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Du camphre

Le camphre du commerce s’obtient principalement du laurus-camphora. On l’extrait en distillant le bois avec une portion d’eau, dans des grands pots de fer, auxquels on adapte des couverts de terre garnis de paille , sur laquelle le camphre se sublime en forme de poudre grise. Comme il n’est pas pur, on le soumet à une seconde distillation. Le camphre ainsi purifié est blanc, cassant, d’un goût âcre et d’une odeur aromatique très-forte : il ne s’altère point à l’air; mais il est si volatil que peu de tems suffit pour qu’il disparaisse entièrement. Par la sublimation à vase clos, il cristallise en lames hexaèdres , ou en pyramides ; il est insoluble dans l’eau , mais il lui communiqne une partie de son odeur. A la température de i54-44 centigr. il fond avant de se volatiliser et brûle rapidement avec flamme, sans laisser de résidu; il brûle même à la surface de l’eau. Les acides dissolvent le camphre, mais avec l’addition d’une partie d’eau ou d’un alkali, il se précipite sans changement. La solution sulfurique est rouge et jaune dans l’acide nitrique : on connaissait autrefois cette dernière sous le nom d’huile de camphre; par la distillation répétée du camphre dans l’acide nitrique, cette substance se convertit en acide camphorique. Le chlore passé dans une solution nitrique de camphre, change la couleur en rose, puis en jaune permanent. Le camphre est soluble dans l’eau imprégnée d’acide carbonique et dans l’acide acétique, que l’on connaît sous le nom de vinaigre aromatique. L’alcool dissout facilement le camphre qui en est également précipité par l’eau. A l’aide de la chaleur, il se dissout aussi dans les huiles fixes ou volatiles , mais il se précipite par le refroidissement.

Le camphre existe dans beaucoup de plantes, où il est

quelquefois combiné avec un peu cl’huile volatile , comme dans la racine du gingembre; le thym, la marjolaine, la menthe, et le romarin , le contiennent aussi. Les parties constituantes du camphre sont le carbone et l’hydrogène. '

i5. Du caoutchouc.

Cette substance se prépare de certains fluides végétaux, dans l’Amérique méridionale : on fait des incisions dans l’écorce des arbres, et on recueille le fluide qui en découle, dans des vases propres; on l’applique ensuite sur des moules de terre que l’on fait sécher et qu’on importe ainsi en Europe.

Le caoutchouc, connu sous le nom de gomme élastique , est noirâtre, parce qu’en le faisant sécher, on l’expose à la fumée; quand il est' pur, il est blanc, dépourvu d’odeur et de goût; il est plus élastique que le cuir et possède une grande ténacité. Il fond facilement à la chaleur, prend la consistance du goudron, brûle et répand une odeur fétide. Le caoutchouc se décompose par les acides nitrique et sulfurique. L’acide hydrochlorique n’a aucune action sur lui, mais le chlore le précipite immédiatement du fluide qui le contient. Il est insoluble dans l’alcool , mais bien dans l’éther , quand on prend ta précaution de laver celui-ci avec de l’eau; c’est de cette manière qu’on lui fait prendre les formes voulues pour le confectionnement des instrumens. Il se dissout dans les huiles volatiles; un mélange d’huile volatile et d’alcool possède la meme propriété; cette dernière solution répond aux vernis. Il est particulièrement soluble dans les alkalis , et produit de l’ammoniaque par la distillation; ses parties constituantes paraissent être le carbone, l’hydrogène, l’azote et l’oxigène.

i5. Des résines.

Les substances résineuses forment une classe nombreuse et importante. On les obtient par l’exsudation spontanée ou en

incisant l’écorce des arbres , ou bien encore par la distillation des huiles volatiles. Quand on expose les huiles volatiles à l’air, elles s’épaississent et se convertissent en matières résineuses, ce qui fait penser que les résines ne seraient que des huiles volatiles saturées d’oxigène. Les corps résineux sont solides, cassans, jaunâtres, souvent transparens et d’un goût âcre sans odeur; ils fondent à la chaleur, brûlent avec une flamme jaune et produisent beaucoup de fumées; ils sont insolubles dans l’eau; les résines se décomposent et se dissolvent dans les acides, dans l’alcool et dans l’éther à l’aide de la chaleur : ainsi que dans quelques huiles fixes et volatiles. Les solutions d’alkali fixes purs ou à l’état de carbonates , ont la proprété de les dissoudre de même.

Résine. — On extrait cette espèce de différens pins. L’essence de térébenthine s’obtient du pinus-silvestris , la térébentine de vénise , du pinus-lariæ et le baume de canada , du pinus-balsamea. Quand on enlève l’écorce de ces arbres, il en découle un fluide qui s’épaissit graduellement et qui contient de l’essence de térébentine et de la résine. La première passe par la distillation et la résine reste dans l’appareil. Quand la distillation est faite à siccité, la masse restante est de la résine ordinaire.

Poix. — Cette substance est un fluide résineux que l’on extrait du pinus-picea. On la purifie en la fondant et en la pressant dans des sacs de toile; elle constitue alors la poix blanche ou de Bourgogne; mêlée à du noir de fumée, elle forme la poix noire.

Mastic. — Cette substance résineuse s’obtient du pistachialentiscus , originaire du Levant. Le fluide qui découle des incisions que l’on fait à l’écorce de l’arbre, se concrète en grains jaunes, semi-transparens et cassans. Le mastic fond à la chaleur, et exhale une odeur agréable. Il est soluble dans l’alcool et les huiles fixes; il est très-employé dans les vernis.

Sandaraque. — Cette substance est le produit de l’exsudation spontanée d’une espèce de génévrière de l’Afrique , en

forme de larmes brunes, semi-transparentes et cassantes; elle est absolument insoluble dans l’alcool.

Ladanum. — Cette résine est le produit du cistus-creticus , qui est originaire des îles grecques. Le fluide qui découle spontanément se concrète à l’air; l’odeur en est agréable, et le goût très-amer. L’eau en dissout une portion ; et , quand cette substance est distillée, il paraît quelques atomes d’une huile volatile. Le ladanum est en partie soluble dans l’alcool, car lorsqu’on le distille sur cette résine , il en retient le goût et l’odeur.

Anime. — On extrait cette résine de Yhymenea-courbaril, dans l’Amérique septentrionale ; cette résine ressemble beaucoup au copal, et ne s’en distingue que par sa grande solubilité dans l’alcool ; on Femploye beaucoup comme vernis.

Gopal. — On extrait cette matière résineuse du rhuscopallinum , originaire de l’Amérique septentrionale. La meilleure espèce nous vient de l’Amérique espagnole, et paraît être le produit de différens arbres. Le copal est brun , transparent; il fond à la chaleur, et ne se dissout pas directement dans l’alcool ou l’essence de térébentine; la solution en est également difficile dans les huiles fixes. Le copal forme un excellent vernis; sa beauté et sa durée sont incomparables à tous les autres. En traitant le copal par de l’huile de térébentine à vase clos, où les vapeurs sont concentrées, la température s’en élève davantage et une portion s’en dissout : l’addition d’un peu d’huile de pavots forme un vernis excellent. On peut obtenir une solution de copal dans l’alcool qui contient un seizième de camphre; on ajoute cette solution sur un quart de copal dans un matras bouché d’un liège qu’on a percé avec une épingle, pour permettre aux vapeurs superflues de s’échapper pendant l’application de la chaleur. Quand la solution du copal est à-peu-près complète, on arrête l’opération et on n’enlève le bouchon qu’après le refroidissement. Cette solution produit un vernis incolore. On dit que le copal peut se dissoudre par l’action des vapeurs alcooliques. On lait bouillir de l’alcool contenu dans un vase au-dessus du-

quel on suspend un morceau de çopal; celui-ci se ramollit et tombe en huile dans l’alcool liquide.

Lacque. — Cette substance résineuse se trouve déposée par des insectes sur différens arbres, dans les grandes Indes. Il paraît quelle constitue les rayons de ces insectes , où ils vont déposer leurs œufs. On la trouve en différens états dans le commerce. On l’appelle lacque en bâton , quand on v observe des incrustations de branches d’arbres; elle est alors d’un rouge foncé et pouvant communiquer sa matière colorante à l’eau, qu’on emploie ensuite en teinture. Quand on la détache en grattant et qu’on la fait bouillir, on l’appelle lacque en graines ; elle est brunâtre ; quand on la fait fondre elle se distingue par le nom de lacque en écailles. Cette substance est plus composée que les autres résines, car outre une matière résineuse qui est soluble dans l’alcool , elle contient une matière colorante soluble dans l’eau, une portion de cire et une de gluten. La lacque forme la base des belles cires à cacheter. La cire noire est composée de lacque fondue avec différentes proportions d’essence de térébentine et de noir d’ivoire : quant à la cire rouge, c’est le vermillon qui lui donne cette teinte. On emploie aussi la lacque dans le vernis.

Ambre. — Cette substance, considérée souvent comme ayant une origine végétale, possède beaucoup de propriétés des résines. L’ambre est cassant, dur, transparent, quelquefois incolore et souvent jaune ou brun. Il est inodore et insipide à froid; quand on le chauffe, il se ramollit et produit une odeur suave ; il brûle presque sans résidu. Il est insoluble dans l’eau et en partie dans l’alcool : cette dernière solution étant concentrée , elle devient laiteuse par l’addition de l’eau; le précipité est une matière résineuse. L’ambre est soluble dans les alkalis fixes à chaud, ainsi que dans les acides nitrique et sulfurique, qui le convertissent en une masse résineuse noire. La distillation de l’ambre fournit les gaz carbonique et hydrogène carburé , une liqueur acide et une huile qui est d’abord transparente et fluide , mais qui devient par la suite noire et épaisse ; vers la fin

APPLIQUÉE AUX ARTS ET AUX MANUFACTURES. 363 du procédé, il se sublime de l’acide succinique et un acide particulier. On rend l’ambre soluble dans les huiles par le grillage; il constitue alors un vernis, que l’on prépare en plaçant des morceaux d’ambre sur un fer plat qu’on expose à la chaleur jusqu’à ce qu’il fonde , on le couvre et on le laisse refroidir en cet état. L’ambre a alors perdu la moitié de son poids et on peut en dissoudre maintenant le tiers dans de l’huile de lin , à l’aide de la chaleur. Quand cette solution est presque froide, on ajoute 4 parties d’essence de térébentine, puis on coule la partie limpide à travers un linge.

Un nombre considérable d’autres substances appartiennent aussi à la classe des résines, parmi lesquelles on remarque une classe de productions végétales connue sous le nom de baumes , comme le sang-dragon qui est d’un rouge noirâtre, soluble dans l’alcool et les huiles fixes; l’élémi, d’un jaune pâle, qui a une odeur très-agréable; le baume de gilead;le benzoin , où la matière résineuse est combinée avec un acide et une substance cassante, produisant une odeur agréable par le frottement. Le storax, brun, cassant, d’un goût aromatique et d’une agréable odeur. Le beaume de Tolu, brun rougeâtre ; le beaume de Pérou , d’une consistance mielleuse, de couleur brune , ayant une odeur agréable et un goût acre ; enfin, le baume de Copaiva, qui est transparent, jaune, d’une odeur désagréable et d’un goût piquant.

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