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CHAPITRE III

Des differentes parties fluides ou solides composant les animaux.

Lorsqu’on examine attentivement les diverses fonctions de l’économie animale , on est obligé d’admettre que les alimens se transforment en chyle et en excrémens dans le canal intestinal ; que le chyle est absorbé > versé dans la veine sous-clavière gauche et changé en sang; enfin , que toutes les autres parties des animaux se forment aux dépens du sang. Ces notions nous tracent l’ordre que nous avons à suivre dans l’histoire des matières animales composées.

SECTION PREMIÈRE

De la Digestion et de ses produits immédiats.

Les alimens, après avoir été broyés dans la bouche, se mêlent avec la salive et avec le mucus renfermé dans cette cavité , et arrivent dans Testomac, où ils se transforment en une matière molle comme de la bouillie, connue sous le nom de chyme; celui-ci, au bout d’un certain temps, passe dans les intestins grêles, et se change en chyle et en excrémens^

Dtr CHTMÈ.

en vertu d’une force qui nous est inconnue , et de l’action qu’exercent sur lui la bile , les sucs pancréatique et gastrique. ( Voyez les ouvrages de Physiologie. )

Du Chyme,

890. M. Marcel fit, en 18 13, l’analyse du chyme d’une poule d’Inde qui avait été nourrie seulement avec des végétaux, et il conclut de ses expériences, 1° que le chyme n’était ni acide ni alcalin , et qu’il était presque entièrement dissous par l’acide acétique j 2® qu’il contenait de l’albumine, du fer, de la chaux et un hydro-chlorate alcalin : la présence de l’albumine dans le chyme est d’autant plus surprenante qu’elle n’existait point dans les matières avec lesquelles on avait nourri l’animal 5 3® qu’il ne renfermait pas de gélatine 5 4'’ qu’il donnait quatre fois plus de charbon que le chyle retiré d’un chien que l’on avait nourri avec des substances végétales ; 5®. que le chyme qui provient d’une nourriture végétale donne plus de matière animale solide que tout autre fluide animal , tandis qu’il paraît contenir au contraire moins de substances salines. Mille parties de ce chyme fournirent 1 2 parties de charbon et 200 parties de matière solide, dans lesquelles il y avait 6 parties de sels.

M. Emmert avait annoncé , en 1807, que la partie fluide des alimens digérés dans l’estomac des herbivores et des carnivores renfermait, entre autres produits, beaucoup de gélatine , un acide fixe qu’il croyait être l’acide phosphorique, et du protoxide de fer. Suivant Wemer, le chyme de ces animaux renferme un acide fixe sécrété par la membrane muqueuse de l’estomac ; il ne se coagule point comme le chyle. (Tubingue^ 1800.

U suit de ce court exposé que l’histoire chimique du chyme est extrêmement imparfaite, parce qu’il a été rarement analysé ; il est probable que sa nature varie dans

3o4. TîlOtSlÈME EAKTIE.

les différentes espèces d’animaux, et même dans les différens individus de la même espèce : dti moins remarque-t-on que sa couleur , sa consistance et son aspect diffèrent suivant les espèces d’alimens ingérés.

Du Chyle.

891 . Le chyle de l’homme n’a jamais été analysé. M. Vauqueiin a trouvé dans celui de cheval, i® de la fibrine, ou du moins une matière albumineuse ayant beaucoup d’analogie avec la fibrine, une substance grasse qui donne au chyle l’apparence du lait, de la potasse, de l’hydrochlorate de potasse , du phosphate de fer-blanc et du phosphate de chaux. D’après ce chimiste , la composition du chyle varie suivant qu’il est pris dans telle ou dans telle autre partie; ainsi la matièrè fibreuse est d’autant plus parfaite que le chyle est plus près de. son mélange avec le sang.M. Dupuytren avait déjà obtenu, en analysant le chyle de chien , des résultats analogues à ceux dont nous venons de parler.

è^i.propriétésduChjle (i).M.Marceta publié, en i8i5, un travail sur le chyle retiré du canal thoracique des chiens, qu’il avait soumis préalablement’à un régime purement végétal ou à un régime animal. Voici les résultats qu’il a obtenus : nous désignerons ces deux espèces de chyle par les noms de chyle végétal et de chyle animal. Chyle végétal. Il est liquide et presque toujours transparent, à-peu-près conimele sérum ordinaire 5 il est inodore , insipide et plus pesant que l’eau. Abandonné à lui-même , il se coagule à la manière du sang: le coagulum est presque inodore et ressemble à une huître ; sa surface ne se recouvre pas d’une matière onctueuse

(1) Le chyle ne peut jamais être obtenu pur ; il est toujours mêlé avec de la lymphe.

DES PROPfilÉTÊS BD CHYLE. 3o5

analogue à la crème 5 la pesanteur spéMfiqne de la portion séreuse paraît être 1021 à 1022. Distillé, il fournit un liquide contenant du carbonate d’ammoniaque et une huile fixe pesante , et il reste beaucoup de charbon dans lequel on trouve des sels et du fer. Il peut être conservé pendant plusieurs semaines sans se putréfier. Chyle animal. Il est toujours laiteux, inodore, insipide , plus pesant que l’eau ; il se coagule comme le précédent ; le coagulum est opaque et a une teinte rosée 5 il est surnagé par une matière onctueuse semblable à de la crème. Le sérum pèse autant que celui du chyle végétal. Distillé , il donne beaucoup plus de carbonate d’ ammoniaque et d’huile ; mais il fournit trois fois moins de charbon : ce produit renferme , comme celui du précédent , des sels et du fer. Le chyle animal se décompose au bout de trois ou quatre jours , et la putréfaction a plutôt lieu dans le coagulum que dans la partie séreuse. Suivant M. Marcet , l’élément principal de la matière animale de ces deux espèces de chyle est l’albumine; ils ne renferment point de gélatine. Mille parties fournissent de 5o à 90 parties de substances solides, dans lesquelles il y a environ 9 parties de sels.

M. Magendie considère le chyle sous deux rapports: i®chyle provenant de matières grasses végétales ou animales ; 2® chyle des matières qui ne sont pas grasses. Le premier, retiré du canal thoracique, est d’un blanc laiteux, d’uné odeur spermatique prononcée , d’une saveur salée ; il happe un peu à la langue et est sensiblement alcalin ; il se sépare en trois parties , l’une supérieure, formée par un corps gras ; l’autre solide, qui reste au fond du vase, composée de fibrine et de matière colorante rouge; et la troisième liquide, analogue au sérum du sang. Le chyle des matières qui ne sont pas grasses est opalin, presque transparent : il se sépare également en trois couches; mais celle qui se produit à la surface est moins marquée que dans la première espèce II. 20

3o6 TÏ!.01SÎÈ>rE ÇAllTIE.

de chyle 5 la proportion des substances qui formént cëà^

couches varie suivant les alimens qui ont été pris.

Voici maintenant les observations faites par M. Vau* quelin sur le chyle de cheval. Le sérum, semblable à celui du sangj est formé d’albumine, et tient en suspension un corps gras soluble dans l’alcool et insoluble dans les alcalis. H est coagule par l’alcool, par les acides et par la chaleur 5 le coagulum obtenu par la chaleur est formé de matière grasse et d’albumine; lorsqu’on le traite par la potasse j l’albumine seule est dissoute : le contraire a lieu quand on le fait bouillir avec l’alcool, qui ne dissout que la matière grasse.

Le ïx>agulum qui se forme, en abandonnant le chyle à lui* même , est composé, d’après ce savant chimiste , de sérum ^ de fibrine et de matière grasse. On peut enlever le sérum au moyen de l’eau , et séparer la matière grasse par l’alcool bouillant ; la matière fibreuse qui reste ne peut pas être regardée comme de la fibrine pure; car elle n’en a ni la contexture, ni la force, ni l’élasticité ; elle est plus promp* tement et plus complètement dissoute par la potasse caustique. On peut la considérer en quelque sorte comme de l’albumine qui commence à prendre le caractère de la fibrine, Il résulte du travail de M. Vauquelin que l’on pourrait regarder, jusqu’à un certain point, le chyle de cheval comme du sang, moins de la matière colorante , plus de la graisse.

MM. Emmert et B.eüss , en analysant le chyle des vaisseaux lactés d’un cheval rendu impotent par l’éparvin , y ont trouvé de la soude , de la gélatine , de l’albumiae , de la fibrine, des hydro-chlorates de soude et d’ammoniaque , du phosphate de chaux et beaucoup d’eau. Suivant M. Emmert, le chyle extrait du réservoir et du canal thoracique des chevaux contient de l’eau , tme matière albumineuse analogue à la fibrine, de la soude caustique, de la gé*

IdE là matière FÉCALEi

iorj

latine , du soufre et plusifeurs sels ; il pense que l’on ne trouve de l’huile ou de la matière grasse que dans celui qui provient des gros vaisseaux lactés. Lé chyle de la partie supérieure des intestins grêles a fourni à cet auteur de la

gélatine et du fer très-ôxidé-; il était acide, fortement coloré par la bile^ et ne renfermait pas un atome d’albumine. Celui qui se trouvait dans la partie inférieure des intestins grêles n’était pas acide, et contenait du fer peu oxidé, de la gélatine, une substance albumineuse non coagulable par la chaleur , du soufre et de la bile.

De la Matière fécal&.

893. Matière fécale humaine. M. Berzeliüs a retiré de ï 00 parties d’excrémens de consistance moyenne y 3, 3 d’eau, 0,9 de parties de là bile solubles dans l’eau , 0,9 d’albumine, 2,7 de matière extractive particulière, 1,2 de. sels, y, 6 de matière insoluble ou résidu des aliméns, i4,o de matière déposée dans l’intestin, consistant en bile , en substance animale particulière , et en résidu insoluble. Les sels des excrémens sont formés, sur 17 parties, de 5 de carbonate de soude , 4 d’hydro-chlôrate de soudé ," 2 dé sul&tede soudé ^ 4 dé phosphate de chaux , et 2 dé phosphate ammoniaco-màgnésien 5 il y a aussi .des traces dé soufre, de phosphore, de silice et de sulfaté de chaux. Macquer et M. Proust avaient déjà reconnu l’existence du soufre dans les eXcréinens de l’homme. Suivant M. Vauquelin, ils contiennent constanunent un acide libre, semblable au vinaigre , qui leur donne la propriété de rougir \injusum. de tournesol. M. John , au lieu d’un acide , y a trouvé un alcali libre. Vôgel pense qu’ils renferment du salpêtre. Il semble résulter de ces diverses analyses, que- la matière féçale humaine est sujette à dés changeiaens suivant les alimens dont l’homme fait usage.

3o8 TROISIÈME PARTIE.

Excrémens des quadrupèdes mammijeres. Chevaux. Ils renferment plus de phosphate de chaux qu’il n’y en a dans le fourrage que l’on a donné à l’animal. Suivant Thompson , ils contiennent de l’acide benzoïque. On retire par la distillation , de la suie de ces excrémens , beaucoup de sel ammoniac 5 il paraît aussi qu’ils renferment du nitratede potasse. Vaches nourries dans l’étable avec de la betterave. Ces excrémens ont fourni à l’analyse 71 | d’eau, 28 | de matière grasse, de la fibre végétale, plusieurs sels et une substance soluble dans l’eau et dans l’alcool , qui colore les excrémens en vert et qui exhale l’odeur de bile lorsqu’on la chauffe ^ ils ne contiennent ni acide ni alcali libre ( Einoff et Thaer ) 5 on y a annoncé aussi la présence du nitre et de l’acide benzoïque ; enfin la suie fournit du sel ammoniac. Chiens ( album grœcum),SvL{\&D.t'üa]leT^ ils ne renferment point d’acide libre. Fourcroy pensait qu’ils étaient entièrement composés de terre osseuse ( phosphates terreux ). Ruminons. Ils contiennent beaucoup d’acide libre.

Excrémens des oiseaux. Les oiseaux rendent à-la-fois l’urine et les excrémens. Nous allons parler d’abord de la composition du guano , qui n’est autre chose que la fiente d’un oiseau très-répandu dans la mer du Sud, aux îles de Chinche, près de Pisco, à Po, Jza et Arica. Le guano e&\. en couches' de cinquante à soixante pieds , que l’on exploite comme des mines d’ocre de fer, et dont on se sert comme engrais. ( Humboldt et Bonpland. ) Suivant Fourcroy et M. Vauquelin , il contient : acide urique en partie combiné avec l’ammoniaque et la chaux \\ acide oxalique en partie uni à la potasse et à l’ammoniaque; acide phosphorique combiné aux mêmes, bases et à la chaux , des traces de sulfates et d’hydro-chlorates de potasse et d’ammoniaque, un peu de, matière grasse, et du gable en partie quaftzeux, en partie ferrugineux. D’après

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