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DU CALORIQUE

On peut entendre deux choses différentes par le mot calorique. On entend par sentir la chaleur, la sensation excitée dans le corps. Quand on dit que le feu ou un métal sont chauds , cela dénote le pouvoir d’exciter la sensation de la chaleur dans le feu ou dans le métal, de sorte que Eue est la cause et l’autre l’effet. Mais pour prévenir l’ambiguité on a introduit le mot de calorique dans la chimie moderne , pour signifier la cause de la sensation.

Il y a deux opinions concernant la nature du calorique. Suivant la première , elle dépend d’une vibration particulière qui est donnée aux molécules des corps échauffés; mais suivant l’autre ce serait un fluide subtil universellement répandu et d’une nature très-élastique et pénétrante. L’opinion prévalante est que le calorique est une substance matérielle distincte : opinion qui est la plus favorable à l’explication des phénomènes qui accompagnent les changemens et les effets du calorique.

Les molécules de calorique sont attirées par d’autres matières, et entrent en combinaison avec elles. Leur vélocité est la même que celle de la lumière, et leur ténuité est aussi grande. Comme les rayons lumineux, le calorique est réfléchi par les surfaces polies, et réfracté lorsqu’il traverse îles corps transparcns.

Exp. I. — Si l’on place deux miroirs concaves de fer étamé, de neuf pouces de diamètre, à douze pieds de distance l’un de l’autre, et qu’un boulet de fer de deux pouces de diamètre soit chauffé jusqu’au rouge obscur, et placé dans le foyer d’un des miroirs , tandis qu’on aura mis un thermomètre dans l’autre ; en quelques minutes , le thermomètre s’élèvera à la température correspondante au degré de chaleur du boulet , et cela en raison des rayons réfléchis par la surface polie.

Exp. II. — Si au boulet chauffé on substitue une bougie allumée , l’effet sera le même , mais sensiblement moindre.

Exp. III. — Que l’on interpose une lame de verre entre les deux miroirs, au moment où la chaleur du boulet placé au foyer de l’un deux a fait monter le thermomètre placé dans l’autre, l’interposition du verre occasionnera un abaissement dans le thermomètre; ce qui prouve que les rayons du calorique sont interrompus , tandis que les rayons lumineux ne sont pas sensiblement diminués. Si l’on enlève la lame interposée , le thermomètre indiquera de nouveau une augmentation de température.

Exp. IV. — Que l’on place les miroirs à une distance de deux mètres, et qu’on substitue au boulet une capsule de verre remplie d’eau bouillante; un thermomètre très-délicat étant placé dans le foyer de l’autre miroir, que l’on suspende au milieu de l’espace entre les miroirs, un miroir de verre ordinaire , de sorte que ses deux côtés puissent être tournés à volonté vers le vase contenant l’eau bouillante; lorsqu’on présentera le côté poli du miroir, l’élévation du thermomètre sera très-petite, mais lorsque l’autre côté, qu’on aura préalablement noirci, sera en regard de l’eau, le thermomètre s’élèvera alors de 3 ou 4°. Dans une expérience qui fut faite avec soin, le thermomètre s’éleva de 3 degrés, lorsqu’on présenta le côté poli à l’eau bouillante, tandis qu’il s’éleva de 90 lorsqu’on lui présenta l’autre côté.

Ces expériences prouvent évidemment la réflection des

rayons du calorique; elles prouvent aussi que les rayons de la lumière et de la chaleur peuvent être séparés, et se transmettent au travers des corps avec la même facilité; que l’intervention du miroir, dans la dernière expérience , produit un changement d’effets remarquables, dans la transmission des rayons; changement dû à la différence des surfaces du même corps.

i . De V égalité de distribution du calorique.

Si Von amène plusieurs corps de températures inégales en contact les uns avec les autres , ils seront en peu de temps réduits à la même température , et indiqueront le même degré de chaleur. Un corps à une température de 5o°, un autre à ioo°, et un troisième à 200°, placés dans un espace dont la température est à 8o°, acquièrent bientôt la même température; celui de 5o° sera élevé à 8o° , et les deux autres seront réduits : c’est ce qu’on appelle équilibre. Quel que soit donc le degré auquel les corps sont élevés ou abaissés, ils acquièrent tous la température du medium dans lequel ils se trouvent placés.

Comme les corps sont privés de calorique pour la radiation de leurs surfaces, aussi bien que par la communication directe avec les autres corps , la différence de temps que des corps de nature différente mettent à acquérir la même température, est considérable; puisque cette faculté dépend de la nature des surfaces qui émettent ou reçoivent le calorique, ainsi que du pouvoir conducteur qui est égalemeut différent dans différentes matières. Les corps qui sont bons conducteurs du calorique se refroidissent le plutôt.

Expérience. — Qu’on mette une partie de mercure et une partie d’eau dans des vases différens, et, les ayant élevés à la température de ioo°, qu’on les place dans un même milieu dont la température est à 5o°, on trouvera que le mercure aura plutôt acquis cette température de 5o°, pareequ’il est meilleur conducteur de la chaleur.

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