Du mouvement du calorique
Le passage du calorique d’un corps dans un autre, se fait de deux manières ; il peut être transmis du corps échauffant par l’intervention d’un autre corps qui est lui-même en contact avec celui qui reçoit le calorique ; on l’appelle alors conduit ; il passe lentement , mais il peut être directement transmis sans l’intervention d’aucun corps ; on l’appelle alors radié y comme les rayons qui proviennent du soleil ou d’un feu; le passage est alors instantané.
Du pouvoir conducteur des corps. — Ce pouvoir diffère , selon les corps. Les métaux sont les meilleurs conducteurs. Les substances poreuses, comme le bouchon, la laine, le bois , ne laissent que lentement passer le calorique : de là la raison qui fait préférer les vêtements de laine en hiver, parce que la chaleur du corps se dissipe moins vite. La différence remarquable du pouvoir conducteur peut être démontrée par une seule expérience.
Exp. I. — Qu’on prenne une tige de fer et une de bois , d’un pied de long; qu’on en introduise les extrémités dans le feu, tandis qu’on les tient à la main par les autres; bientôt la chaleur de la tige de fer sera trop grande pour la main , tandis que la tige de bois sera presque consumée sans aucune sensation appréciable : c’est la différence des pouvoirs conducteurs entre le métal et le bois.
Exp. II. — Que l’on préparé de petits fils d’argent, de cuivre, de plomb, de fer et d’étain, ainsi que de verre et de bois, à-peu-près des mêmes dimensions; qu’on garnisse ensuite une de leurs extrémités de cire , et qu’on plonge l’autre dans de l’eau bouillante ou dans du sable chaud, en peu de temps la cire se fondra, d’abord sur les fils métalliques dans l’ordre de leur conductibilité, ensuite sur celui de verre , et finalement sur celui de bois , le moins conductible de tous.
Le pouvoir conducteur des métaux n’est pas en raison de
3o ÉL'ÉMENS DE CHIMIE PRATIQUE
leur densité, comme on pourrait le croire. L’argent et l’or le possèdent au plus haut degré; le cuivre et l’étain sont meilleurs conducteurs que le fer, l’acier, le plomb , et même le platine, qui est cependant le plus dense de tous les métaux. Les liquides sont aussi des conducteurs du calorique, mais dans un degré très -faible. Les gaz possèdent encore moins cette qualité. On a prouvé que l’hydrogène conduisait quatre fois mieux le calorique que l’air atmosphérique, quoique ce dernier ait une pesanteur spécifique beaucoup plus grande.
Du calorique rayonnant — Des corps élevés à une température plus forte que le medium environnant, dégagent de la chaleur, jusqu’à ce qu’ils acquièrent la même température. Ce pouvoir émissif varie suivant la différence d’état du même corps. Il paraît, d’après les expériences de M. Leslie, que la propriété d’absorber et d’émettre est grandement influencée par la nature des surfaces réfléchissantes. Les surfaces polies dégagent le plus lentement; mais quand elles sont rayées, ternies ou recouvertes légèrement de quelque substance noire, leurs pouvoirs émissifs et absorbans sont augmentés.
Exp. I. — Qu’on remplisse d’eau bouillante un globe de fer étamé, et qu’on observe le temps nécessaire à un refroidissement partiel de quelques degrés; ensuite que l’on couvre la surface extérieure du globe avec du noir de fumée, on trouvera que, pour parvenir au même degré de refroidissement, il ne faut que la moitié du temps observé dans la première expérience.
Exp. IL — Que l’on prépare un vase cubique de fer blanc de six ou huit pouces carrés, muni d’un orifice dont le couvercle peut recevoir un thermomètre; qu’on recouvre deux de ses faces, l’une de mercure, l’autre de noir de fumée ; que l’on gratte la troisième avec du papier de verre, et que la dernière conserve son brillant; ensuite, après avoir rempli ce vase d’eau bouillante, qu’on en présente successivement les faces au foyer et en regard d’un miroir d’étain poli ; que l’on mette le thermomètre différen-
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tiel de M. Leslie dans le foyer du miroir placé vis-à-vis du premier, plus on approchera le vase du miroir, et plus les effets du thermomètre seront grands. La différence que les côtés présentés au miroir produiront sera sensible. La face brillante émettra la plus petite quantité de chaleur, et le côté noirci, la plus grande. Il résulte de ces expériences que le pouvoir radiant du noir de fumée est égal à ioo°; celui de l’étain, de l’or poli, de l’argent et du cuivre est seulement égal à 12°.
On peut déduire quelques observations pratiques trèsutiles de ces expériences. Lorsqu’on desire conserver la chaleur d’une substance renfermée dans un vase métallique , on doit en conserver les surfaces polies et brillantes : un vase d’argent ou d’un métal poli conserve la chaleur plus longtemps que ceux de porcelaine ou de terre ; mais si l’on veut abaisser promptement la température, la surface du vase doit être recouverte d’une légère couche d’un corps quelconque. Les tuyaux métalliques dont on se sert pour conduire les vapeurs devraient être polis pour diminuer l’émission de la chaleur.