DU BLEU DE PRUSSE
Du Bleu de Prusse.
886. Nous conservons le nom de bleu de Prusse à la sub*. stance qui est ainsi connue depuis plusieurs années , parce que les chimistes ne sont pas d’accord sur sa véritable composition : en effet on peut la regarder comme un hydrocyanate ou comme un cyanure de fer hydraté. Les expériences de M. Proust , confiianées par d’autres plus récentes faites par M. Gay-Lussac , nous paraissent établir que ce composé , parfaitement pur, ne renferme point de potasse. ‘
Le bleu de Prusse est solide , d’un bleu extrêmement foncé , sans savem- , sans odeur , et beaucoup plus pesant que l’eau. Distillé , il se décompose , et fournit de l’acide bydro-cyanique, de l’acide carbonique, du sous-carbonate d’ammoniaque , de l’oxide de carbone , de l’hydrogène carboné , et une très-grande quantité d’un résidu composé de charbon et de fer (M. Proust) (i) ; il ne donne point de cyanogène. Ces deux résultats s’expliquent à merveille dans l’une et l’autre des deux hypothèses admises par les chimistes sur la composition de ce bleu. . .
Le bleu de Prusse verdit lentement lorsqu’il est exposé à l’air pendant long-temps ; cette altération est due à l’oxigène de l’air. On ignore quelle est la nature du corps qui se forme ; mais il est extrêmement probable que ce n’est pas , comme on l’avait cru , du prussiate de fer oxigéné ( chlorocyanate).
(i) Suivant M. Proust, le résidu contient aussi de l’alumine j mais il est évident que l’existence de ce corps dans le bleu de Prusse est accidentelle ; elle dépend de ce que l’on s’est servi , pour l’obtenir, d’un bydro-cyanate de potasse et de fer alcalin, qui a précipité une certaine quantité de l’alumine que renfei me l’alqp avec lequel il a été préparé*
Le bleu de Prusse est insoluble dans l’eau et dans l’alcooJr il est rapidement décomposé par les dissolutions de potasse ou de soude, qxd passent à l’état d’bydro-cyanates de potasse et de fer , ou de soude et de fer solubles , et séparent un résidu ocbreux regardé par M. Bertbollet comme un sousprussiate de fer , et par M. Proust comme du peroxide de fer. Il est évident qu’on ne saurait expliquer ce fait sans admettre la décomposition de l’eau , dans le cas où le bleu de Prusse serait considéré comme un cyanure : le résidu ocbreux serait alors une combinaison de peroxide de fer et de bleu de Prusse. L’ammoniaque , la baryte , la strontiane, la chaux, la magnésie et le deutoxide de mercure ont également la propriété de.décomposer le bleu de Prusse et de le décolorer.
Le chlore versé sur ce bleu récemment précipité et mou , le transforme en chloro-cyanate de fer vert ( prussiate oxigéné. Voyez Acide chloio-cjanique.)
On emploielebleude Prusse pour préparer l’acide hydrocyanique, les hydro-cyanates, etc. 5 pour peindre les papiers et les bâtimens ; dans la peinture à l’huile 5 pour teindre la soie en bleu , etc.
Extrait du travail de M. Porrett sur les prussiates triples,
et sur les acides formés par V union de quelques corps
avec les élémens de V acide prussique.
1°. Suivant M. Porrett, il existe des acides formés par les élémens de l’acide prussique et l’oxide de fer, ou l’oxide d’argent , ou le soufre , etc. Il appelle ces acides chjazique ferrure, argenture, sulfuré, etc. 5 le mot chyazique est formé des lettres initiales C , H , A, àu carbone , de l’hydrogène et de l’azote, qui conslituentracîdeprussique(hy“ dro-cyanique).
2®. On ne doit pas admettre de prussiates triples ; les corps . que l’on a désignés sous ce nom sont des sels simples : ainsi
DE l’acide CHLOrLO-CYAKIQUE. 299
le prussiate triple de potasse et de fer n’est autre chose que la combinaison de l’acide chyazique ferrure avec la potasse; celui de potasse et d’argent résulte de l’union de l’acide chyazique argenture avec la potasse , etc. M. Porrett fonde son opinion sur le fait suivant : lorsqu’on expose à l’action de la pile voltaïque un prussiate triple (par exemple , celui de potasse et de fer ) , la potasse est attirée par le pôle négatif , tandis que l’acide prussique et l’oxide de fer se portent sur le pôle vitré : br, si l’oxide de fer jouait dans ce prussiate le rôle de base , il aurait été attiré par le pôle négatif : cela n’a pas lieu : donc l’oxide noir de fer agit comme un des élémens de l’acide.
3°. On peut isoler l’acide chyazique jfêrrnre du prussiate triple de baryte et de fer dissous dans l’eau, en précipitant la baryte par l’acide sulfurique : alors l’acide reste pur dans la dissolution. Il est dune couleur jaune pâle, citrine, inodore, et susceptible de décomposer tous les acétates : en effet, il en dégage l’acide acétique , et forme des prussiates simples avec les bases qui étaient auparavant unies à l’acide acétique. Ces prussiates avaient été appelés jusqu’à présent.
4°. L’acide chyazique sulfuré forme avec la potasse un sel déliquescent, soluble dans l’alcool; avec la soude, un sel qui cristallise en rhombes ; avec la potasse et le prussiate de mercure, un sel d’un brillant argentin, peu soluble dans l’eau froide et très-soluble dans l’eau chaude. Il s’imit aussi à plusieurs autres oxides.
De V Acide chloro-cyanique (prussîgué oxigéné).
887. Cet acide est le produit de l’art ; lorsqu’il est pur, il est liquide à la temperatme et à la pression ordinaires de l’atmosphère ; mais il devient gazeux à cette même température si on diminue la pression en le mettant dans le vide. Si l’acide chloro-cyanique est au contraire mêlé avec nne certaine quantité de gaz acide carbonique, il est à l’état
3oO TROISIÈME PARTIE.
gazeux à la températxire et à la pression atmospliériquo ordinaires : c’est sous cet état que nous allons l’e'xaminer. II est composé , d’après M. Gay-Lussac , d’un demi-volume de chlore , et d’un demi-volume de cyanogène ; il est en outre mêlé à une quantité variable d’acide carbonique.
Il est incolore , doué d’une odeur vive très-pénétrante , qui irrite fortement la membrane pituitaire et détermine le larmoiement; sa pesanteur spécifique est de 2,111 ; il rougit Yinfusum de tournesol. Il n’est pas inflammable , et il ne détonne pas lorsqu’on le mêle avec 2 parties d’oxigène ou d’hydrogène , et qu’il est soumis à Faction de l’étincelle électrique. Il est soluble dans l’eau ; le sotutum ne trouble ni le nitrate d’argent ni l’eau de baryte. Les alcalis l’absorbent rapidement ; mais il faut les employer en excès pour faire disparaître complètement son odeur. Si on ajoute un acide aux composés d’alcâii et de ce gaz , iî y a elFervèscence, dégagement d’acide carbonique, et formation d’ammoniaque et d’acidé hydro-chlorique : en effet , Facide chloro-cyanique et Feau sont déomposés ; une poi'tion de l’hydrogène de l’eau s’unit au chlore pour former de l’acide hydro-chlorique ; une autre portion d’hydrogène se combine avec l’azote du cyanogène pour donner naissance à de l’ammoniaque , tandis que le carbone du cyanogène se porte sur l’oxigène de l’eau et produit de l’acide carbonique.
Nous avons dit que la solution aqueuse d’acide chlorocyanique ne précipite pas le nitrate d’argent ; cependant , si on la mêle avec de la potasse , puis avec de l’acide nitrique , et qu’on verse du nitrate d’argent dans le mélange , on obtien t un précipité de chlorure d’argent (muriate): ce fait prouve incontestablement l’existence du chlore dans l’acide chlorocyanique.
Lorsqu’on fait chauffer de l’antimoine dans une petite cloche de verre contenant le gaz chloro-cyanique dont nous parlons , le gaz diminue de volume , et tout l’acide chloro-
DES HATÏÈEE^ SALINES BT TÉRSEüSES. 3or
evanîque est décomposé : en elFet, le chlore s’unit à l’antimoine , et donne des vapeurs de chlorure (bemTe d’antimoine ) qui cristallisent en se condensant , tandis que le cyanogène reste avec l’acide carbonique qui , comme noos l’avons dit , se trouve mêlé au gaz cbloro-cyanique. L’action du potassium sur cet acide est analogue à celle que ce métal exerce sur le cyanogène.
888. L’acide cbloro-cyanique précipite les dissolutions de protoxide de fer en vert 5 ce précipité devient d’un très-beau bleu par l’addition de l’acide sulfureux , d’un sulfite , d’uu nitrite , etc. ; on obtient encore ce précipité vert en ajoutant à l’acide cbloro-cyanique le sel de fer au minimum , plus de la potasse , et un peu d’un acide quelconque. Si, au contraire, onmêle la potasse avec l’acide cbloro-cyanique avant d’avoir ajouté le sel defer , on n’obtient pas de précipité vert. Quelle est la nature de ce précipité Avant la découverte du cyanogène , on le regardait comme du prussiate oxigéné de fer 5 maintenant il peut être considéré comme une combinaison de sous-cyanure de fer et d’acide cbloro-cyanique, si toutefois le bleu de Prusse est du sous-cyanure de fer..... L’acide cbloro-cyaniqiie a été découvert par M. Bertbollet, et étudié dans ces derniers temps par M. Gay-Lussac ; il est, sans usages.