LA FLAMME
Le fer qui brûle ne développe que de simples points lumineux, parce que le fer lui-même aussi bien que l'oxide de fer formé ne peuvent prendre l'état gazeux, malgré la chaleur rouge blanche très intense du point en combustion. Le gaz hydrogène au contraire étant allumé, par exemple, devant un tube a (fig. 105 ) dont il s'écoule, forme une flamme composée de deux parlies : l’une intérieure b est produite par le jet de gaz hydrogène; l’autre extérieure c, qui enveloppe la première
comme un manteau, et dans laquelle l’oxigene de l'air se combine avec le gaz hydrogène, est composée d’azote et de vapeur d'eau portés à une haute température. La forme de la flamme dépend du courant d'air résultant de l'ascension des gaz échauffés. Lorsqu'un petit morceau de phosphore brûle, il se développe au point enflammé une chaleur suffisante pour volatiliser le phosphore en contact avec ce point et pour former une flamme, dont la partie intérieure est du phosphore gazeux, et dont l'enveloppe lumineuse est de l'acide phosphorique. Les mêmes phénomènes qui ont lieu durant la combustion du phosphore, s’observent aussi lorsqu'on fait brüler une lampe ordinaire à mèche. La mèche a pour objet d'amener continuellement de nouvelles quantités de liquides combustibles à la flamme. En plongeant dans un liquide deux tiges de verre juxta-posees de manière qu'elles se touchent exactement en bas et s’ecartent un peu l’une de l'autre en haut, on peut voir que le liquide s'élève entre les deux tiges à peu près jusqu’en ? ( fig. 106). Je reviendrai par la suite plus amplement sur cette tenue des corps liquides à l'égard des corps solides. Une mèche n'est autre chose qu'un faisceau de fibres de coton juxta-posées et le long desquelles le liquide s'élève comme entre les tiges de verre. Si l'on place une telle mèche e par un bout dans un vase contenant un liquide, par exemple, de l'alcool, de l'huile ou de l'eau, et qu'on fasse descendre l'autre extrémité hors du vase jusqu’au dessous du niveau du liquide, celui-ci s’elevera le long du bout plongé pour s'écouler par l’autre extrémité jusqu'à ce que le vase soit vide. Parmi les combustions ordinaires la moins compliquée est celle de l'alcool, qui dans les
simples lampes à esprit-de-vin, dont on se sert dans beaucoup d'expériences, a lieu de la manière suivante : le liquide est attiré jusqu’au sommet de la mèche qui traverse une bobèche ce (Ag. 107) adaptée exactement dans l'ouverture de la lampe; l'alcool allumé développe assez de chaleur pour entourer de toutes parts la partie supérieure de la mèche de vapeur d'alcool, qui en se combinant avec l'oxigène de l'air, forme de l'acide carbonique et de la vapeur aqueuse. En plongeant dans la flamme un fil très délié de fer, on voit bien distinctement qu'ilreste obscur, au milieu occupé par la vapeur d'alcool, mais qu'il devient rouge blanc dans l'enveloppe chaude, où la combustion a lieu. L'alcool s’evaporant facilement, on éteint la lampe en la recouvrant d’un bonnet a qui doit la fermer hermétiquement.
Beaucoup moins simples sont les flammes, dans lesquelles les substances combustibles subissent une décomposition avant de se consumer et dans lesquelles une substance brûle avant l’autre; le dernier cas a lieu dans toutes nos flammes lumineuses ordinaires. Dans le gazlight, par exemple, les principes constituans de l'hydrogène carboné ne se combinent pas simultanément avec l'oxigène de l'air, mais l'hydrogène s’y combine plutôt que le carbone; il se sépare du charbon, que la température produite par la combustion porte au rouge blanc et qui brûle seulement quand il peut obtenir le contact d'une plus grande quantité d'air. Une decomposition semblable a lieu dans toutes les flammes de nos lumières Le milieu de la flamme est occupé soit par le gaz sortant d'une ouverture, soit par la substance 2 (fig. 108 ), amenée le long de la mèche et gazéifiée par la chaleur résultant de la combustion; il est en-
toure comme d'un manteau par la partie brillante ce,
qui à son tour est circonscrite de la même manière par
une enveloppe e, mince, peu lumineuse et dans laquelle
le charbon provenant de la partie lumineuse se convertit
en acide carbonique en se combinant avec l’oxigène de
l'air. Le courant continu d'air froid, abaissant un peu la
température de la base ide la flamme, produit la cou-
leur bleue de cette partie de la flamme ainsi que nous
le verrons dans l’article sur le gaz oxide de carbone.
Lorsqu'on souffle une flamme, celle d’une bougie, par exemple, les gaz combustibles s'élèvent encore de la mèche immédiatement après l'extinction, et on peut les rallumer à quelque distance de la mèche en a ( fig. 109),
par exemple. En tenant au dessus de la flamme une toile métallique qu'elle ne puisse pas traverser (fig. 110),
on peut encore mieux observer l'espace intérieur et l'ascension des gaz combustibles. Un fil de fer mince traversant la flamme ne rougit pas du tout au milieu de celle-ci, ne se colore que faiblement dans la partie brillante, mais rougit fortement dans l'enveloppe extérieuree,
qui jouit d'une haute température due à la combustion du
charbon. Une lame de couteau ou tout autre corps froid, qu'on introduit dans la partie brillante c de la flamme, se couvre de charbon, parce qu'il enlève au charbon de la partie brillante la température dont il a besoin pour
se consumer. Le même corps froid étant plongé dans une flamme peu lumineuse, celle de la lampe à esprit-
de-vin, par exemple, ne se ternit pas. Le pouvoir éclai-
rant de la flamme provient donc de ce que dans le sein
même de la flamme il se précipite du charbon, qui de-
vient d’abord rouge blanc et se consume ensuite.
ATMOSPHERIQUE, 239