‹ Élémens de chimieChapitre 10 sur 77 · CHLORE. 73 CHLORE ET EAU · texte numérisé non relu

CHLORE. 73 CHLORE ET EAU

Lorsqu’après avoir rempli un matras de chlore gazeux on y verse un peu d’eau, et qu'on abaisse la température jusqu’à o°, ou bien lorsqu'on fait passer un courant de chlore gazeux à travers de l’eau à o°, le chlore se combine avec ce liquide et forme une masse cristalline, qu'on peut séparer de l'eau adhérente à l’aide de quelques doubles de papier joseph refroidi. On verse cette masse dans un tube de verre fermé par un bout et un peu recourbé et dont on scelle aussi l’autre extrémité, dès que la masse s’y trouve; car chauffée jusqu'à 4° dans un vase ouvert, la combinaison se décompose déjà en chlore gazeux et en eau. Ces cristaux sont d'une couleur jaune pâle et très fugaces, de sorte qu'à l'instar du camphre ils se subliment d’un endroit du tube de verre à un autre plus froid. Ils ne contiennent qu'environ 28 pour cent de chlore.

Si l'on plonge dans de l'eau a 32° ou 33° l'extrémité du tube de verre a (ig. 46), qui contient les cristaux, ceux-ci disparaissent, et il se forme deux couches liquides ; la couche supérieure ne paraît être qu'une dissolution saturée de chlore dans l’eau, la couche inférieure est du chlore qui s'est séparé à l’état liquide sous forme d'un corps oléagineux d’une couleur foncée. Si on refroidit l’autre extrémité 2 le chlore vient s’y condenser. Sı on abaisse de nouveau la temperature du tube à 21° le chlore et l’eau se combinent de nouveau et reproduisent les premiers cristaux.

Cette substance est un des exemples les plus remarquables de la combinaison d’un corps simple avec un corps composé ; elle était unique exemple de la com-

74 BRÔME.

binaison d’un corps simple avec l'eau avant la découverte d’une combinaison semblable du bröme avec ce liquide.

Tee BROME,

Le brôme est liquide à la température ordinaire, et solide sous forme d’une masse cristalline , feuilletée entre 18° et 20°; il bout à 47°. Une goutte de brôme qu'on laisse tomber dans un flacon , se mêle de suite à l’état de gaz avec l’air qui y est contenu ; la couleur du brôme gazeux est rouge brunâtre. Le brôme liquide en couches minces ou en petites gouttes est d’un rouge hyacinthe (rouge tirant sur le jaune); vu en plus grandes masses , il parait opaque et noir.

Le brôme liquide est à peu près trois fois aussi pesant que l'eau; la pesanteur spécifique de sa vapeur s'élève à 5,3933 d’après le calcul.

De même que le chlore, le brôme est un poison, et répand une odeur désagréable sui generis, dont il a tiré son nom; car 66p@wos signifie mauvaise odeur. Sous le rapport de l’affinité pour les autres corps le brôme ne le cède guère au chlore et offre des phénomènes tout-àfait semblables. A l'instar du chlore il décompose à une haute température beaucoup d’oxides métalliques, par exemple, la potasse, la soude et d’autres en s’unissant avec le métal et en chassant l’oxigène. Il ne décompose pas la magnesie et l’alumine; il se combine avec l’antimoine et l'étain en donnant lieu à un dégagement de calorique et de lumière.

Le brôme n'a que peu d’affinite pour l'oxigène. L'a-

BRÖME. 75

cide brömique sera décrit avec les autres acides. Il se combine bien directement, mais non sans difficulté avec l'hydrogène. La lumière du soleil n’opere pas la combige; néanmoins la combinaison ne se propage pas au-delà de l’en-

naison des deux gaz, mais bien un fil de fer rou

droit où le fil chaud touche le mélange. Il existe plusieurs manières de se procurer cette combinaison indirectement, comme nous le verrons en traitant de l'acide hydrobrômique.

Le brôme détruit les couleurs organiques et se comporte en général comme le chlore à l'égard des matières colorantes.

Le chlore s’unit directement avec le bröme; il en est de même du soufre, du phosphore et du sélénium. Ces combinaisons sont tout-à-fait analogues à celles du chlore avec les mêmes corps, à la seule différence près que l'affinité du brôme pour ces corps est plus faible. C'est ainsi, par exemple, que la simple distillation ne donne pas de combinaison déterminée du soufre avec le brôme. En parlant des métaux, je developperai ce qu'il y a d'intéressant à dire sur les combinaisons de ces corps avec le brôme.

A l'instar du chlore, le bröme s’unit avec l’eau à o° et donne une comhinaison rouge, cristalline, qui n’est pas décomposée à 15°, mais qu'une température plus élevée résout en eau et en bröme. Elle contient 28 pour cent de bröme.

A la temperature ordinaire de l'atmosphère, liode est un corps solide qu'on peut facilement obtenir cristallisé, soit en le sublimant lentement ou en le laissant se refroidir quand il est fondu, soit en exposant à l'air sa dissolution dans l'acide hydriodique. L'eau ne dissout que très peu d'iode, pas plus de 1/7000; mais si elle tient en dissolution certains sels, par exemple, de l’hydrochlorate ou du sulfate d’ammoniaque, ou bien de l'acide hydriodique, elle peut en prendre. une quantité beaucoup plus considérable, Si on expose à l’air une disso- ‚ lution d’acide hydriodique dans l’eau, l’'oxigène de l’air se combine peu à peu avec l'hydrogène de l'acide hydriodique, et l’iode reste en dissolution dans le liquide, qu'il colore fortement. Durant que la totalité de l'acide hydriodique est ainsi peu à peu décomposée, l'iode dissout se sépare insensiblement du liquide en grands et beaux cristaux. La pesanteur spécifique de l’iode solide est de 4,947. Liiode se fond à 107° et bout entre 175° et 180° en formant une vapeur d'une belle couleur violette, tirant sur le pourpre dont dérive son nom; car ro is signifie la violette. La pesanteur spécifique de la vapeur d'iode s'élève d’après le calcul à 8,7011; c'est le plus pesant de tous les gaz connus. Même à la température ordinaire, liode exposé à l’air s’evapore insensiblement. L’odeur de l’iode rappelle celle du chlore.

L’iode dissout dans l’eau ne blanchit pas les couleurs

végétales. Son action sur les substances organiques n'est

pas si destructive en general que celle du chlore; il se combine même avec quelques-unes, telles que la gomme, l’amidon et le sucre, par exemple. Il colore Ja peau en brun; mais la couleur se dissipe bientôt. Il colore également en brun, mais d’une manière durable , le papier, le linge et le bois. Sa combinaison avec l’amidon est d’un brun rougeätre qui paraît noir, si la quantité d’iode est considérable; précipitée de sa dissolution dans la potasse elle a une couleur bleue. Cette couleur peut faire découvrir un à deux millionnièmes d’iode dans un liquide, si on a eu la précaution de décomposer la combinaison de liode qu'il contient en l’acidulant avec de l'acide nitrique.

L’iode n'a qu'une faible affinité pour l'oxigène. J'entrerai dans des détails sur l'acide iodique en traitant des acides.

L’iode et le soufre se fondent ensemble à une douce chaleur : chauffés plus fortement l'iode se dégage à l’état de vapeur entraînant un peu de vapeur de soufre et le soufre reste.

L'iode et le phosphore fondus ensemble se combment avec dégagement de chaleur; cette combinaison étant arrosée d'eau se décompose : l'iode s'empare de l’hydrogene, et le phosphore de l'oxigène de l’eau. Si l'iode est en excès, la portion de ce corps qui est de trop deviendra libre et se dissoudra dans l'acide hydriodique formé; dans le cas contraire il se formera de l'acide phosphorique, de l’acide phosphoreux ou un dépôt de phosphore, suivant qu'on a pris une quantité de phosphore plus ou moins grande. |

Si l’on projette de petites quantités d’iode dans un matras plein de chlore gazeux (p. 6r ),il se forme aussitôt

un corps brun qui, en se combinant avec uneplus grande quantité de chlore, se convertit rapidement en une masse solide cristalline. On obtient ces combinaisons en quantités plus grandes en faisant arriver sur l’iode un courant de chlore, au moyen de l'appareil qui a été décrit à . l'occasion de la fabrication du chlorure de soufre. Si liode est en excès on obtient une combinaison brune, La combinaison saturée de chlore est incolore; le chlore en sy dissolvant la rend jaunätre. Elle se dissout vraisemblablement dans l'eau sans la décomposer. Si l’on décompose une pareille dissolution avec de la potasse, il se précipite chaque fois beaucoup diode; si donc l'eau avait été décomposée elle devrait tenir en dissolution du chlore et un degré inconnu d'oxidation de l'iode. On obtient aussi la combinaison brune en faisant digérer un excès diode dans un mélange d'acide hydrochlorique et d’acide nitrique; une partie de l’oxigene de l'acide nitrique se combine avec l'hydrogène de l'acide hydrochlorique, dont le chlore s'unit avec l'iode et fournit une dissolution brune.

Si on ajoute de l’ammoniaque à cette dissolution, le chlore s’unit avec l'hydrogène et Fiode avec l'azote de ce corps. L'iodure d'azote se précipite sous forme d’une poudre brune, qui, vue en masse, paraît noire. Cette combinaison est aussi dangereuse que le chlorure d'azote ; mais comme on peut employer de, petites quantités d’iode, par exemple, un grain, et que la combinaison est solide et facilement reconnaissable à sa couleur, on peut aisément se prémunir contre le danger. On doit de suite filtrer le précipité, pendant qu'il est encore humide, déchirer le filtre et le diviser ensuite en petites portions. Desseche, il detonne par le moindre attouchement, quel-

Page 1