VERRERIES
Histoire. — Pline attribue à un accident la découverte du verre. L’équipage d’un navire qui avait été jeté sur les côtes de la Syrie, ayant allumé du feu sur le bord de la mer, employa pour combustible des tiges sèches d’une plante nommée hali , qui croissait abondamment dans le voisinage. La soude fournie par les plantes, s’étant combinée avec le sable, forma du verre. Quelle que soit l’origine du verre , il semble avoir été en usage du tems de Pline. Joseph l’historien en fait mention; Tacite parle d’un verre fait avec du sable qui abondait en nitre; on a trouvé des vases de verre dans les ruines d’Herculanum , qui fut détruite par une irruption du Vésuve, dans la 79e année de l’ère chrétienne.
On a souvent parlé d’un verre malléable , mais la raison semble rejeter jusqu’à l’idée d’une pareille découverte, malgré que l’on nous assure qu’un architecte romain, banni par Tibère, découvrit une méthode pour rendre le verre malléable , espérant la remission de la sentence portée contre lui. L’empereur, craignant que cette invention ne diminuât la valeur de l’or, aurait ordonné de le faire conduire au supplice pour que le secret pût mourir avec lui. Une autre historiette, qui mérite le meme degré de foi, fait faire cette découverte à un Français, qui aurait présenté un buste de verre malléable à Richelieu : celui-ci l’aurait fait condamner à une prison perpétuelle, par la crainte que son invention ne fit tort aux manufactures de verre. Le verre fondu par la chaleur est le seul état où on puisse le considérer comme
malléable. Les Tyriens semblent avoir été les premiers manufacturiers de verre du monde. Le premier établissement de ce genre fut formé à Venise, qui fournit toutes les vitreries des églises, dans le septième siècle. Au commencement du quatorzième siècle, le gouvernement français donna de grands encouragemens à cette branche de l’industrie ; et elle ne fut introduite en Angleterre que vers le milieu du seizième siècle.
Composition du verre. — La silice et un alkali sont les substances nécessaires pour composer le verre ; ce composé varie suivant les proportions qu’on en combine. Quand l’alkali est en excès, le pioduit est soluble dans l’eau et la solution s’appelle liqueur des cailloux ; mais quand la silice domine, le verre est alors solide , transparent et résistant à l’action de tous les acides, excepté l’acide fluorique. La pureté du verre dépend de celle des substances employées. Pour les plus beaux cristaux , on emploie un sable blanc presque entièrement composé de silice; on fait dissoudre l’alkali pour en séparer les matières insolubles, on évapore la solution à siccité et on la combine dans la proportion d’un tiers, avec la silice. Pour rendre le verre moins cassant et plus susceptible de recevoir les ornemens dont on le surcharge, on ajoute deux parties de litharge ; enfin , lorsqu’on veut encore obtenir un degré de plus grande pureté, on ajoute un mélange de nitre , de manganèse et d’arsenic blanc, en petites quantités , dans le dessein de détruire les matières colorantes qui se mêlent presque toujours à la masse fondue. L’oxide de manganèse produit particulièrement cet effet, et a reçu le nom de savon du verrier. Les beaux cristaux se nomment flintglass , parce que la terre siliceuse nécessaire à leur formation se tirait autrefois des silex (flint). Aux matériaux nécessaires pour obtenir le verre à glace, on ajoute une petite portion de chaux vive , et l’alkali dont on se sert est la soude. Le verre des vitres est composé de substances moins pures ; on emploie le varek pour alkali, en y ajoutant une petite portion de chaux éteinte. Le verre de bouteilles est le moins pur de
tous, et se fait volontiers avec les débris des premières sortes de verre , que Ton fait refondre avec une quantité de silice (i).
Matières colorantes. — On a déjà observé que l’on ajoute du plomb rouge, dont l’objet est de faciliter la fusion, de communiquer plus de ductilité , de poids , et moins de dureté. L’oxide de manganèse est employé pour détruire les matières colorantes ; l’excès de plomb rouge qui, produit une teinte jaune, se corrige par un peu d’oxide de cobalt; et si on a ajouté trop de manganèse , la couleur violette se détruit en projetant dans la masse fondue un corps combustible , tel qu’un morceau de bois. Mais il est quelquefois nécessaire de communiquer une couleur au verre, et on obtient cet effet par le moyen des différens oxides métalliques. L’oxide de cobalt produit une belle couleur bleue; l’oxide de cuivre ou de chrome, une couleur verte ; le verre d’antimoine, une couleur jaune; l’oxide pourpre d’or, une couleur pourpre; l’oxide de manganèse, une couleur violette riche et l’oxide de fer, une couleur olive. Les variétés de teintes se produisent par le mélange de ces oxides.
Préparation des matières. — Les matières employées à la composition du verre doivent subir une préparation préalable
(i) Il reste, après le refroidissement du creuset où l’on a fait fondre les matières, une masse compacte, faisant feu avec le briquet, d’une dureté extrême, présentant à la surface des cristallisations en forme de fougère, et dont les verriers se servent en partie pour mettre les autres substances en fusion. Je crois que cette matière serait très -propre a couler des creusets , et surtout des évaporatoires. J’en avais fait la demande au propriétaire d’une de ces fabriques , située en Normandie : les difficultés d’une entreprise nouvelle et entièrement inconnue aux ouvriers, ont fait abandonner cette idée. Il est à regretter que les personnes qui pourraient tout obtenir des marchands fabricans , ne protègent pas de toute leur influence cette partie si essentielle de l’art , car il est plus que probable que nous manquerons long-tems encore de bonnes évaporatoires. ( Note du Traducteur. )
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qu’on appelle fritte . On les introduit en proportions convenables dans des fourneaux qui communiquent au fourneau de fusion, duquel ils reçoivent la chaleur. On y tient les matières en rouge pendant le tems nécessaire à leur réduction en une masse uniforme , qu’on appelle fritte . Cette opération est indispensable, parce que, si on introduisait les matériaux dans les creusets , ils se détruiraient en conséquence du dégagement de l’humidité ; et l’alkali , comme étant la substance la plus fusible , monterait à la surface et se trouverait versé pardessus les bords , par suite du gonflement de la pâte.
Creusets. — La fabrication de ces creusets est un des objets les plus importans à la réussite des verreries. La terre glaise en forme la base; il faut qu’elle soit facilement travaillée et puisse résister à la vitrification quand on l’expose à la plus forte chaleur du fourneau , sans se contracter ni se gercer ; conserver sa forme sans se ramollir , et acquérir de la dureté. Il faut le plus grand soin dans le choix des pièces, dont il faut rejeter celles tachées par le fer ou d’autres impuretés. On place ensuite la glaise dans de l’eau dont elle s’imbibe, et on la passe dans un tamis pour en séparer les parties les plus grossières. On ne doit employer le sable qu’en très-petite quantité dans la fabrication de ces creusets , car l’alkali en produit la destruction par la fusion de la silice ; mais , comme la glaise est susceptible de se contracter , on mêle du poussier de fragmens choisis des creusets rompus. La pâte étant convenablement préparée , on forme les creusets , au moyen d’un moule de bois fourni à l’intérieur d’une forte toile bien tendue ; on applique des rouleaux de la pâte à l’intérieur du moule , ou bien , en suivant la méthode commune , qui consiste à élever à la main le creuset autour d’une pièce de bois ronde , un peu plus large que le creuset. En travaillant la pâte , il faut que toutes les parties se joignent parfaitement et uniformément, sans laisser ni gersures ni ouvertures. Quand les creusets sont formés, on les expose à une température de 12.78 à 18. 33 centigr. ; une chaleur plus forte , un froid intense, un courant d’air ou d’humidité, doivent être évités Quand ils commen-
cent à sécher, on les renferme clans une température de 32.22 à 37.78 centigr. Quand ils sont parfaitement secs et après avoir été exposés à une chaleur rouge , on les place sur leur fond dans le fourneau, et on n’introduit les matières qu’après leur avoir fait subir la plus forte chaleur pendant 24 heures. Les creusets alors étant soumis à l’épreuve, reçoivent les matières en portions séparées , en se gardant de n’ajouter que lorsque la portion précédente est en parfaite fusion. Quand le creuset est rempli, on continue le feu pendant dix ou douze heures; on laisse alors la matière se reposer, alin qu’elle puisse se dégager de la quantité de bulles cpii se trouvent dans la pâte; et dans ce dessein, il est nécessaire de tenir la masse pendant plusieurs heures à l’état de fusion. Lorsque cette opération est finie, on laisse tomber graduellement le feu en n’ajoutant plus de combustibles, afin que la masse prenant un peu plus de consistance , soit plus propre à être travaillée.
Manipulation. — Quoique les opérations qui transforment le verre en fusion, en formes diverses, soient très-simples, néanmoins elles requièrent un degré de dextérité qui ne peut s’obtenir qu’après une pratique longue et assidue. Le verre se travaille de deux manières; on peut le souffler ou le mouler. Ces opérations dépendent du degré de fusion de la masse que l’ouvrier habile doit reconnaître nécessaire. En soufflant le verre , on emploie des tubes de fer qu’on appelle /elles 3 de différentes dimensions, ayant de 4 à 5 pieds de longueur. On enlève une partie de la matière en fusion à l’extrémité du tube; et, appliquant la bouche à l’autre extrémité, l’ouvrier distend la masse vitreuse, qu’il roule sur une surface unie de fer pendant la distension , et lui donne la forme et la dimension voulue. En fabricant les bouteilles communes qui sont destinées à contenir une quantité de liquide déterminée , on les souffle dans des moules d’airain ou de fer. L’opération des verres à vitres requiert la plus grande adresse. On plonge souvent le tube dans la masse fondue jusqu’à ce qu’il s’y soit rassemblé une quantité suffisante. O11 roule ensuite la masse
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vitreuse sur 'la table unie de fer, pour lui donner une forme globulaire , et en même tems l’ouvrier le fait distendre par le souffle. Quand elle commence à se refroidir, elle est présentée à l’ouverture du fourneau pour y acquérir de la malléabilité, afin que l’ouvrier puisse lui donner la forme et l’épaisseur requises. Lorsque cette partie de l’opération est finie, un autre ouvrier enlève une portion de la masse fondue à l’extrémité d’une tige de fer solide et l’applique à la partie inférieure du globe qui est encore attaché au tube creux; le premier ouvrier touche alors près du col du globe, avec une goutte d’eau froide, qui, produisant une gerçure, permet d’enlever le tube creux par un coup sec. Par ce moyen , il se forme une ouverture qu’on présente à l’ouvreau du fourneau pour la ramollir, et en même tems on tourne adroitement la tige avec la main. Après quelques minutes, la petite ouverture est élargie au moyen d’un instrument de fer, après quoi, toute la masse est exposée à une ouverture du fourneau plus large , où elle devient de plus en plus ductile ; au moyen du mouvement de rotation que l’on continue et qu’on augmente en raison du degré de ductilité, l’ouverture devient de plus en plus large , et enfin , par un mouvement instantané elle s’étend en une feuille circulaire d’une épaisseur uniforme excepté à l’endroit où elle est attachée à la tige de fer. Cette opération, qui demande la plus grande dextérité dont un ouvrier soit capable pour proportionner la rapidité du mouvement circulaire au degré de ductilité acquis, est peut-être une des opérations les plus difficiles des arts.
Les matériaux employés à fabriquer le verre à vitres d’une qualité inférieure sont moins purs que ceux employés pour le verre de première qualité. Ils consistent en six parties de débris, trois de varek et quatre de sable. Ce mélange exposé pendant vingt à trente heures dans le fourneau de calcination, est introduit tout rouge dans le creuset, ou ayant fondu pendant dix à quinze heures, il est alors propre à la manipulation. Une quantité de la masse vitreuse étant enlevée avec la felle, on en forme un globe creux de près de i pied de dia-
mètre. On le présente ensuite à l’ouverture du fourneau , et étant touché avec un fer froid plongé dans l’eau , il se produit une fissure longitudinale , le globe se déroule et forme une feuille de verre. Dans la manufacture des verres à glace , on prend le plus grand soin à la préparation et à la purification des matériaux , qui étant réduits en poudre , sont introduits et tenus pendant dix heures dans le creuset; le mélange étant en fusion, on maintient la chaleur jusqu’à ce que toutes les matières combustibles et colorantes soient dissipées. Quand la masse est ainsi purifiée, on la défend de l’accès de l’air en bouchant les ouvertures des barreaux du gril, pour prévenir les gerçures des creusets qui se forment par le refroidissement trop rapide du fourneau. La température de la masse vitreuse est ainsi réduite à l’état nécessaire , et en recueillant des portions à différentes reprises, à l’extrémité d’une felle, on en forme un globe proportionné à la dimension voulue. Ce globe prend ensuite la forme cylindrique par l’adresse de l’ouvrier ; à l’extrémité qui en a été ouverte et élargie par un instrument, on établit une fente le long de la moitié du cylindre, au moyen d’une paire de forces; on attache à la fissure ouverte une côte temporaire; l’autre moitié du cylindre est fendue de la meme manière , et on le porte dans un fourneau dont le plancher est couvert d’une couche épaisse de sable , pour empêcher l’adhésion du verre ; en quelques minutes , on le transporte dans un autre fourneau où les glaces sont arrangées verticalement pour y être recuites. On fabrique aussi le verre à glaces en le coulant. Dans quelques manufactures, la masse fondue est introduite dans des vases nommés citernes, qui sont formés de manière à pouvoir être enlevés du fourneau pour en verser le contenu sur des tables unies de cuivre; quand la glace est assez durcie, onia transporte dans le fourneau à recuire, et on la met dans une position horizontale, jusqu’à ce que l’opération soit finie.
Recuite du verre. — Toute espèce de verrerie veut être refroidie lentement, pour qu’elle soit privée de cette propriété cassante qui la rend incapable du service usuel; il arrive
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souvent que des ustensiles de verre , dont les différentes parties sont d’épaisseurs inégales, se fendent, surtout lorsque le refroidissement s’est fait rapidement. Cette propriété du verre non recuit est démontrée dans les fioles philosophiques , qui sont faites en cristal, dont le fond a un pouce ou deux d’épaisseur. On peut les frapper fortement contre une surface polie sans les casser , mais quand on y introduit , même avec précaution , un morceau angulaire de silex de quelques grains, ces fioles se rompent en mille pièces. Les larmes bataviques en offrent un autre exemple ; on les fait de verre ordinaire de bouteilles, qu’on laisse égoutter dans l’eau; il se forme des têtes oblongues attachées à des queues très-délicates. La moindre partie que l’on casse de cette queue, tandis qu’on tient le larme à la main , fait éclater toute la masse avec une petite secousse, eu une infinité de fragmens. Pour rendre raison de ces effets, on observe que le verre, passant du liquide à l’état solide par un refroidissement lent, permet à toutes ses parties de s’arranger uniformément ou de se cristalliser régulièrement; et dans cet état, en conséquence de la cristallisation, la masse acquiert un volume plus grand qu’à l’état de fusion , et en outre , elle devient élastique et susceptible de vibrations continues ; mais l’exposition subite du verre à l’humidité , lors de son passage à l’état solide , forme une croûte ou enveloppe extérieure , aux parties intérieures, avant qu’elles n’aient pris un arrangement régulier ; et on suppose que les parties intérieures se trouvent alors dans un état de tension ou de compression, par rapport à la croûte extérieure. Un coup sec appliqué à du verre non recuit lui communique une vibration instantanée sans aucun autre changement; mais lorsqu’on casse la queue des larmes bataviques , ou bien qu’on raye la fiole philosophique, la vibration est conduite le long de la surface cristallisée ; les parties intérieures pouvant s’étendre , surmontent la cohésion de l’enveloppe extérieure et en produisent la rupture. On peut douter que cette raison , ou toute autre qu’on en donnerait, explique en tout la différence remarquable qui existe entre le verre recuit et celui qni ne l’est
pas. Les verreries de toute dimension aussitôt qu’elles ont reçu leurs formes dans les mains des ouvriers , sont transportées dans les fourneaux de recuite , où on les place sur des surfaces de fer et où on les tient au rouge pendant environ 24 heures , après quoi on les transporte dans un autre fourneau d’une température moins élevée où on les laisse refroidir graduellement.