques. Les sulfates neutres des alcalis et des terres alcalines n'altèrent pas les couleurs végétales. Les sulfates sont pour la plupart solubles dans L'eau; ceux de chaux, de strontiane et de plomb ne sont que peu solubles. Le sulfate de baryte est complètement insoluble aussi bien dans l'eau que dans les acides et offre en conséquence un moyen important tant pour reconnaître que pour déterminer non seulement l'acide sulfurique, mais encore la baryte.

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